Ri De Ridder, la médecine au service du peuple

©BELGA

L’ancien directeur général de l’Inami, Ri De Ridder, entame un mandat de trois ans à la tête de Médecins du Monde, l’ONG qui s’occupe notamment des migrants du parc Maximilien.

Il n’aura été retraité que trois mois. Après avoir passé 13 ans à la tête de l’Inami, Ri De Ridder, 66 ans, s’est lancé un nouveau défi chez Médecins du Monde, dont il préside les destinées depuis juin dernier. Il n’aura sans doute guère le temps de s’acclimater à cette nouvelle fonction, car l’ONG est en première ligne dans et autour du parc Maximilien, à Bruxelles, où affluent tous les jours de nouveaux migrants.

Le profil
  • Né à Termonde en 1952
  • Père de 5 enfants (dont certains adoptés) et grand-père de 6 petits-enfants
  • Il étudie la médecine à Gand
  • Il officie en tant que médecin généraliste de 1976 à 2000
  • Il entre au cabinet du ministre Marcel Colla (sp.a) en 1997
  • Il travaille ensuite dans les cabinets de Frank Vandenbroucke (sp.a) et Rudy Demotte (PS)
  • Directeur général de l’Inami de 2005 à mars 2018
  • A la tête de Médecins du Monde depuis juin 2018 pour une période de 3 ans

Pour Ri De Ridder, qui a toujours baigné dans la médecine sociale, c’est un retour aux sources en quelque sorte. Il fut à la base en effet des premières maisons médicales en Flandre, dans les années quatre-vingts. "À l’époque, beaucoup de Turcs et de Marocains débarquaient à Gand pour travailler dans le textile", se souvient-il.

Cabinets socialistes

La médecine au service du plus grand nombre: tel est le moteur du combat de Ri De Ridder, que ce soit au sein des cabinets ministériels socialistes qu’il a fréquentés (Marcel Colla, Frank Vandenbroucke, Rudy Demotte) ou à la tête de l’Inami. "La première question qu’une assurance-maladie devrait se poser est: sommes-nous suffisamment inclusifs? Faisons-nous en sorte que personne ou en tout cas le moins de personnes possibles ne soit exclu? C’est la raison pour laquelle je me suis battu au sein de l’Inami pour la prise en charge des maladies chroniques et pour le tiers payant. Pour moi, cette présidence est la suite logique: Médecins du Monde se bat pour que tout le monde ait accès aux soins de santé, également pour les personnes qui n’ont pas d’argent ou qui n’ont pas de papiers."

Celui que le Journal du Médecin avait, voici deux ans, catalogué parmi les trois personnes les plus influentes des soins de santé en Belgique apporte dans ses bagages un riche carnet d’adresses. "Je sais comment fonctionne la politique."

Il faut sauver Viktor

De l’aveu même de l’intéressé, l’épisode du petit Viktor, en 2013, fut un des moments les plus difficiles de la carrière de Ri De Ridder. L’enfant avait besoin d’un traitement de 18.000 euros par mois, avec le médicament Soliris de la firme Alexion. L’avis négatif de l’Inami avait donné lieu à une campagne de presse orchestrée par la firme en question, avant que l’Inami ne cède finalement. "Ce cas montre à quel point il peut être difficile de prendre des décisions correctes du point de vue sociétal."

Pas de problème de ce côté-là. Il s’inquiète en revanche de l’évolution de notre société. "J’ai vu l’éthique se durcir dans la société tout au long de ma carrière. Nous raisonnons de manière de plus en plus individualiste: l’idée que les personnes les plus vulnérables doivent avoir une meilleure protection s’effondre. Et je ne parle pas uniquement des personnes sans abri ou des personnes réfugiées. Lorsque je lis des études montrant que de plus en plus de personnes souhaitent exclure des soins de santé les personnes qui fument ou les personnes en surpoids, je me fais beaucoup de souci."

Il s’inquiète aussi de la latitude trop importante accordée aux firmes pharmaceutiques. "Notre pays paie plusieurs dizaines de milliers d’euros par personne pour certains médicaments, avec des marges gigantesques pour les producteurs. Cette année, le budget pour les médicaments a été dépassé de 300 millions d’euros. Notre sécurité sociale ne pourra bientôt plus supporter cela et nous serons alors obligés de prendre des mesures d’économies au détriment de l’accès aux soins."

Immigration inévitable

Ri De Ridder sait que sa nouvelle tâche s’annonce ardue, surtout dans l’actuel contexte de crispation politique autour des thèmes migratoires. L’intéressé n’entend pas pour autant se soustraire au débat. "Je ne plaide pas pour des frontières ouvertes. Les frontières sont nécessaires, il faut stopper l’illégalité et je plaide pour une approche structurelle du problème. Mais une fois qu’une personne est présente sur notre territoire, elle doit être traitée humainement. L’immigration est inévitable et elle est même positive pour notre société, même si beaucoup de gens ne sont pas prêts à entendre cela."

Dans l’immédiat, il compte effectuer "un tour de Belgique pour prendre connaissance de toutes les initiatives locales", et pas seulement dans les alentours du Parc Maximilien.

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