Robert Fico, le Premier slovaque ébranlé par un double assassinat

L’étoile du Premier ministre slovaque, en poste depuis 2012, déjà ternie par sa dérive populiste et une alliance avec un parti d’extrême-droite, risque de s’éteindre après le meurtre du journaliste Jan Kuciak et de sa compagne.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico vit des heures difficiles depuis l’assassinat du journaliste Jan Kuciak et de sa compagne, tués par balle et découverts dimanche dernier à leur domicile. Jan Kuciak enquêtait sur les liens entre la mafia calabraise et certaines personnes de l’entourage du cabinet du Premier ministre.

Robert Fico a offert une prime d’un million d’euros, déposés en cash sur une table face aux caméras, pour toute information sur ce double crime. Mais cela n’a pas suffi à calmer l’opinion publique. Des marches de protestation sont prévues en Slovaquie pour les prochains jours.

L’opposition réclame au moins la tête du ministre de l’Intérieur et celle du chef de la police. Le départ du ministre de la Culture n’a pas suffi à l’apaiser.

"De simples hyènes idiotes"

Mardi, le Premier ministre et son entourage perdaient patience. Fico accusait les journalistes "d’établir des liens sans preuve entre les assassins et des gens innocents". Rien d’étonnant pour celui qui a qualifié dans le passé les journalistes de "simples hyènes idiotes" ou de "prostituées anti-Slovaques". Ces propos sont inhabituels pour un homme politique socialiste. En réalité, Robert Fico porte la couleur du socialisme, mais il n’est pas socialiste. Du moins, pas dans le sens habituel du terme.

Allié à l’extrême-droite

Le Premier ministre slovaque tient souvent des positions pro-Russes. Il aime utiliser une rhétorique populiste, d’ordinaire contre les migrants, les musulmans et la minorité hongroise de Slovaquie.

cv express
  • Âgé de 53 ans, Robert Fico a étudié le droit à Bratislava. Il décroche un doctorat en droit pénal (1992).
  • Il adhère au parti communiste en 1987. Trois ans plus tard, il entre au parti de la gauche unitaire (SDL), dont il prend la présidence en 1994.
  • Robert Fico est élu pour la première fois en 1992. Il quitte le SDL pour fonder le Smer (centre gauche).
  • En 1994, il représente la Slovaquie à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg.
  • Le 4 avril 2012, il est nommé Premier ministre. Les gouvernements Fico II et Fico III suivront.

Ayant perdu sa majorité absolue aux élections de mars 2016, il s’est allié avec le Parti national slovaque (SNS) d’extrême-droite et proche des milieux nazis. Cette alliance contre-nature lui a valu d’être exclu de son groupe politique au Parlement européen, les socialistes et démocrates (S&D).

Pour Robert Fico la priorité est d’éviter l’entrée de migrants et de musulmans sur son territoire. Il refuse d’ailleurs la politique de quotas décidée par l’Union européenne.

Robert Fico va jusqu’à affirmer qu’il veut "surveiller chaque musulman du pays". Pour lui, d’ailleurs, "l’islam n’a pas vocation à s’implanter en Europe car il ne peut s’y intégrer".

La tentation populiste

Deux ans après sa constitution, le gouvernement Fico est éclaboussé par cette affaire d’assassinat, de mafia italienne et de corruption. C’est le deuxième meurtre d’un journaliste enquêtant sur la corruption, après celui de la maltaise Daphne Garuana Galizia.

Le costume de justicier du Premier ministre n’a pas tenu longtemps. C’est que Robert Fico est juriste, spécialisé en droit pénal et attaché à son image de justicier. Il a fait ses armes à la Cour pénale internationale de La Haye et à la Cour européenne des droits de l’homme comme représentant de la Slovaquie. Un profil sérieux et besogneux qui lui a permis de se hisser au sommet de l’État. Hélas, la tentation populiste et du langage agressif ont écorné son image, réveillé l’extrême-droite. Au point que les électeurs le désertent.

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