Ralph Hamers, de l'art de s'attirer les critiques

À la tête du groupe bancaire ING, Ralph Hamers mène une restructuration monstre et se voit octroyer une hausse de rémunération de 50%. Ce n’est pas la première fois que ce fonceur fâche l’opinion.

"Il était nécessaire d’agir immédiatement." C’est en ces termes que le conseil de surveillance du groupe ING a justifié la décision d’augmenter de 50% la rémunération de son CEO Ralph Hamers.

Dans un argumentaire soigneusement préparé (jusqu’à le traduire en français) et mis en ligne ce jeudi pour accompagner la publication du rapport annuel, la banque néerlandaise s’explique sur la nouvelle politique de rémunération. "Ces dernières années, le conseil de surveillance a exprimé sa préoccupation à plusieurs reprises" parce que la rémunération du PDG était "considérablement inférieure" à la moyenne de l’indice Euro Stoxx 50. Or, "le comité de direction d’ING doit être en mesure d’attirer et de retenir les meilleurs talents internationaux".

Le profil
  • Néerlandais, 51 ans.
  • Diplômé en économétrie de l’Université de Tilburg.
  • Dans le groupe ING depuis 1991.
  • Il passe d’une fonction dirigeante à une autre tous les deux, trois ans. En 2011, il est nommé CEO d’ING Belgique et Luxembourg.
  • Il devient le CEO du groupe en 2013, à 46 ans.

À partir de cette année, Ralph Hamers va donc toucher 2,2% de plus sur sa rémunération fixe (1,7 million d’euros) mais, surtout, il va percevoir un nombre fixe d’actions, non liées à des critères de performance, pour un montant allant jusqu’à 50% du salaire de base (soit 875.000 euros). Ceci, pour éviter la limite imposée aux bonus des banquiers néerlandais depuis la crise de 2008, et fixée à 20%. Voici donc Ralph Hamers avec un bonus… fixe, qui placera sa rémunération 2018 au-dessus des 3 millions d’euros.

Dans une interview au Financieele Dagblad parue ce jeudi, le président du conseil d’ING, Jeroen van der Veer (l’ancien CEO de Shell), défend la nouvelle donne mais n’a pas voulu indiquer si cette augmentation venait ou non de Ralph Hamers. "Il a ces dernières années réalisé un évident track-record. Nous voulons qu’il continue à mener la transformation de la banque", a-t-il fait valoir.

ING a eu beau soigner sa com’, l’annonce n’en a pas moins déclenché un tollé aux Pays-Bas. "Excessif", a estimé le ministre des Finances néerlandais Wopke Hoekstra. "Absurde", a jugé le syndicat CNV, qui rappelle que la banque augmentera son personnel cette année de… 1,7%. Des parlementaires réclament une audition du président d’ING. Le point doit aussi passer par l’assemblée générale du groupe fin avril et pourrait y faire du bruit.

Décidément, Ralph Hamers a l’art de s’attirer les critiques. C’est lui qui, fin 2016, a déclenché la restructuration monstre d’ING (7.000 jobs perdus, principalement en Belgique et aux Pays-Bas) au nom d’une nécessaire digitalisation de la banque et d’un rendement pour l’actionnaire perfectible.

Son "bonus fixe" sonne comme un remerciement pour avoir eu l’audace d’y être allé aussi fort dans la transformation. "Nous voulons devenir une fintech avec une licence bancaire", aime-t-il dire pour situer le niveau de rupture souhaité avec la tradition bancaire.

La gifle

C’est le même qui, à l’avant-veille du séisme, avait commis un message interne dans lequel il se réjouissait – sans en dire plus – des "exciting things" qui arrivaient. Elle en dit long sur son état d’esprit, cette bourde qui le poursuivra encore longtemps sans doute, tant elle a été mal vécue. En interne, personne n’a oublié la gifle.

Son rapide passage à Bruxelles (il a dirigé deux ans ING Belgique avant d’être nommé à la tête du groupe) a plutôt laissé l’impression d’un homme déterminé tendance impatient, mais pas dans le mode cow-boy arrogant, nous dit-on. "C’est un fonceur, mais un fonceur intelligent", nous dit-on. D’autres "INGers" sont moins admiratifs. "Il trace et se moque des dégâts collatéraux."

À 51 ans, le grand Néerlandais au style décontracté est entré dans la banque "oranje" il y a 27 ans et est passé par toute une série de fonctions avant d’en prendre la direction en 2013. Il y a cinq ans, la banque a voulu placer un jeune boss dont le nom n’est pas associé à la crise de 2008 (synonyme de recapitalisation en urgence par l’État néerlandais) et qui puisse changer la banque. Pour le coup, ils ont tapé dans le mille.

Briefing | "Que dois-je dire aux clients et aux amis?"

"Que dois-je dire à mes clients, ma famille ou mes amis?" Pour accompagner la hausse de la rémunération du CEO, ING a pris la peine de briefer ses équipes au moyen d’une communication sur l’intranet. Signe que l’info est susceptible de faire des dégâts.

"L’entreprise se porte bien, mais elle doit se préparer à l’avenir, peut-on lire dans la réponse toute faite. Elle doit donc mettre en place une politique de rémunération solide pour attirer et retenir à coup sûr les personnes les plus compétentes aux postes de direction."

Puis vient l’argument de marché. "Ce nouveau niveau de rémunération reste néanmoins bien en dessous de la médiane observée chez les autres multinationales au profil comparable."

C’est la démonstration classique, quasiment systématique lorsqu’il s’agit de justifier une hausse du salaire pour le boss, le plus souvent en général appuyé d’un "benchmark" ou l’autre. En résumé: c’est raisonnable puisque la concurrence paie plus…

 

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