Scott Morrison, le climatosceptique au pays de Mad Max

Le Premier ministre australien, très critiqué depuis le début de la crise des feux de brousse qui ravagent l’Australie depuis des semaines, l’a redit ce lundi: il est l’un des plus ardents défenseurs de la toute-puissante industrie du charbon.

Rentré en catastrophe de vacances à Hawaii fort malvenues, alors que le pays qu’il dirige est en proie à une crise sans précédent, le Premier ministre australien Scott Morrison n’en a pas pour autant fait amende honorable. Après avoir "regretté" que son départ en vacances "ait pu en choquer certains" puis rejeté la faute sur ses propres enfants, à qui il avait promis de "passer les fêtes de fin d’année avec eux", il a ce lundi réaffirmé son soutien indéfectible à l’industrie du charbon (deuxième produit d’exportation et première source d’électricité). "Je ne céderai pas à une panique qui est motivée politiquement pour mettre en place des mesures qui seraient destructrices d’emploi et conduiraient à réduire la taille de l’économie australienne."

Le profil
  • 13 mai 1968: naissance à Sydney
  • 24 novembre 2007: élu à la Chambre des représentants dans la circonscription de Cook, proche de Sydney.
  • 18 septembre 2013: nommé ministre de l’Immigration au sein du gouvernement de Tony Abbott.
  • 24 août 2018: nommé Premier ministre à l’issue de l’éviction de son prédécesseur Malcolm Turnbull.
  • 18 mai 2019: la coalition emmenée par Scott Morrison remporte l’élection fédérale à la surprise générale.

De tels propos, alors que la violence des feux de brousse qui ravagent actuellement l’Australie est directement liée au réchauffement climatique, d’après la quasi-totalité de la communauté scientifique et des pompiers, ont choqué une partie de la population.

Lobby de l’industrie minière

Des propos qui ne sont pourtant pas si étonnants pour qui connaît "ScoMo", comme le surnomment les Australiens. Son propre chef de cabinet, John Kunkel, a été pendant six ans le vice-président du très influent Minerals Council of Australia, le lobby de l’industrie minière, puis a conseillé le groupe Rio Tinto dans ses relations avec le gouvernement… avant de l’intégrer, en août 2018, lorsque Scott Morrison est devenu Premier ministre.

Tenant de ce qu’on appelle en Europe la droite dure, Scott Morrison, 51 ans, a fait toute sa carrière politique au sein du parti Libéral, qui partage le pouvoir avec le plus modeste parti National depuis 2013. C’est cette année-là qu’il devient pour la première fois ministre au sein du gouvernement de l’ultra-conservateur Tony Abbott.

"Ceci est du charbon, n’en ayez pas peur"

C’est ce qu’a dit Scott Morrison, un morceau de charbon à la main, aux membres du Parlement, en 2017, alors qu’il était ministre des Finances. Il entendait ainsi illustrer comment le gouvernement comptait remédier aux coupures d’électricité qui frappaient alors l’Australie méridionale.

Chrétien évangélique

Scott Morrison défend des positions très conservatrices sur les questions de société. Il s’est ainsi opposé, sans succès, à la légalisation du mariage homosexuel en 2016, pourtant défendue par le chef du gouvernement dont il était membre, Malcolm Turnbull. Il a tout récemment présenté au Parlement un projet de loi très controversé sur les "libertés religieuses", qui autoriserait par exemple un médecin de refuser de prescrire la pilule ou de pratiquer un avortement si cela contrevient à ses convictions religieuses.

Il est alors en charge de l’immigration et c’est lui qui lance l’opération "frontières souveraines", qui consiste à rejeter en mer tous les bateaux chargés de réfugiés et demandeurs d’asile qui tentent d’approcher les côtes australiennes. La politique migratoire de l’Australie, qui retient sans procès et dans des conditions sanitaires douteuses des centaines de réfugiés dans des centres de rétention offshore, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et sur l’île de Nauru, est considérée comme une atteinte grave aux droits d’homme par de nombreuses organisations internationales, et notamment par le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés.

Les élections, "un miracle"

Au gré du renversement des Premiers ministres, provoqué par des membres de leur propre majorité, Scott Morrison se maintient au gouvernement, où il occupe successivement les postes de ministre des Services sociaux, puis des Finances. Il devient finalement le chef du gouvernement le 24 août 2018, à l’issue d’un "coup" contre le modéré Malcolm Turnbull. Il est alors le sixième à occuper ce poste depuis 2007. Entre la lassitude des Australiens vis-à-vis de la coalition au pouvoir depuis six ans, et des élections fédérales prévues dans moins d’un an, en mai 2019, on ne donne pas cher de sa peau. Il est pourtant réélu à la surprise générale, après avoir fait campagne sur le thème "avec les autres ce sera pire". Il concédera lui-même le soir de sa victoire que c’est "un miracle".

Un miracle, c’est ce qu’il faudrait aujourd’hui à l’Australie, où 34.000 km2, soit une surface supérieure à la taille de la Belgique, sont déjà partis en fumée. Malheureusement, les météorologistes ne prévoient pas de pluie avant au moins la fin janvier…

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