Sébastien Courtoy, l'avocat du droit, pas de la morale

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L’avocat de Mehdi Nemmouche, Sébastien Courtoy, voit arriver, avec le procès de la tuerie du Musée juif, le sommet d’une carrière menée à tombeau ouvert. Portrait d’un impertinent.

Il y a ceux qui adorent le détester et ceux qui détestent l’adorer. Le résultat, c’est du 50-50. Adepte des sorties fracassantes, l’avocat Sébastien Courtoy entre en pleine lumière au moment où débute le procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles où il défend, avec Mes Virginie Taelman et Henri Laquay, le principal accusé Mehdi Nemmouche. D’avis de chroniqueur judiciaire, l’homme fait partie des meilleurs, à moins qu’il ne soit simplement le meilleur plaideur francophone du pays. Parce qu’il est drôle, méchant et piquant, habité, qu’il connaît ses dossiers, et qu’il a choisi des ennemis à sa (dé) mesure, à commencer par le procureur fédéral.

Le profil
  • 1974. Naissance en Brabant wallon puis formation chez les jésuites à Namur et aux Marolles.
  • Années 1990. Etudes de droit et stage chez l’avocat pénaliste Michel Graindorge.
  • 2005. Il défend ses premiers suspects de terrorisme avec Raphaël Gendron (décédé en Syrie en 2013) et le cheikh Bassam Ayachi (plus vieux djihadiste belge).
  • 2012. Devient l’avocat de Dieudonné M’Bala M’Bala avec Henri Laquay. La même année, il prend la défense du converti Jean-Louis Denis, dont la peine sera réduite de moitié en appel.
  • 2016. Il rend le parquet fédéral responsable en partie des attentats du 22 mars.
  • 2017. Son client Laurent Louis est condamné en appel à aller visiter les camps de la mort.
  • 2019. Début du procès de son client Mehdi Nemmouche.

Issu de la grande bourgeoisie du Brabant wallon – son père est un brillant médecin –, le jeune Sébastien, enfant turbulent, se voit offrir une carrière toute tracée de médecin, d’ingénieur ou d’avocat. "Ingénieur? trop compliqué intellectuellement. Médecin, je voyais les bonnes compensations, notamment au niveau des infirmières. Mais j’avais peur des maladies. Restait avocat", lâchait-il lors d’un précédent entretien.

Dieudonné et Laurent Louis

Alors Sébastien Courtoy est entré comme stagiaire au cabinet du ténor Michel Graindorge – "un plaideur de légende, un personnage de roman"avant de se faire avocat pénaliste. Et de prendre ses premiers clients soupçonnés de terrorisme ou de délits antisémites. C’est avec eux qu’il a fait sa réputation. Et obtenu des résultats parfois exceptionnels. Le défilé de ses clients ressemble à un musée des horreurs de la social-démocratie. Laurent Louis, Dieudonné, Jean-Louis Denis, une ribambelle de suspects de terrorisme… au point d’être photographié en 2012, avec Me Henri Laquay, en train de faire une quenelle avec Dieudonné – ils seront suspendus deux mois avec sursis par le conseil de discipline de l’ordre des avocats de Bruxelles – avant de recevoir la "quenelle d’or 2012", un prix remis par le même Dieudonné pour récompenser la subversion.

Il assure ne pas être antisémite. Et a lui-même proposé à la cour d’appel de Bruxelles que son client Laurent Louis soit condamné à visiter les camps de la mort en punition de ses propos négationnistes. "Il y en a qui se distinguent par le fric, moi je me distingue par le risque, en défendant ceux qu’il est interdit de défendre", soutient-il.

Un spectacle

Avec un tel discours qui défrise dans les couloirs du palais de justice de Bruxelles où les coups se portent souvent à fleuret moucheté, Me Courtoy ne s’est pas fait que des amis. Il nous revient régulièrement des propos peu amènes de magistrats du parquet ou d’avocats lassés des outrances et provocations. Mais aussi des jugements admiratifs de confrères "qui viennent voir plaider Courtoy" car c’est toujours un spectacle et une leçon, ou même de juges ravis de voir un plaideur qui sort de l’ordinaire.

Serait-il alors une sorte de Vergès sauce lapin? "Je ne l’aime pas. Il faisait le procès de rupture qui aboutissait à une défaite. Moi je fais le procès de rupture de connivence. Je demande aux juges de faire triompher le droit, pas la morale", règle Sébastien Courtoy. Il aura l’occasion de demander cela aux douze jurés désignés ce lundi.

Il pense à l’après

Sébastien Courtoy laisse entendre qu’une fois le procès de la tuerie du Musée juif et ceux des attentats terroristes de Paris et Bruxelles achevés, il pourrait prendre de la distance avec son métier. Se demandant ce que son activité professionnelle pourrait encore lui apporter comme adrénaline.

Le plaisir de l’avocat

Il s’épanchait en 2016 sur le plaisir qu’il y a à défendre des personnalités détestées du grand public. "C’est de la pure adrénaline. Alors que dans les affaires de droit commun, le système est l’arbitre entre la victime et l’auteur, en matière de terrorisme, le système est la victime et ne peut plus en être vraiment l’arbitre."

 

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