Roberto Gualtieri, une âme double: ferme et flexible

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Le nouveau ministre de l’Économie et des Finances italien devra rassurer les instances européennes et redonner confiance à une nation depuis longtemps hors d’haleine.

Roberto Gualtieri est un homme de convictions. Son visage, exprimant à la fois une forte détermination et un soupçon d’ironie, occupe désormais le devant de la scène en Italie.

Le nouveau ministre de l’Économie et des Finances de la péninsule, qui vient de prêter serment au palais du Quirinal, était jusqu’à très récemment mieux connu à Bruxelles qu’à Rome.

Député européen depuis dix ans, cet historien né dans la capitale italienne en 1966, a passé le plus clair de son temps entre Strasbourg et Bruxelles. Si les Italiens devront vite apprendre à le connaître, Gualtieri peut déjà se targuer du profond respect et de l’amitié de ses collègues au Parlement européen. Au mois de mai dernier, le site spécialisé Vote Watch Europe l’avait indiqué comme le député de l’UE le plus influent, juste après l’ancien président du Parlement, Antonio Tajani, et l’Allemand Manfred Weber.

Il devra aujourd’hui, dans une conjoncture économique très délicate, gagner aussi la confiance de ses concitoyens. Or, ce professeur spécialiste d’histoire contemporaine est le premier ministre de l’Économie italien non-économiste des trente dernières années. Gualtieri a, néanmoins, une vision très précise de ce qu’il considère légitime et viable en termes de politique économique. Au cours des cinq dernières années, il a, en effet, présidé la puissante commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, en se transformant rapidement en un expert des finances, du secteur bancaire et du système de contrôle des comptes. Connu pour son interprétation"flexible" de l’austérité budgétaire longtemps promue par les instances européennes, il a déclaré à plusieurs reprises qu’il fallait "transformer le pacte de stabilité en un pacte pour le développement durable et la croissance". Il a, par exemple, préconisé de retirer les investissements publics de la règle des 3% de déficit.

Contre la "flat tax"

Le profil
  • Naissance à Rome le 19 juillet 1966.
  • En 2007, il devient membre du Parti démocrate.
  • En 2009, il est élu député européen.
  • De 2014 à aujourd’hui, il a présidé la commission des Affaires économiques du Parlement européen.
  • Il vient d’être nommé ministre de l’Économie et des Finances du nouveau gouvernement jaune-rouge italien.

Avec la même clarté d’esprit et la même fermeté, il s’était insurgé contre la "flat tax", un impôt sur le revenu à taux unique, promis par le premier exécutif dirigé par Giuseppe Conte. "Il s’agit d’une mesure techniquement éversive", avait-il écrit sur son blog hébergé par le site d’information HuffPost.

Gualtieri est aussi et surtout un homme de gauche et un fervent européiste. Au cours de sa jeunesse, il a flirté avec les idées de la gauche radicale en militant, dès 1985, auprès du Parti communiste italien. Il est, par la suite, devenu un fidèle représentant du Parti démocrate, dont il a directement suivi la fondation en 2007.

Interrogé récemment sur les qualités et les compétences de Gualtieri, l’ancien Premier ministre Mario Monti en a chanté ses louanges tout en précisant qu’il n’était pas à même de juger sa "capacité de déplaire aux gens". Le nouveau ministre de l’Économie italien sera, en effet, appelé à jouer un double rôle infiniment complexe: rassurer les instances européennes, en adoptant une politique économique potentiellement restrictive, tout en essayant de redonner confiance à une nation depuis longtemps hors d’haleine.

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