Ren Zhengfei, le patron discret à l'entreprise effrayante

Le fondateur de Huawei Ren Zhengfei est sorti de son habituel silence pour réagir à la décision de Google. L’ancien militaire n’est pas un habitué des projecteurs mais sait défendre sa création quand il le juge nécessaire.

Ren Zhengfei, le fondateur de Huawei n’est pas le genre de patron à s’étaler plus que nécessaire. Mais ce n’est certainement pas pour autant qu’il va se laisser marcher sur les pieds. Après l’annonce fracassante de Google concernant la fin de licence de Huawei pour l’utilisation d’Android, l’heure était à la contre-attaque ce mardi. "Le personnel politique américain, par ses façons de faire à l’heure actuelle, montre qu’il sous-estime notre force", explique Ren Zhengfei. "La 5G de Huawei ne sera absolument pas affectée (par tout cela). En matière de technologie 5G, ce n’est pas en deux trois ans que les autres entreprises pourront rattraper Huawei", ajoute le patron.

Si l’homme est sorti en première ligne, il se fait habituellement plutôt rare dans les médias, faisant de chacune de ses interventions un petit événement pour le groupe qu’il a fondé. Durant les 26 premières années de Huawei, il n’a d’ailleurs jamais accordé la moindre interview. Il aura fallu attendre 2013 pour l’entendre s’exprimer devant un journaliste.

Digne d’Hollywood

Le profil
  • 25 octobre 1944: Naissance en Chine.
  • 1963: Études d’ingénieur civil à l’Université de Chongqing.
  • 1974: Ren Zhengfei rejoint l’armée chinoise comme ingénieur civil. Il y restera neuf ans.
  • 1987: Création de Huawei.
  • 2018: Huawei devient, sur base trimestrielle, le deuxième fabricant de smartphones, devant Apple.

Jusqu’il y a peu, on en savait donc peu sur son histoire. Elle pourrait pourtant plaire à un scénariste d’Hollywood. Né en 1944 dans la province de Guizhou, Ren Zhengfei est issu d’un milieu modeste et a vécu les heures difficiles de la Chine, à l’époque où il était question de famine dans les régions reculées du pays. Ses parents, tous les deux enseignants, ne roulaient pas sur l’or. Il rejoint tout de même l’Université de Chongqing où il décrochera son diplôme d’ingénieur civil. Un diplôme qui lui permettra de commencer sa carrière dans le privé avant de rejoindre l’armée en 1974 où il travaillera comme ingénieur.

Son aventure militaire durera jusqu’en 1983, moment où la Chine réforme son armée et supprime "l’Engineering Corps" dans lequel il était rattaché. Redevenu civil, Ren Zhengfei se retrouve donc à nouveau sur le marché du travail. Sa reconversion se fera à Shenzhen, à l’époque petite ville du sud de la Chine mais faisant partie des six régions du pays poussées par le gouvernement à devenir un moteur économique national. Il y travaille d’abord pour South Sea Oil Corporation. Mais l’homme n’est pas satisfait de l’expérience et quitte rapidement l’entreprise.

Son idée de Huawei date de 1987. Le patron lance alors officiellement son entreprise avec 21.000 yuans, soit un peu plus de 2.700 euros. En un peu plus de trente ans, Huawei est devenu le deuxième plus grand fabricant de téléphones et l’un des principaux fournisseurs télécom à l’échelon mondial. Actif dans 170 pays, le groupe compte plus de 180.000 travailleurs. Malgré que son groupe soit devenu un mastodonte, Ren Zhengfei a toujours préféré garder sa création loin des bourses. Avec pour conséquence de n’avoir que très peu d’information sur son actionnariat. Le patron ne disposerait que 1,14% des parts de sa création. Le reste serait réparti entre près de 100.000 travailleurs du groupe. "Steve Jobs n’avait que 0.58% d’action d’Apple. Cela signifie que je peux donc encore potentiellement davantage diluer ma position. Je devrais apprendre de Steve Jobs", a récemment déclaré le patron à un journaliste de Fortune.

Sa fortune reste néanmoins plutôt confortable. Forbes l’estime à 1,7 milliard de dollars, ce qui faisait de lui, en 2018, le 83e homme le plus riche de Chine.

Une famille pas assez compétente

Aujourd’hui directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, la fille de Ren Zhengfei, a un rôle important au sein de l’entreprise. Le patron était pourtant dur avec sa fille en 2013. "Mon successeur ne devra pas simplement avoir une vision, du caractère et de l’ambition mais aussi des perspectives globales et de la perspicacité pour mener l’activité. Ma famille ne possède pas ces qualités", avait-il déclaré.

Gestion atypique

Fondateur et CEO, Ren Zhengfei a mis en place une gestion atypique pour son entreprise. Plutôt qu’un seul patron pour faire tourner l’entreprise, Huawei est dirigé par trois présidents avec un mandat tournant de six mois. La direction est actuellement assurée par Ken Hu.

Rachat manqué

Fin février, le Financial Times révélait que Huawei était tout proche de se faire racheter, en 2003, par Motorola. L’entreprise était, selon le journal, prête à mettre 7,5 milliards de dollars sur la table. Une lettre d’intention était même signée. Un désaccord sur la nouvelle direction à mettre en place après la fusion aurait finalement tout fait capoter.

 

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