Roland Jost | Un patron sous mandat d'arrêt

À la suite de la vague de perquisitions menées lundi, le parquet fédéral a décerné des mandats d’arrêt à l’encontre de trois personnes, dont Roland Jost, patron de la société de transport du même nom.

Roland Jost est, depuis lundi, sous les verrous. Il est inculpé, avec deux autres personnes, de participation comme dirigeant à une organisation criminelle, de traite d’êtres humains, de blanchiment, de faux et usage de faux social, d’escroquerie en droit pénal social, d’absence de déclaration immédiate à l’emploi (Dimona), de déclarations inexactes ou incomplètes concernant les cotisations sociales, de non-paiement de cotisations à l’ONSS et de défaut de paiement de la rémunération en tant qu’employeur. La chambre du conseil de Liège devra, dans les cinq jours, confirmer ou non la détention préventive. Une quatrième personne est inculpée des mêmes chefs d’accusation, mais en tant que membre d’une organisation criminelle, pas en tant que dirigeant.

Ces décisions judiciaires font suite à la vague de perquisitions menées lundi, entre autres au siège luxembourgeois et dans plusieurs filiales de Jost Group. Le groupe de transport, qui emploie 2.700 personnes et compte 1.300 véhicules, est soupçonné d’avoir pratiqué le dumping social à grande échelle, notamment en recrutant massivement des chauffeurs de camion en Roumanie pour les faire travailler en Belgique sans respecter la législation sociale belge – ce qu’il dément avec force.

Le profil
  • Né le 12 décembre 1958 à Waimes.
  • Entre dans la société familiale en 1981.
  • En prend la direction en 1986, suite au décès de son père.

Les syndicats dénoncent depuis des années les pratiques dans le secteur du transport, avec l’utilisation de sociétés boîtes aux lettres pour échapper au paiement de la sécurité sociale belge, et des conditions de travail indignes. Le groupe Jost n’échapperait pas à la règle.

Le parquet fédéral épingle des conditions d’emploi extrêmement difficiles de certains chauffeurs roumains, avec logement dans le camion durant quatre à six semaines d’affilée et un temps de travail particulièrement long. Il chiffre le préjudice qu’auraient subi les travailleurs ainsi que la sécurité sociale belge à plus de 55,3 millions d’euros sur la période 2014-2016.

"Que d’autres entreprises du secteur tombent ne m’étonnerait pas. Mais que le groupe Jost, avec la qualité de ses collaborateurs, ait été assez fou pour tremper dans des combinaisons foireuses me paraît étonnant", réagit un connaisseur du secteur.

Une discrétion cultivée

Il n’est pas facile, toutefois, de dresser le portrait de Roland Jost. "Aussi incroyable que cela puisse paraître, je ne l’ai jamais rencontré", explique Philippe Degraef, directeur de Febetra, une des deux fédérations professionnelles du secteur. "J’ai eu l’occasion de le croiser, mais c’est quelqu’un qui, s’il a un charisme certain, cultive étonnamment la discrétion. Ses apparitions sur les foires et salons sont toujours brèves et rapides", réagit pour sa part Michaël Reul, secrétaire général de l’UPTR, l’autre fédération du secteur.

Quand Roland Jost entre, en 1981, chez Transports Jost, fondée par son père, Nicolaus Jost, à Bullange, dans les cantons de l’Est, la société spécialisée dans le transport du bois et des produits sidérurgiques compte à peine une vingtaine de camions. En 1986, suite au décès de son père, il reprend le flambeau. Très vite, la société est rachetée par Godard S.A., active dans le transport de personnes, et passe sous la direction de Christian Godard. Mais la société est mise en liquidation quelques années plus tard, Roland Jost en rachète les actifs et entame son expansion.

Il revend l’activité de transports de personnes, pour se concentrer sur celui des biens. Une opération qui va lui valoir des ennuis avec le fisc: il est poursuivi pour société de liquidité frauduleuse. On lui reproche d’avoir transféré, juste avant la revente, les activités vers une nouvelle entreprise, des millions d’euros restant en caisse dans la structure historique, qui aurait fait l’objet de manœuvres frauduleuses pour échapper à l’impôt. Après des années de procédures, il est finalement acquitté.

Entre-temps, il a multiplié les acquisitions à un rythme soutenu, est devenu un homme influent du secteur des transports. Très tôt, il se tourne vers les pays de l’est, créant une filiale en Pologne dès 1997 – une stratégie destinée à faire face à la pénurie annoncée des chauffeurs belges, affirme le groupe.

Le groupe Jost, avec pour identité visuelle son kangourou sur fond vert, naît en 2000. En 2003, il installe son siège au Grand-Duché de Luxembourg. Il est aujourd’hui le numéro deux du transport en Belgique, et le numéro un incontesté en Wallonie. Et le groupe, qui possède déjà 300.000 mètres carrés d’entrepôts, s’apprête à en construire 180.000 mètres carrés supplémentaires au Trilogiport, à Liège.

La chasse et la nature

Les hobbies déclarés du patron de Jost Group? La chasse et la nature. On n’en saura pas plus côté personnel, si ce n’est que l’homme, qui parle quatre langues, est toujours domicilié à proximité de la région germanophone, à Stavelot.

Aussi actif dans le bois

Roland Jost est également actif dans l’industrie du bois. Il est en effet un des deux actionnaires principaux d’IBV (Industrie du Bois Vielsalm), aux côtés de Joseph Haas. L’entreprise emploie plus de 220 personnes dans le sciage du bois, la production de pellets et la cogénération.

 

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