Pierre Meyers, le culte de la discrétion

Le président du conseil d’administration de Nethys n’aime pas le brouhaha. Ce spécialiste de la finance rêve de calme après la tempête qui secoue la filiale d’Enodia depuis les annonces de revente d’actifs concurrentiels.

"Nethys est à la fois le pire mandat que j’ai exercé à cause du brouhaha politique et médiatique, et le plus intéressant de par les personnes que j’y ai rencontrées." Pierre Meyers, 71 ans, est le président du conseil d’administration du holding liégeois depuis 2017 et il fait face, aujourd’hui, à la tempête médiatique et politique la plus forte depuis le scandale des comités de secteur de l’intercommunale Publifin (aujourd’hui Enodia).

Le profil
  • 1948: Naissance à Liège.
  • 1973: Obtention d’une licence en administration des affaires à l’ULiège.
  • 1979: Directeur financier de la FN Herstal.
  • 1994: Directeur financier de Cockerill-Sambre.
  • 1999: Directeur financier et membre du conseil exécutif d’Usinor.
  • 2001: Reprise de CMI avec Bernard Serin.
  • 2014: Entrée au conseil d’administration de Nethys.

Il est vrai que l’homme d’affaires liégeois n’est pas un habitué du tollé. Fort d’une carrière exemplaire dans le secteur privé et d’un CV à rallonge, il supporte aujourd’hui mal le tumulte qui secoue son entreprise. Chargé de la transformation de Nethys en véritable société anonyme et de la vente bruyante d’actifs concurrentiels, il vit mal les retombées de l’affaire Publifin, la considérant comme une "faute originelle qui a contaminé Nethys".

Arrivé à la présidence du conseil d’administration par intérim après la démission forcée d’André Gilles en 2017, Pierre Meyers se qualifie lui-même de "président de Nethys par accident et à titre précaire".

Le sauveur de CMI

Avant Nethys et la visibilité si peu souhaitée que son mandat lui impose, Pierre Meyers a roulé sa bosse dans la finance. Né à Liège en 1948, il n’a presque jamais quitté la Cité ardente. Après des études en administration des affaires à l’ULiège, il se tourne d’abord vers une carrière académique. Cinq ans d’assistanat, deux spécialisations en gestion financière auprès de l’UCLouvain et à Harvard et un remplacement du très renommé professeur Eugène Fama lui permettront d’être débauché par la Générale de Belgique, puis par la FN Herstal qui le nomme directeur financier en 1979.

Après y avoir fait ses armes, il se tourne vers la sidérurgie et rejoint Cockerill-Sambre. Il y occupera le poste de directeur financier jusqu’à la reprise du groupe par Usinor, dont il deviendra aussi le CFO.

En 2001, Pierre Meyers retourne en Belgique et décide de racheter CMI (aujourd’hui John Cockerill), alors filiale de Cockerill. Cette opération représente sans doute la plus belle réussite de sa carrière, comme l’explique Philippe Delaunois, ancien CEO de Cockerill Sambre et administrateur de Nethys jusqu’en 2017: "Avec l’actuel président du conseil d’administration de John Cockerill, Bernard Serin, il a fait renaître la société de ses cendres, pour la transformer en un véritable fleuron du bassin liégeois."

Pierre Meyers entre au conseil de Nethys en 2014 et en devient le président en 2017, renonçant ainsi à une retraite rythmée par de nombreux mandats d’administrateur (Hamon, FN Herstal, etc.). S’il apparaît quelque peu irrité par l’actualité de son entreprise, il reste convaincu du sens de sa mission: "On ne le fait pas pour l’argent, forcément, on n’aurait jamais accepté ce mandat. On ne le fait pas pour le prestige d’être administrateur de Nethys. Si on le fait, c’est uniquement pour trouver une solution conforme au mandat d’Enodia qui préserve l’intérêt financier des actionnaires finaux, tout en assurant le maintien des filières économiques, génératrices d’emploi en région liégeoise."

Ours polaires

Une source proche de Pierre Meyers nous a confié son grand intérêt pour les ours polaires. D’après elle, l’homme d’affaires se rend régulièrement en Alaska et au Canada pour observer ces grands mammifères dont il est un fervent défenseur.

Discrétion et contrôle

"Je ne fais pas partie de la ‘bande à bouboule’", se défend Pierre Meyers. Lassé par le "brouhaha politique" qui englobe Nethys, l’homme d’affaires refuse d’être assimilé à la réputation ternie dont souffre la société. Au téléphone, il insiste: "Je suis totalement apolitique et je cultive la discrétion." Il s’est d’ailleurs opposé à la rédaction de ce portrait, jugeant "maladroit de mettre une personne du conseil en évidence".

 

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