Plus de passe-droit pour Roman Abramovich

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Le plus british des milliardaires russes s’est vu refuser l’entrée au Royaume-Uni, le jour de la victoire en Cup de son club de football, le Chelsea FC. Signe que Downing Street n’a toujours pas digéré le scandale de Salisbury.

En temps de guerre froide, l’argent ne permet pas tout. Les 11 milliards de dollars de la fortune personnelle de Roman Abramovich ne lui ont en tout cas pas permis d’obtenir à temps son visa pour assister à la finale victorieuse de FA Cup de son club, Chelsea, face à Manchester United, samedi dernier à Wembley (1-0).

CV express
  • 1966: naissance à Saratov (Russie)
  • 1987: premier mariage (Olga Lysova, jusqu’en 1990)
  • 1991: deuxième mariage (Irina Malandina, jusqu’en 2007)
  • 1995: rachat de Sifnet (exploitation pétrolière)
  • 1999: son ami Vladimir Poutine accède au pouvoir
  • 2000: nommé gouverneur du district de Tchoukotcha
  • 2003: rachat de Chelsea Football Club
  • 2008: troisième mariage (Dasha Zhukova, jusqu’en 2017)
  • 2012: victoire de Chelsea en Ligue des Champions
  • 2018: 140e fortune mondiale, selon Forbes

Difficile de ne pas y voir un traitement spécial, ou un signe envoyé par Londres à Moscou, deux mois après l’empoisonnement de l’ancien agent russe Sergueï Skripal et de sa fille Yulia, dans les rues de Salisbury. Un acte attribué à la Russie, alors qu’aucune preuve formelle n’a encore établi la responsabilité de Moscou.

Après avoir expulsé 23 diplomates, Londres a promis de vérifier le statut de 700 riches Russes installés au Royaume-Uni.

Représailles

Il y a quatre ans, déjà, en pleine crise russo-ukrainienne, le premier ministre de l’époque, David Cameron, avait clairement menacé de représailles les oligarques russes. Au premier rang desquels Roman Abramovich, dont les accointances avec le Kremlin sont aussi évidentes que son attachement réel à la vie londonienne, depuis plus de quinze ans, et où il a établi sa résidence principale jusqu’à récemment.

Abramovich n’est quasiment plus apparu sur le sol britannique depuis les jours qui ont suivi l’affaire Skripal, en mars.

Rôle politique opaque en Russie

Bien que Downing Street n’ait pas communiqué sur son éventuel ordre de blocage du visa d’Abramovich, cet événement n’est pas anodin, eu égard à la proximité certaine entre le milliardaire et le président russe Vladimir Poutine.

La relation entre l’aîné Poutine (65 ans) et son cadet (51 ans) est empreinte d’un profond respect.

Au Kremlin, le surnom d’Abramovich serait "Mr A". En 2016, cet entrepreneur en série dans un grand nombre de domaines, et qui a pu faire gonfler sa fortune en acquérant à un prix très favorable la compagnie pétrolière publique Sifnet, a même offert un yacht de 25 millions de livres à son président d’ami.

Abramovich a été l’un des acteurs de la passation de pouvoir entre Boris Eltsine et Vladimir Poutine, à la fin des années 90. Il a participé à la formation du premier gouvernement de Poutine, en 1999, et a été régulièrement consulté depuis.

Il a même été nommé gouverneur de la province du district autonome de Tchoukotcha dans les premières années du règne Poutine. Il y a outrepassé son rôle politique en investissant une partie de sa fortune personnelle – plus d’un milliard de dollars – pour le développement de cette région très riche en réserves pétrolières.

Autant dire qu’en s’attaquant à Abramovich – ou en ne lui accordant plus le moindre passe-droit –, Downing Street touche un nerf sensible du Kremlin.

Le blocage des milliardaires russes représente une aubaine pour le pouvoir politique britannique, qui cherche à limiter l’acquisition de biens immobiliers aux fins de blanchiment. La pratique est devenue courante depuis la crise financière, et a contribué à faire exploser les prix des propriétés de luxe, faisant de Londres la lessiveuse mondiale de l’argent sale.

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