Rui Pinto, le "chevalier blanc" du fisc

Pourfendeur des dessous peu reluisants du football professionnel, le hacker portugais Rui Pinto avait une autre cible: Isabel dos Santos, plus grosse fortune d’Afrique et fille de l’ex-président angolais.

"John" avait donc d’autres cordes à son arc. Après avoir mis au jour des montagnes de données – on parle de 10 téraoctets de données informatiques – sur les manœuvres fiscales et autres manipulations financières du foot business, voilà que Rui Pinto revendique une autre cible: Isabel dos Santos, première fortune d’Afrique.

Après le Football Leaks, voilà que ce jeune trentenaire de petite taille, d’allure juvénile et aux cheveux bruns hérissés, revendique aussi la fuite de 715.000 documents compromettants pour la milliardaire angolaise, fille de l’ex-président Eduardo dos Santos.

Le profil
  • 1988: naissance à Vila Nova de Gaia
  • Formation: histoire (études non achevées)
  • 2015: crée le site internet Football Leaks
  • 2016: confie des millions de documents à un consortium de médias européens
  • 2018: remet des documents à la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF)
  • 16 janvier 2019: arrêté à Budapest, il est extradé au Portugal en avril
  • 17 janvier 2020: la Justice portugaise confirme sa décision de juger Rui Pinto
  • 27 janvier 2020: revendique la fuite de 715.000 documents compromettants pour Isabel dos Santos

Le lanceur d’alerte affirme avoir agi par "devoir de citoyenneté et sans contrepartie" pour dénoncer "les opérations frauduleuses" de celle qui est surnommée "la princesse". Les données qu’il a remises "fin 2018" à la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) ont permis à un consortium de médias internationaux de publier la semaine dernière une vaste enquête, baptisée Luanda Leaks, mettant en cause l’origine de la fortune de la femme la plus riche d’Afrique.

Rien, pourtant, n’aurait pu laisser présager que ce jeune homme décrit comme sociable et joyeux s’immergerait dans les méandres de la Toile pour y débusquer les turpitudes financières et fiscales des grands de ce monde. Car Rui Pinto n’est pas informaticien. Ses études en histoire (qu’il n’achèvera pas) l’amènent à Budapest dans le cadre du programme Erasmus. Rui Pinto décide alors de s’installer en Hongrie. Il gagne sa vie en aidant son père dans le commerce d’antiquités.

Autodidacte

L’informatique, il s’y perfectionne en autodidacte. Il aurait ainsi réalisé son premier piratage à 23 ans, en volant 300.000 euros à une banque basée aux îles Caïman.

Tout en niant avoir lésé la Caledonia Bank, il a reconnu avoir conservé des données montrant "comment les Îles Caïman ont été utilisées à grande échelle pour pratiquer le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale".

Il accède à la notoriété internationale avec les fuites des Football Leaks, organisées à partir de fin 2015. Publiées en plusieurs volets par le consortium de médias European Investigative Collaborations, ces révélations avaient mis à nu des mécanismes d’évasion fiscale, des soupçons de fraude et de corruption mettant en cause plusieurs clubs européens et des joueurs vedettes comme le Portugais Cristiano Ronaldo.

Ces informations ont permis aux autorités de plusieurs pays, dont la Belgique, d’ouvrir des enquêtes sur des malversations présumées dans le sport-roi.

Arrêté en janvier dernier à Budapest et extradé au Portugal en avril, le hacker portugais a été au centre d’une foire d’empoigne entre les institutions judiciaires de plusieurs pays. Le jeune homme, dont le renvoi en procès vient d’être confirmé, accuse les autorités portugaises de vouloir le "réduire au silence" en l’empêchant de coopérer avec des pays comme la France, la Suisse ou la Belgique, qui ont ouvert des enquêtes sur des malversations présumées dans le football. Et les citeraient bien comme témoin.

"Plus que" 90 délits

Présenté par ses avocats comme un "très important lanceur d’alerte européen", Rui Pinto sera bien jugé par la Justice portugaise. Qui a toutefois réduit de 147 à 90 le nombre de délits qui lui sont imputés.

L’Excel Mouscron dans le viseur

Les révélations dans le cadre des Football Leaks ont conduit la Justice belge à lancer fin 2018 une série de perquisitions à Mouscron. Objet de celles-ci: des suspicions d’escroquerie et blanchiment autour du club de football de Mouscron. Au cœur de l’enquête figurait l’agent de joueurs israélien Pini Zahavi. Il est soupçonné par la Justice belge de contrôler illégalement le Royal Excel Mouscron.

Fan de Ronaldo malgré tout

La mise au jour des embrouilles fiscales de grands clubs européens n’a pas tout à fait dégoûté Rui Pinto du football. Fan du FC Porto et de Cristiano Ronaldo, il entend démasquer "les principaux protagonistes de cette industrie du football malhonnête".

 

Lire également

Publicité
Publicité