Remo Ruffini, le roi des doudounes de luxe

Aux commandes de Moncler depuis 2003, Remo Ruffini est considéré comme un visionnaire en Italie. Jeudi, l’action du groupe a ouvert à plus de 11% à la Bourse de Milan. Une flambée due aux spéculations de rachat par le géant français du luxe Kering.

Le roi des doudounes haut de gamme est surtout un homme passionné par son travail. Une passion qui se traduit par son sempiternel sourire et la joyeuse insouciance avec laquelle il aime expliquer ses projets et ses réussites. Or, depuis jeudi, ce sourire s’est fait encore plus intense.

Le profil
  • Né le 27 août 1961, à Como, en Lombardie
  • En 1984, il fonde sa première société textile, New England
  • En 2000, il vend son entreprise au groupe Stefanel
  • Il achète, en 2003, la société Moncler spécialisée dans la création de doudounes
  • En 2017, il est nommé "Entrepreneur de l’année" en Italie

Selon des spéculations relayées par l’agence Bloomberg, le géant français du luxe Kering serait en train d’envisager un rachat de Moncler. Les deux groupes ont refusé tout commentaire mais seraient déjà engagés dans des discussions préliminaires. Des révélations qui ont fait flamber l’action de l’entreprise italienne qui a ouvert en hausse de plus de 11% jeudi à la Bourse de Milan.

Ce dirigeant éclairé, connu pour sa générosité et son grand cœur, a baigné dans l’univers de la mode depuis sa jeunesse. Dans les années septante, son père fonde une entreprise de vêtements à New York. Une réussite commerciale qui inspire le jeune Ruffini. Il décidera de reproduire l’aventure paternelle mais en retournant dans son Italie natale. Amoureux de ses racines et de la tranquillité de Como, la petite ville de Lombardie où il est né, il y vit encore avec sa femme.

Après avoir vendu sa première société, New England, il rachète l’entreprise française Moncler. Il s’agit d’un pari hasardeux: après les succès des années ‘80, cette marque de duvets de montagne bat de l’aile. Mais, Ruffini, qui admet volontiers ses résultats peu brillants à l’école, se révèle être un extraordinaire gestionnaire. Il entreprend la restructuration du groupe en transformant les doudounes classiques en un produit de mode aimé par les clients traditionnels ainsi que par les nouvelles générations.

La liberté, clé du succès

Ses importants investissements en communication, ses collaborations avec des stylistes jeunes et inventifs, ainsi que les événements extravagants qu’il organise en Italie et à travers le monde, expliquent l’explosion commerciale de la société Moncler, qui est aujourd’hui présente dans 70 pays et dont le chiffre d’affaires, en hausse constante, a atteint, l’année dernière, 1,42 milliard d’euros.

Un joyau dont le patron italien est orgueilleux mais qu’il ne contrôle pas d’une main de fer. Ruffini aime déléguer et considère la liberté comme une composante essentielle du succès de son entreprise.

"On ne veut pas d’un ‘empereur délégué’! Cette société est gérée par moi et deux autres dirigeants. Nous nous réunissons chaque semaine pour réfléchir ensemble aux stratégies à adopter" a-t-il récemment expliqué.

Une liberté d’action qu’il a voulu transmettre à ses deux enfants. "Je leur ai donné mes valeurs mais j’ai accepté qu’ils ne suivent pas mes pas, ils s’occupent de toute autre chose", révèle Ruffini.

Avec la même indépendance d’esprit, il aime bouleverser les équilibres du secteur et mettre sur pied des magasins éphémères flamboyants qui attirent de nouveaux segments de clientèle. Mais il a surtout réussi à transformer de simples duvets de montagne en des créations luxueuses, désormais exhibées sur les tapis rouges à travers le monde entier.

Rêve de gosse

Le rachat de Moncler relève d’un rêve d’enfance. Durantle trajet vers l’école, le jeune Ruffini, accablé par le froid sur sa mobylette, s’imaginait portant un chaud duvet de la prestigieuse marque française.

L’Amérique en solo

Dans les années 1980, Remo Ruffini rejoint son père aux Etats-Unis. Il résistera seulement trois semaines dans le bureau de l’entreprise familiale à New York. Il loue une voiture et fait, seul, le tour de l’Amérique du Nord.

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