Sebastian Kurz banalise l'extrême droite

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Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui a donné les clés du pouvoir à l’extrême droite, fait mine d’avoir été au bout d’une logique avec le FPÖ et espère sortir plus fort de la crise gouvernementale.

À sa gauche, le discours se déroule comme un tapis rouge: Sebastian Kurz a offert le pouvoir à l’extrême droite, il est donc le premier responsable du scandale qui a éclaté vendredi. Le numéro deux du gouvernement, le leader du FPÖ Heinz-Christian Strache, a été forcé de démissionner après avoir été mis en cause par une vidéo dans laquelle il expliquait à une femme se présentant comme proche d’un oligarque russe la meilleure manière de financer son parti via une association pour contourner la Cour des comptes.

Le profil
  • 1986: naissance à Vienne, fils d’une professeure et d’un ingénieur.
  • 2004: entame des études de droit, il ne les termine pas.
  • 2009: élu président des jeunes de son parti, l’ÖVP.
  • 2011: secrétaire d’État à l’intégration (il a 24 ans).
  • 2013: ministre des Affaires étrangères (il a 27 ans).
  • 2017: élu président de l’ÖVP en mai, il devient chancelier d’Autriche en décembre en s’alliant avec l’extrême droite.
  • 2019: il annonce la fin de sa coalition et des élections anticipées.

Le chancelier et chef du parti chrétien-démocrate ÖVP a annoncé samedi l’éclatement de sa coalition. Et, contrairement à ses détracteurs, il n’a pas assumé la moindre responsabilité dans l’affaire, soulignant simplement qu’après avoir dû traîner de nombreux scandales en s’associant au FPÖ (propos racistes, liens avec des groupes identitaires, poèmes nazis), celui-ci était celui de trop.

Désigné chancelier à 31 ans – et devenu par la même occasion le plus jeune dirigeant d’un État au monde –, le "wunderkind" espère bien réitérer l’exploit que son parti avait fait au début des années 2000. Au tournant du siècle, la droite s’était déjà associée au FPÖ, suscitant l’ire de l’Europe – le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel avait appelé à ne plus aller skier en Autriche. Cette coalition avait éclaté à la suite d’un scandale de corruption, et la droite était ressortie grandie des législatives anticipées.

L’homme qui "parle la langue de Trump", selon le ministre (socialiste) luxembourgeois des Affaires étrangères, avait mené son parti à la victoire en 2017 en plaçant sur ses listes une majorité de candidats novices en politique. En axant aussi sa campagne sur les thèmes favoris du FPÖ: immigration, sécurité et islam. Dans ce pays prospère mais marqué par la crise de l’accueil des réfugiés de 2015, le discours a séduit.

Adepte de l’ambiguïté

Il s’allie donc au FPÖ et confiera à son partenaire des portefeuilles aussi stratégiques que les affaires étrangères, la défense et l’intérieur. Avant de se lancer dans l’installation méticuleuse de bâtons dans les roues des étrangers. Conditionnement de l’aide sociale à la maîtrise de l’allemand (et baisse des subventions aux cours de langue), instauration d’une période d’attente de cinq ans pour le droit au minimum social, réduction des aides aux familles très nombreuses – majoritairement d’origine étrangère, indexation des allocations au niveau de vie du pays d’origine lorsque les enfants ne vivent pas en Autriche, augmentation sévère des expulsions, etc.

Aubaine pour le jeune chancelier: le hasard du calendrier lui offrira mi-2018 la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, un poste qui dopera la visibilité de son gouvernement. Il prône la fermeture des frontières européennes et la coopération avec les pays africains pour y établir des centres pour candidats à la migration vers l’Europe (l’Autriche n’en est pas moins l’un des pays d’Europe occidentale dont l’aide au développement est la plus faible). Parfois dépeint comme un admirateur de Viktor Orban, il se présente aussi comme attaché à la construction européenne – et son parti avait voté au Parlement européen le déclenchement d’une procédure contre la violation de l’État de droit en Hongrie.

Adepte de l’ambiguïté, il espère donc reprendre à son avantage une crise qu’il présente avant tout comme celle d’un parti qui n’est pas le sien.

Une "rockstar"

"Je pense que Sebastian Kurz est une rockstar, je suis un grand fan", a indiqué le bras droit de Donald Trump en Europe, l’ambassadeur américain en Allemagne Richard Grenell dans une interview au site d’extrême droite américain Breitbart.

U-turn sur les quotas

À peine arrivé au pouvoir, il marquait sa différence avec Angela Merkel, membre, comme lui, du Parti populaire européen, sur la question des quotas de réfugiés. Elle souhaitait voir le versement des fonds européens conditionné à la solidarité effective entre États membres sur l’accueil, il n’en voulait pas. La proposition avait pourtant déjà été faite en 2015 par la ministre autrichienne… ÖVP de l’Intérieur.

Midinettes et condoms

Lors de la campagne électorale de 2010, il est monté à bord d’une "sexymobil" (pour autant qu’on puisse traduire ainsi la "geit-o-mobil") avec des jeunes femmes en vêtements moulants distribuant des préservatifs noirs, la couleur de son parti, pour vanter l’idée que l’ÖVP, c’est "excitant".

 

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