Ron Dennis viré de l'écurie qu'il a portée au sommet

Evincé par les autres actionnaires de l’écurie, le Britannique n’est plus le PDG de McLaren Technology Group.

Peut-on vraiment parler d’une surprise? Au vu des résultats catastrophiques de McLaren depuis trois ou quatre ans, il fallait faire quelque chose. Et c’est le patron Ron Dennis (69 ans) qui en a fait les frais en recevant des actionnaires son bon de sortie. Dennis dirigeait depuis 35 ans une équipe qui s’est constitué le deuxième plus gros palmarès (après Ferrari) de l’histoire de la F1.

Officiellement, ce sont les méthodes de management de Ron Dennis qui sont mises en cause par son associé franco-saoudien de la première heure Mansour Ojjeh et le fonds souverain de Bahreïn, Mumtalakat, qui détiennent respectivement 25% et 50% des parts de la société. Il faut dire que l’arrivée du moteur Honda et l’engagement à grands frais de Fernando Alonso n’ont pas apporté les résultats escomptés. Le Belge Stoffel Vandoorne, titularisé pour 2017, a sans doute quelques soucis à se faire…

Le profil
  • Né en 1947 à Woking, en Angleterre
  • De 1966 à 1969, mécanicien chez Cooper et Brabham
  • En 1970, il fonde l’écurie Rondel
  • Fin 1980, il rachète l’écurie McLaren et remporte un premier titre avec Lauda en 1984
  • D’autres titres suivent avec Prost, Senna, Hakkinen et Hamilton
  • Il est éclaboussé en 2007 par un scandale d’espionnage technologique
  • Première retraite en 2009 avant un retour en 2014
  • Evincé le 15 novembre 2016 par les autres actionnaires de McLaren

Ron Dennis se défend de son éviction en évoquant des "motivations fallacieuses". En fait, Dennis tentait depuis près de trois ans de trouver de nouveaux actionnaires pour racheter Ojjeh et le fonds Mumtalakat, rapporte le quotidien anglais The Telegraph. Des pourparlers avec Apple, récemment, ont échoué. C’est une autre tentative, toute récente, avec l’aide d’un consortium chinois, qui aurait précipité l’exclusion de Dennis par les autres actionnaires. Dennis a ensuite déposé vendredi dernier un recours devant la Haute Cour de Londres pour empêcher un remaniement du conseil d’administration. Une action en justice qu’il a perdue.

Mécanicien de Rindt

Le parcours de Dennis, qui a quitté l’école à 16 ans, est celui d’un simple mécanicien au sein de l’écurie Brabham dans les années soixante. Affecté à la voiture de Jochen Rindt (champion du monde 1970 à titre posthume), Dennis apprend vite et bien. Au point qu’en 1970, il décide de voler de ses propres ailes en fondant avec quelques associés l’écurie Rondel, engagée en Formule 2, l’antichambre de la F1. Dennis se forge au gré des saisons une réputation d’organisateur hors pair.

©BELGAIMAGE

En 1981, il rachète grâce au concours de Marlboro et de Mansour Ojjeh l’écurie McLaren, alors en perte de vitesse. McLaren est à l’origine une écurie néo-zélandaise fondée par le pilote Bruce McLaren, mort en piste. Avec la prise de pouvoir de Dennis, McLaren devient une écurie britannique. Il s’offre les services du génial ingénieur John Barnard, du motoriste Porsche et d’un metteur au point hors pair: Niki Lauda. La mayonnaise prend tout de suite et McLaren devient véritablement l’équipe phare des années 80, d’abord avec le tandem Lauda-Prost, qui s’entendent à merveille, et ensuite avec Prost-Senna, dont le duel sans merci a durablement marqué la F1.

Scandale d’espionnage

Les années 90 verront encore deux titres s’ajouter au palmarès de McLaren avec l’appliqué Finlandais Mika Hakkinen et un très bon moteur Mercedes. Elles verront aussi la production de voitures sportives très performantes et très onéreuses.

Les années 2000 seront plus difficiles: un titre seulement avec Hamilton en 2008, mais surtout une sale affaire d’espionnage. En 2007, McLaren et Ferrari sont en lutte pour le titre mondial. Nigel Stepney, le chef-mécanicien de Ferrari, est pris la main dans le sac pour avoir transmis des informations techniques à McLaren. L’affaire fait grand bruit. L’équipe anglaise est exclue du championnat par la FIA et condamnée à une amende de 100 millions de dollars. Eclaboussé par le scandale, Ron Dennis cède la direction sportive de l’écurie à son bras droit Martin Whitmarsh. Avant de reprendre les rênes en 2014, pour tenter de redresser la barre au plan sportif.

Aujourd’hui, le groupe McLaren réalise un chiffre d’affaires de 850 millions de livres par an et emploie 3.500 personnes.

Arrogance

McLaren a toujours été considérée comme une écurie arrogante, une image qu’elle doit en grande partie à Ron Dennis, un homme qui supporte mal la critique. Et la dernière chose à faire pour un journaliste, c’est de rappeler à Ron Dennis son passé d’obscur mécanicien chez Cooper et Brabham. C’est la garantie que l’interview se termine en eau de boudin.

Contre le Brexit

Si Bernie Ecclestone n’a jamais fait mystère qu’il avait voté en faveur du Brexit, Ron Dennis, lui, s’était signalé par une lettre ouverte publiée dans le Times où il appelait ses compatriotes à voter pour le maintien dans l’Union. À ses yeux, le Brexit ne méritait même pas le nom d’alternative. "C’est juste un saut dans l’inconnu. Le connu, c’est l’Europe contemporaine: une puissance commerciale et culturelle diversifiée."

La coupe manquante

Ron Dennis collectionne depuis 1981 toutes les coupes glanées par l’écurie. Dans sa collection, il en manque une: celle du Grand Prix d’Italie 1989. La course fut remportée par Alain Prost sur McLaren, mais le Français était en rupture avec Dennis, qu’il accusait de favoriser Senna. Sur le podium de Monza et devant les télévisions du monde entier, Prost a balancé sa coupe dans la foule des tifosis, sous le regard ulcéré de Dennis.

 

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