portrait

Shalev Hulio, l'empereur des logiciels espions

L'entrepreneur israélien Shalev Hulio voit une nouvelle fois sa société, NSO Group, qui produit le logiciel de cybersurveillance Pegasus, accusée de complicité d'espionnage.

Jusqu'il y a deux ans, il se montrait plutôt discret. Mais cette semaine, Shalev Hulio, fondateur et CEO de la très controversée entreprise de cybersurveillance NSO Group, a dû se résoudre une nouvelle fois à répondre à certaines interpellations après qu'une enquête internationale a révélé que les produits de sa société étaient utilisés par de nombreux gouvernements, pas toujours fréquentables, pour traquer opposants politiques et journalistes, dont certains ont été éliminés.

Commandant dans l'armée israélienne durant son service militaire, Shalev Hulio, la petite quarantaine aujourd'hui, a mis sur pied NSO Group avec Omri Lavie et Niv Carmi en 2009. Avant cela, Hulio et Lavie avaient d'abord créé une autre pépite, CommuniTake Technologies, qui développait un logiciel permettant à des opérateurs téléphoniques de se connecter sur les portables de leurs clients. Sur les conseils d'agences européennes de renseignement, ils vont pousser le concept beaucoup plus loin et fonder NSO pour mettre au point un logiciel espion, appelé Pegasus, qui permet non seulement d'accéder aux données d'un smartphone, mais aussi de prendre le contrôle de la caméra ou du micro.

Pas de communication

La discrétion dont Shalev Hulio a longtemps fait preuve vient en partie du fait qu'en 2014, NSO a été rachetée pour 100 millions de dollars par la société de capital-investissement américaine Francisco Partners, qui avait comme ligne de ne jamais communiquer avec la presse. Une politique appliquée à la lettre quand le groupe va être projeté en 2016 sur le devant de la scène à cause de ses activités. L'affaire Ahmed Mansoor, un militant des droits humains aux Émirats arabes unis, va en effet remonter jusqu'à NSO. La société établie à Herzliya (nord de Tel-Aviv) est alors accusée d'avoir tenté de pirater le portable de l'activiste grâce à un SMS qui contenait un lien permettant d'installer un logiciel espion.

C'est une des premières fois où l'on parlera de Pegasus, le produit phare de NSO. La deuxième fois, l'issue sera plus tragique: la société israélienne est à nouveau montrée du doigt pour son implication présumée dans l'assassinat en 2018 du journaliste dissident saoudien Jamal Khashoggi. Plus tard, elle sera encore accusée par WhatsApp d'avoir exploité une faille dans un logiciel pour infecter des portables.

Depuis, l'entreprise a été vendue en 2019 pour 1 milliard de dollars à la société de capital-investissement européenne Novalpina et à deux des fondateurs, dont Hulio. Pegasus a lui été amélioré puisqu'il peut infecter une cible sans interaction. Le logiciel a déjà été proposé à une bonne quarantaine d’États dans le monde, avec l'aval du gouvernement israélien, qui utilise la vente de ce service comme un moyen d'influence, au même titre que la fourniture d'équipements militaires avancés.

En guise de défense, Shalev Hulio a fait valoir mardi que sa plate-forme "sauve des vies et empêche les attaques terroristes". Selon lui, l'entreprise aurait également mis en place des règles éthiques, imposé des limites à ses clients et proscrit toute vente à certains gouvernements.

Le profil

  • Né en 1979, Shalev Hulio a fait son service militaire dans une unité de recherche et de sauvetage de l'armée israélienne.
  • En 2007, il fonde MediaAnd, une startup de placement de produits, avec Omri Lavie, un ami d'enfance.
  • Il crée ensuite une deuxième société, CommuniTake Technologies, qui offre une assistance à distance pour les appareils mobiles.
  • L'entrepreneur a ensuite fondé NSO Group avec Omri Lavie et Niv Carmi - un ancien expert en sécurité du Mossad- en 2009. Les initiales de leurs trois prénoms forment l'acronyme de la société.
  • Le premier client de la société sera le Mexique, dont la licence d'utilisation n'a pas été renouvelée.

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