Pini Zahavi, un caillou dans la chaussure de "M. Fix-it"

Julien  Balboni

L’étau se resserre autour de Pini Zahavi, alias "Mister Fix-it", le "super agent" israélien, visé sans être inculpé par une enquête pour blanchiment et escroquerie autour de la gestion du Royal Excel Mouscron.

Pour une fois, David et Goliath changent de costume. De nos jours, le freluquet serait le parquet fédéral belge, opposé à un colosse de 76 ans nommé Pini Zahavi. Exagéré? Pas tant que ça, tant l’agent israélien, invité à la table des puissants, a tout aujourd’hui d’un intouchable. Mais le parquet fédéral, lancé dans une importante lutte pour nettoyer le sport professionnel belge, n’a pas l’intention de lâcher l’affaire.

Le profil
  • 1942. Naissance à Ness Ziona (futur État d’Israël).
  • Années 1960. Devient journaliste sportif à Yedioth Ahronoth.
  • 1988. Devient agent de joueurs.
  • 2005. Organise le rachat du club de Chelsea par Roman Abramovitch.
  • 2017. Chapeaute le transfert record (222 millions d’euros) de Neymar au PSG.
  • 2018. Visé dans une enquête du parquet fédéral belge pour blanchiment et escroquerie. Il n’est pas inculpé.

Comme révélé par De Standaard, le parquet fédéral a récemment décidé de geler le compte bancaire du Royal Excel Mouscron et de placer celui-ci sous administration provisoire. Il soupçonne le "super agent" de continuer à financer le club hennuyer grâce à des sociétés offshore détenues dans des paradis fiscaux. Et tente de profiter de l’occasion pour mettre la main sur des dossiers qui pourraient alimenter l’enquête pour "blanchiment de capitaux, escroquerie, faux et usage de faux" ouverte en 2018 après une plainte avec constitution de partie civile du KV Malines.

La manœuvre a tout l’air de celle du nœud coulissant qui ambitionne, à moyen terme, de se refermer autour de la gorge de Pini Zahavi, devenu la cible principale. Si le parquet fédéral obtenait de quoi inculper l’agent, ce serait un sacré message envoyé au football mondial.

Car Zahavi, alias "Mister Fix-it", en est devenu l’homme le plus puissant, architecte du plus grand transfert de l’histoire, celui du Brésilien Neymar depuis le FC Barcelone vers le Paris Saint-Germain. Pini Zahavi est surnommé "Frank Underwood" par le journaliste français Romain Molina, l’un des rares à avoir pu longuement échanger avec lui, dans son livre "La Mano Negra". Zahavi a une grande qualité dans ce monde de requins: il est sympathique, loyal et pacificateur. Et a donc très peu d’ennemis dans le milieu, chose rare.

D’Abramovitch à Neymar

Pini Zahavi naît en 1942 à Ness Ziona (futur Etat d’Israël). À l’âge adulte, il devient journaliste sportif et multiplie les collaborations. Ce n’est qu’au cap de la quarantaine qu’il change de vie et déserte le journalisme pour embrasser la carrière d’agent. D’abord en promouvant les joueurs israéliens vers le championnat anglais (Avi Cohen ou l’ancien standardman et brugeois Ronny Rosenthal). L’Angleterre devient son pré carré et Zahavi organise plusieurs transferts record à la charnière de l’an 2000, ceux de Rio Ferdinand, Juan Sebastian Veron ou Jaap Stam. Jusqu’à son grand œuvre: son rôle central dans l’achat du Chelsea FC par l’oligarque russe Roman Abramovitch, nouvelle étape dans la mainmise du business dans le football professionnel.

Les deux dernières décennies furent dorées pour le parrain du foot-business mondial avec, comme chef-d’œuvre, la signature de Neymar au PSG. Mais, derrière le clinquant des têtes d’affiche, une forme de fonds de roulement, des clubs "amis" qui lui permettent de "placer" des joueurs au niveau modeste et de servir de centre de formation accéléré pour de jeunes agents et administrateurs. Ainsi, l’Apollon Limassol (Chypre) ou le Royal Excel Mouscron, des clubs discrets. Persuadé que – contre la loi – Pini Zahavi dirige toujours Mouscron, le parquet fédéral se lance donc dans une entreprise aussi ambitieuse qu’ardue: faire tomber le parrain. Les prochains mois seront décisifs.

"C’est un Napoléon"

Interrogé par L’Echo le 16 novembre dernier, le journaliste Romain Molina (La Mano Negra, Hugo documents) décrivait ainsi l’intérêt de Pini Zahavi pour Mouscron: "C’est un Napoléon qui prépare sa succession. C’est ainsi que des hommes comme Humberto Paiva et Fali Ramadani se sont formés. Il y a une logique de passation de pouvoir de l’empire Pini, qui a 76 ans même s’il est en super forme."

"Il connaît tous les clubs"

Il est difficile de trouver des gens qui disent ouvertement du mal de Pini Zahavi dans le monde du football. L’Equipe a essayé, sans réussir. Ainsi, Gérard Houiller, ancien entraîneur de Lyon et Liverpool: "J’ai plutôt de l’admiration et de l’estime pour ce qu’il fait. Il connaît tous les clubs et leurs personnages clés. Pini est très discret et cela peut engendrer de la suspicion. Mais quand il est dans une transaction, je suis confiant car je sais qu’elle va aboutir."

 

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