Son plan pour relancer la poussive VW

Il sait qu’il lui est désormais impossible de se cacher sous la statue du commandeur qui l’a écrasé pendant tant d’années.

Après avoir vécu plus de deux décennies dans l’ombre de Ferdinand Piëch, Martin Winterkorn ne peut plus aujourd’hui éviter la lumière. Conscient d’avoir enfin les mains libres, le président du directoire de VW aurait donc décidé de réorganiser le géant automobile aux douze marques. Selon le quotidien financier allemand "Handelsblatt", le plus grand constructeur automobile européen s’apprêterait à abandonner son modèle pyramidal pour adopter une structure décentralisée.

Quatre entités (holdings) distinctes seraient mises en place. La première, qui regrouperait les marques de voitures de tourisme Volkswagen , Skoda et Seat, serait dirigée par Herbert Diess, l’ancien directeur du développement de BMW qui a été recruté au mois de décembre dernier. Le haut de gamme de VW restera sous la responsabilité de Rupert Stadler, qui pilote Audi mais gère aussi depuis quelques mois les bolides Lamborghini et les motos italiennes Ducati.

  • Docteur en physique des métaux, il a une passion immodérée pour l’automobile
  • Surnommé "M. Qualité", il a vécu plus de 20 ans dans l’ombre de Ferdinand Piëch
  • A la présidence du directoire de VW depuis 2007, il a seulement aujourd´hui les coudées franches pour piloter le groupe comme il l’entend

Une nouvelle entité, baptisée Trucks & Bus, comprendrait les fabricants de poids-lourds Man et Scania ainsi que les véhicules utilitaires de Volkswagen. Et la quatrième division regrouperait les voitures de luxe Porsche, Bugatti et Bentley. Le nombre de membres au conseil d’administration du groupe allemand serait, en outre, revu à la baisse. Martin Winterkorn veut ainsi, comme il l’a rappelé récemment à ses cadres, "préparer l’entreprise pour les dix, vingt prochaines années".

Ce Souabe de 68 ans, né à Leonberg, tout près de Stuttgart, le fief de Mercedes, souhaite ainsi laisser sa trace chez un géant où il a – trop – longtemps tenu le rôle d’exécutant des "basses œuvres" de Ferdinand Piëch. Passionné d’automobile, le membre du conseil de surveillance du Bayern Munich a étudié la métallurgie et la physique des métaux à l’université de Stuttgart de 1966 à 1973, pou passer quatre ans plus tard un doctorat au prestigieux Institut Max Planck. Recruté immédiatement par Bosch dans son département de recherche, il rejoindra en 1981 le constructeur Audi au service qualité. Son sens du détail et sa connaissance approfondie de la mécanique automobile lui permettront d’accéder en 1993 au poste de chef de la qualité chez Volkswagen AG.

"Il est temps de poursuivre le développement de notre modèle managérial et de modifier nos structures. Nous devons être plus rapides, plus efficaces et plus agiles", Martin Winterkorn, lors d’une réunion de ses cadres "fuitée" dans la presse allemande.

L’œil pour les détails

La vidéo a fait le tour de la Toile. Assis au volant d’une… Hyundai i30 au salon automobile de Francfort en 2011, Martin Winterkorn ne cache pas son énervement en actionnant le levier qui permet de régler la hauteur du volant de la voiture. "Pourquoi il ne fait pas de bruit, s’interroge le PDG de VW devant ses ingénieurs un rien gênés. Nous ne pouvons pas faire ça, BMW non plus et eux ils y arrivent… Le boss n’est pas surnommé ‘M. Qualité’ pour rien...

Son arrivée à Wolsburg le rapprochera de Ferdinand Piëch, qui décide alors de prendre sous son aile le timoré Winterkorn, qui préfère aujourd’hui encore lire ou apprendre par cœur ses discours plutôt que de les improviser. Ensemble, les deux hommes transformeront un solide constructeur automobile allemand en un géant mondial, grâce notamment au rachat de Lamborghini, Bentley ou Bugatti et à la croissance spectaculaire d’Audi qui a presque… quadruplé ses ventes en moins de 20 ans pour atteindre 1,74 million d’automobiles en 2014.

Rentabilité

L’objectif avoué de ce duo longtemps inséparable était de prendre le leadership mondial à Toyota. Mais si les deux groupes ont vendu l’an dernier presque autant de voitures, la firme japonaise est toujours beaucoup plus rentable que sa rivale allemande. Sur son dernier exercice, son bénéfice net a ainsi atteint 15,6 milliards d’euros alors que celui de VW n’a pas dépassé 10,8 milliards. Un tel gouffre sera difficile à combler. Martin Winterkorn le sait mais il a aussi conscience que le temps ne joue pas en sa faveur. Son âge assez avancé dans un pays où les dirigeants ont tendance à partir à la retraite de leur plein gré et son ancienneté à la présidence du directoire qu’il occupe depuis 2007 ne lui permettent pas de prendre son temps pour lancer de vastes réformes.

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