Renaud: le renard veut revenir en phénix

Revenu d’entre les morts, Renaud Séchan s’offre un énième come-back avec son nouveau single "Toujours debout" qu’il présente sans tituber. Celui qui affirme ne plus toucher à une goutte d’alcool depuis trois mois tente de se remettre en selle avec un nouvel album à venir.

Personnage attachant, marqué jeune adolescent par les "troubles" parisiens suscités par la guerre d’Algérie et plus tard mai 68 (il paraît déjà bien en voix à 16 ans), c’est d’abord en loubard que le jeune chanteur de rue qui a bien vite abandonné l’école va se faire connaître. Son 45 tours "Laisse béton" devient un tube en 1977 et l’album homonyme se vend à plus de 500.000 exemplaires. Il enchaîne les succès ("Ma gonzesse", "Dès que le vent soufflera", "Ma chanson leur a pas plu"…), succès qui culmine, pense-t-on, avec "Mistral Gagnant", en 1986, et ses deux millions d’albums vendus.

  • Naît à Paris le 11 mai 1962
  • 1968 Participe aux événements de mai et débute en chanson
  • 1977 "Laisse béton", premier tube d’une longue série
  • 1999 Sa femme Dominique le quitte, l’alcoolisme le gagne
  • 2016 Deuxième come-back avec le single "Toujours debout", annonciateur d’un album prévu pour le printemps

La décrue s’annonce pour cet amoureux de la mer qui connaît un grand creux et une grosse dépression qui reste centrée non pas sur les Îles britanniques, mais au-dessus de sa tête. Très affecté par la mort de Coluche, il entame alors une longue traversée du désert sans connaître la soif, qui se combine à une extinction de son filet de voix, qui se tarira à jamais.

C’est que, grand protestataire (et fils de protestant), militant de gauche et grand admirateur de François Mitterrand, il a toujours prêté la sienne à la cause des minorités (juifs, palestiniens, arméniens…), soutenant la marche des beurs, le combat pour la protection des enfants, militant pour le régionalisme, l’écologie, la libération d’Ingrid Betancourt ou les restos du cœur de feu son ami Coluche. Renaud n’a jamais été avare de son engagement.

Renaud - Toujours debout

Au studio ICP

Après un gros passage à vide – pas seulement musical –, celui qui, en 1981, représentait 45% des ventes du label Polydor (qu’il quitte après Morgane de toi en 1983 pour, à l’époque, 18 millions de francs français), revit des lendemains qui chantent grâce à la jeune chanteuse Romane Serda qui, en 2000, devient sa muse et le sort du trou où il boit. "Boucan d’enfer", en 2002, marque ce renouveau, mais pas celui de son organe vocal, et se révèle son album le plus vendu à ce jour avec plus de 2.200.000 exemplaires, pour un total de plus de 15 millions de disques écoulés.

©Photo News

Et Renaud coule à nouveau…, se sépare de sa seconde épouse, qui le quitte en 2011 car il s’est remis à boire et pas que la tasse.

Muet depuis 2009, en tout cas sur le plan musical, puisqu’on l’a encore vu lors de l’hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo, celui qui fut un temps anarcholibertaire (qu’on se souvienne d’"Hexagone") chante désormais sur le CD à venir "J’ai embrassé un flic" et deux chansons dédiées aux victimes des tueries de l’an passé. Un album du renouveau ou du nouveau Renaud: il doit beaucoup à son beau-fils, Renan Luce, époux de sa chère Lolita, inspiratrice de "Morgane de toi" à l’époque, et à Benoît Doremus, autre jeune chanteur à avoir pris le désormais vieux chanteur sous son aile. Bref, qui l’on ramassé après l’avoir côtoyé.

Mardi, à minuit, est sorti le premier single "Toujours debout" d’un album enregistré dans les mythiques studios bruxellois d’ICP, dont Renaud n’a composé aucune musique et qui devrait sortir au printemps.

A 63 ans, l’ancien gavroche soixante-huitard qui, après être monté sur les barricades, avait – le succès aidant – fondé son label, une maison d’édition et une boîte de merchandising, tente une fois encore de se remettre… à l’eau.

Gavroche

A 16 ans, Renaud apparaît dans le documentaire de William Klein "Grands soirs et petits matins", consacré à mai 68: il y interprète pour ses copains un sketch de Guy Bedos au sein du groupuscule Gavroche révolutionnaire.

"Libération", l’ennemi

Bien que se revendiquant de gauche, Renaud a depuis toujours trouvé en "Libération", quotidien pourtant de même obédience, un détracteur impitoyable, moquant sa musique et ses postures. En 1989, le journal révèle que le chanteur a acquis une maison dans un quartier aisé de Montréal, titrant "Renaud passe du HLM à la cabane au Canada".

Tonton béton

Fasciné par François Mitterrand, Renaud lui faisait parvenir un exemplaire à la sortie de chacun de ses nouveaux disques et signe la tribune "Tonton laisse pas béton" en 1987 afin que le Président se représente l’année suivante.

 

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