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Romeo Castellucci, provocateur et visionnaire

©AFP

Le plus contemporain des scénographes italiens, Romeo Castellucci, ouvrira le cycle 2018-2019 de La Monnaie, dévoilé hier, avec "La Flûte enchantée".

Ce qui pourrait passer pour un simple lever de rideau sur la future saison de La Monnaie a, cette année, une saveur particulière. L’indiscrétion de L’Echo, parue en septembre dernier, a été confirmée hier par Peter de Caluwe, intendant de la scène lyrique bruxelloise: c’est bel et bien le scénographe italien Romeo Castellucci qui inaugurera 2018-2019 avec la mise en scène du dernier opéra de Mozart. En marge de cette production, Castellucci coordonnera aussi un parcours au Kanal (site Citroën), à la demande de Bozar.

Le profil
  • 1960 Naissance à Cesena (Emilie-Romagne)
  • 1981 Il fonde la Societas Raffaello Sanzio, matrice du théâtre d’avant-garde italien.
  • 1998 Devient un fidèle du festival d’Avignon.
  • 2004 Le Kunstenfestival des Arts accueille à Bruxelles un épisode de sa monumentale "Tragedia Endogonidia".
  • 2011 "Parsifal", de Wagner, à La Monnaie.
  • 2017 "Jeanne au bûcher", d’Honegger et "Tannhauser", de Wagner.

Plus d’une fois desservie par des adaptations scéniques aussi prévisibles que naïves, la Flûte en version Castellucci devrait retrouver un souffle nouveau, à la hauteur du contre-fa pyrotechnique de la Reine de la Nuit. On nous promet un spectacle fascinant, avec pour seule certitude immédiate les débats qu’il suscitera: le plus inventif des scénographes italiens ne fera sans doute pas l’unanimité, ce qui rendra une fois de plus passionnante la démarche de cet héritier d’Arthaud et de son Théâtre de la Cruauté.

Un avant-gardiste qui dérange

Metteur en scène, penseur, artiste complet, Castellucci, qui a réalisé à ce jour plus de 90 mises en scène dont une dizaine à l’opéra, se singularise par des productions d’avant-garde dont on sort rarement indemne. Préoccupé de métaphysique autant que d’humanisme, il a pris l’habitude, avec des spectacles forts et souvent dérangeants, d’interpeller le public en le regardant droit dans les yeux. Cela lui vaut une pléiade de prix internationaux, et de sérieuses incompatibilités d’humeur avec la frange la plus conservatrice de la société. Mais il assume d’autant plus une certaine violence esthétique que nous vivons, dit-il, "dans un monde où l’image est devenue un authentique champ de bataille".

Alors, quand il provoque, c’est au sens étymologique du mot: il "fait venir" le spectateur à la réflexion. Son spectacle "Sur le concept du visage de Dieu "(2011) a ainsi suscité des bagarres entre spectateurs à Avignon, des manifestations d’intégristes à Paris… On y voyait, sous un portrait géant et terriblement humain du Christ de Messina, un fils langer son père mourant, incapable de maîtriser ses excréments. Scatologie pour les uns. Eschatologie et conscientisation pour les autres, rappelant la formule prêtée au philosophe Porphyre: "Inter faeces et urinam nacimur", nous naissons entre fèces et urine. Et nous mourrons tous de même. Scandale? Castellucci assume le mot, à la condition expresse de lui donner le même rôle que "celui du petit caillou qui fait trébucher sur la route, et impose un moment d’arrêt et de conscience".

Plus proche de nous, sa relecture de l’"Orphée et Eurydice" de Gluck (2014) est encore dans la mémoire du public bruxellois au cœur d’une expérience bouleversante. Pendant qu’Eurydice chante sur la scène de La Monnaie, un grand écran dévoile les réactions que cette musique captée live provoque au même moment chez une jeune femme totalement paralysée, et filmée en direct sur son lit de souffrance dans une clinique bruxelloise. Voyeurisme? Ou, une fois encore, interpellation brutale d’une société qui ne veut pas (sa)voir l’insupportable? "C’est la différence, nous avait-il dit alors, qu’il y a entre l’art et la médiatisation. La question que je pose touche chacun de nous. Et chacun aura sa propre réponse."

Découvrez toute la saison 2018-2019 de La Monnaie sur lamonnaie.be

Ouvrir une blessure

"Je cherche à fendre en deux la conscience, à ouvrir une blessure pour que les questions puissent entrer profondément en nous. L’art repose entièrement sur cette condition de poser des problèmes, sinon il est purement décoratif."

Internet et high tech

"Je ne crois pas du tout à la liberté d’internet et des nouvelles technologies. Leur effet est d’abord le contrôle social. La sphère privée n’existe plus."


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