Sa carte Fifa était une American Express

La Fédération Internationale de Football Association vient d’interdire à Chuck Blazer d’exercer toute activité liée au football. Un moindre mal pour cet Américain qui n’a jamais joué en club, et qui, de façon plus dramatique, doit remporter un match beaucoup plus compliqué contre un cancer généralisé.

Âgé de septante ans, ce New-Yorkais de naissance est également cerné de toutes parts par la justice américaine. Son salut pourrait passer par le plaider coupable qu’il a accepté d’assumer face aux dix accusations dont il est l’objet, portant notamment sur des faits de racket, d’évasion fiscale, de corruption ou de blanchiment d’argent.

Sa coopération très poussée avec le FBI depuis 2011 devrait également lui permettre de réduire les amendes qu’il devra payer au titre de la probable condamnation qui suivra son jugement (il a déjà versé 1,9 million de dollars en caution) et limiter au maximum sa peine de prison.

Cet enfant pourri gâté du football sera à l’affiche d’un film produit par Ben Affleck, Matt Damon et Gavin O’Connor. Les deux premiers étaient à l’origine de l’excellent Will Hunting (1997), portrait d’un jeune génie des maths. Warner Bros a déjà acheté les droits

Sans les micros que Chuck Blazer avait accepté de porter lors d’un dîner avec divers dirigeants de la Fifa, en 2012, le FBI aurait en effet mis plus de temps à faire la lumière sur l’achat massif de voix lors de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, dont l’organisation a été remportée par la Russie et le Qatar.

Au cours des vingt-cinq années précédentes, Blazer a lui-même été un membre actif des circuits financiers opaques du football mondial, en acceptant notamment de faciliter le vote pour l’organisation du Mondial 2006 en Afrique du Sud, ainsi que celui du dossier marocain pour l’édition de 1998.

©BELGAIMAGE

Dépenses personnelles faramineuses

Auparavant, en tant que fondateur de la Ligue américaine de soccer et vice-président de la Fédération américaine de soccer, Blazer avait profité de ses positions pour obtenir des commissions importantes sur les ventes de droits marketing du soccer américain, un sport qui était jusqu’alors pratiqué dans les parcs et dans les établissements scolaires et qu’il a contribué à populariser.

  • Né le 26 avril 1945 à New York
  • Divorcé, deux enfants
  • Étudie à la New York City University (comptabilité) et à la Stern School of Business (MBA non complété)
  • Fondateur de l’American Soccer League
  • Vice-Président de la Fédération américaine de soccer
  • Membre du comité exécutif de la Fifa
  • Secrétaire général de la Concacaf

C’est surtout en tant que secrétaire général de la Concacaf (Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes) de 1990 à 2011 qu’il a su faire fructifier son sens du but, en obtenant 10% de l’ensemble des gains de cette fédération. Soit 21,6 millions de dollars, rien qu’au cours des huit premières années.

À la Fifa, dont il a été membre du comité exécutif entre 1996 et 2013, c’est peu dire que l’ensemble du collectif a joué pour lui, puisque l’ensemble des dépenses de la carte American Express fournie par la fédé se serait élevé à un total de 29 millions de dollars. Au menu, de belles troisièmes mi-temps: séjours dans des demeures de luxe, déplacements en jets privés, restaurants étoilés pour lui et le tout-venant de ses amis…

Une vie devenue trop facile

Son look et son attitude trahissaient les délices et les pièges d’une vie devenue trop facile et trop jouissive. Il y a bien longtemps que Chuck Blazer ne ressentait plus le besoin de se raser la barbe ou de rendre une visite chez le coiffeur.

Confronté à l’embarras de choisir régulièrement entre ses îles privées, ses maisons à Miami et aux Bahamas ou ses appartements new-yorkais, il avait logiquement choisi de partager une partie de son patrimoine en dédiant exclusivement l’un de ses appartements de Central Park à son élevage de chats.

L’ami des stars…

Chuck Blazer a admis avoir voté pour la Russie lors de l’attribution de la Coupe du monde 2018. Une série de photos prises dans le bureau de Vladimir Poutine peu avant le scrutin montrent les deux hommes échanger chaleureusement sur leurs pouvoirs respectifs. L’Américain a également été vu en compagnie d’autres grands meneurs de jeu comme Nelson Mandela, Jean-Paul II ou Hillary Clinton.

…. et des bêtes

Outre son luxueux élevage de chats, Chuck Blazer a souvent été aperçu en scooter autour de Central Park… avec son perroquet sur l’épaule. La légende dit que le perroquet répète sans cesse "you are a dope!" (tu es une andouille!) depuis que son ex-femme le lui a rendu, après l’avoir emporté avec elle suite à leur séparation.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité