Santiago Abascal, le conquistador de l'extrême droite

Rêvant d’une "grande Espagne", quasi inconnu il y a un an, il a ressuscité l’extrême droite en exploitant la crise en Catalogne avec son parti Vox.

Dimanche soir, devant des militants fous de joie, Santiago Abascal, leader de la formation d’extrême droite Vox, résumait l’improbable trajectoire de son parti: "Il y a onze mois, nous n’étions représentés dans aucune institution, au-delà de quelques conseillers municipaux perdus dans des villages. Aujourd’hui, nous sommes la troisième force politique espagnole" avec 52 députés.

Abascal, 43 ans, rêve de faire revivre une "grande Espagne" celle des Rois catholiques et de la Reconquista face aux musulmans. Il se veut le porte-parole d’un pays "bâillonné qui jusqu’à présent n’osait pas exprimer ses idées".

Le profil
  • 14 avril 1976: naissance à Bilbao.
  • 1994: militant du Parti populaire.
  • 2003: diplômé en sociologie.
  • 2006: président de la Fondation pour la Défense de la nation espagnole.
  • Janvier 2014: devient l’un des membres fondateurs de Vox.
  • Juin 2018: se marie avec la blogueuse Lilia Bedman, avec qui il a déjà deux enfants (c’est son deuxième mariage).

Méconnu jusqu’aux élections andalouses de décembre 2018, cet ancien élu du Parti populaire (PP), menacé par le groupe terroriste basque ETA, a profité de la crise catalane pour réveiller le nationalisme espagnol chez les électeurs les plus conservateurs. Lorsqu’il fonde Vox début 2014, après avoir milité pendant 19 ans au PP, il ne s’attendait pas à pareil succès: lors des législatives de juin 2016 sa formation n’avait obtenu que 0,2% des voix.

Et puis tout est allé très vite. Au début de cette année, personne ne le prenait très au sérieux lorsque, le 19 février, quatre jours après l’annonce d’un nouveau scrutin, il s’autoproclamait "grand vainqueur des élections qui n’ont pas encore eu lieu". Abascal se sentait déjà le vent en poupe. "Tout va très vite" déclarait-il lors d’une conférence organisée par le quotidien ultra conservateur La Razon, "et nous avons la vitesse de ces temps vertigineux".

L'Andalousie comme tremplin

L’Andalousie a été le grand tremplin de Vox. C’est là que la formation est devenue une option viable pour les électeurs déçus par le Parti populaire. Certains avaient déjà repéré ce petit parti lors du congrès célébré en octobre 2018 à Vistalagre, dans la banlieue de Madrid, et qui avait réuni plus 9.000 sympathisants. Les plus fidèles suivaient déjà Abascal depuis les débuts de la Fondation pour la défense de la nation espagnole (Denaes), fondée en 2006 et dont il était président.

 

Plein d’humour
Ces derniers mois Santiago Abascal a peaufiné son image. Déjà présent sur les réseaux sociaux, où il se montre galopant à cheval ou chevauchant l’une de ses motos, il a su se montrer plein d’humour sur le plateau d’"El Hormiguero", une des émissions les plus populaires de la télévision espagnole.

Garde forestier
Abascal assure qu’il aurait été garde forestier si en 1987, alors qu’il n’avait que 9 ans, le facteur d’Amurrio, le village de sa famille dans le Pays basque, n’avait été assassiné par l’ETA. À 18 ans, il s’engage en politique au sein du Parti populaire (PP), comme son grand-père, maire du village durant la dictature de Franco, et son père, conseiller municipal conservateur.

 

Mais c’est la Catalogne qui a fait Vox. L’extrême droite y réclame l’interdiction des partis séparatistes, la suspension de l’autonomie de la Région et l’arrestation de son président, l’indépendantiste Quim Torra. C’est là qu’Abascal lance ses diatribes contre "l’indépendantisme criminel" et les "ennemis de l’Espagne".

Au-delà de la crise catalane, Vox a fait campagne contre l’immigration illégale, à laquelle il attribue une prétendue hausse de la délinquance. La formation réclame également l’abrogation de la loi contre les violences faites aux femmes, qu’il accuse de "criminaliser" les hommes, et dénonce les "feminazies".

Durant la campagne, Santiago Abascal a courtisé les classes populaires, surtout dans la grande banlieue de Madrid, en s’inspirant des tactiques de Marine Le Pen. Mais ce n’est pas dans le groupe du Rassemblement national au Parlement européen, l’Europe des nations et des libertés (ENL), que les trois eurodéputés de Vox ont décidé de siéger. Abascal a préféré s’unir au groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE), qui inclut le parti polonais Droit et justice (PiS) et la N-VA.

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