Sophie Bellon n'est pas une fille à papa

Sophie Bellon prend la présidence de Sodexo, l’entreprise familiale créée par son père il y a 50 ans. Elle a d’abord fait ses preuves hors du groupe, avant de gravir les échelons de ce géant du CAC 40.

Passage de relais en famille chez Sodexo. C’est très officiellement ce mardi que Sophie Bellon, 54 ans, prend la présidence de l’entreprise de restauration, devenue le géant mondial des services aux entreprises (restauration collective, chèques-restaurant et chèques-cadeaux, etc.). Créée en 1966 à Marseille par son père, Pierre Bellon, aujourd’hui âgé de 86 ans, Sodexo change de toque en douceur.

À la fille aînée du fondateur de veiller désormais au destin d’une des plus belles success stories familiales françaises: 75 millions de clients servis chaque jour dans 80 pays par 420.000 salariés.

  • 1966 Création de la Sodexho (Société d’exploitation hôtelière, rebaptisée Sodexo en 2008) par Pierre Bellon
  • 1994 Après 10 ans à New York, Sophie Bellon fait ses débuts aux services financiers de Sodexo
  • 1995 Sodexo devient numéro un mondial avec le rachat de son concurrent britannique Gardner Merchant
  • 2013 Sophie Bellon est nommée vice-présidente du conseil d’administration. Elle succède à son père lors du conseil d’administration annuel, ce 26 janvier 2016

L’entreprise, 19e employeur au monde (et premier français), a réalisé l’an passé 19,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires et pèse quelque 13,8 milliards en Bourse. Un beau challenge pour celle qui a d’abord refusé de rejoindre l’aventure familiale.

Formée aux Etats-Unis

En 1985, alors âgée de 24 ans, son diplôme de l’Edhec en poche, Sophie préfère débuter sa carrière aux Etats-Unis. "Mon père m’avait proposé d’entrer chez Sodexo à cette époque mais je lui ai rappelé qu’il nous a toujours éduqués mon frère, mes deux sœurs et moi en nous disant: tu ne confonds pas arbre généalogique et organigramme", se rappelle Sophie Bellon. "Je n’étais pas prête, j’avais envie d’aller voir ailleurs, ce qui l’avait un peu déçu". Elle devient très vite conseil en fusions-acquisitions au Crédit Lyonnais de New York, puis entre dans la mode comme agent de grandes marques internationales. Au bout de dix années passées hors de l’Hexagone, elle décide de rejoindre le bercail et ose postuler dans l’entreprise de son père. "Quand je suis rentrée dans l’entreprise, mon père m’a dit: ‘Si tu es bonne, tu progresseras, mais si tu ne l’es pas, tu ne resteras pas!’"

©doc

Sophie Bellon est nommée au sein de la direction financière et là, c’est le déclic. "Très vite, ça a été passionnant: on prenait une autre dimension, j’étais au cœur et c’était pour moi une belle manière d’entrer dans le groupe". En 2001, la fille aînée passe à la direction de la planification stratégique du groupe. Cette fois-ci, obtenir le blanc-seing du patriarche président "a été plus rapide". "Mon père ne voulait pas du tout me traiter différemment des autres. Cela a pu être dur mais c’était positif car c’est aussi une manière d’apprendre", confie-t-elle.

Unanimité autour d’elle

Sociable et souriante, elle prend vite du galon. En 2008, elle dirige Sodexo France Entreprises. Son charme opère auprès des troupes qui apprécient son humanisme et son honnêteté. Quand "on reconnaît qu’on ne sait pas tout, les gens sont rassurés", explique-t-elle.

À l’été 2012, Pierre Bellon change la donne. Avec sa gouaille légendaire, il convoque ses quatre enfants et leur annonce qu’il ne choisira pas son successeur, qu’il revient à l’un d’eux de sortir du lot. Le patriarche veut que l’entreprise reste dans la famille, à la tête de 37,7% des actions et 51,8% des droits de vote. "Mais je n’allais décider en aucun cas à leur place, car je tenais à l’unité familiale", raconte Pierre Bellon. Au final, c’est Sophie qui est désignée à l’unanimité, après des réunions "avec un facilitateur et un comité des sages", précise son père, pas peu fier de sa fille "très travailleuse, très exigeante vis-à-vis d’elle-même et très sympathique".

À elle désormais de redynamiser le groupe, dont le titre patine depuis le début de l’année et sur un an (-0,06%).

Elle a séduit le Comité des sages

Quatre enfants pour un poste. Astrid, la benjamine, s’est désistée très vite. Mais Sophie, Nathalie et François-Xavier convoitaient le poste. Pour ne pas virer au drame, les enfants décident qu’un "Comité des sages" de quatre administrateurs de Sodexo les départagera. Le processus prend un an et Sophie remporte le poste à l’unanimité.

Des modèles féminins

"J’ai eu la chance, dans ma famille, d’avoir plusieurs modèles féminins très forts et indépendants: ma mère tout d’abord mais aussi mes grands-mères", explique Sophie Bellon dans une tribune en 2013. "Par hasard biologique, je suis née femme. Et fille de grand patron. Par envie, je suis devenue mère de quatre enfants et j’ai mené de front une carrière de management à haut niveau", se définit-elle.

Fan de yoga et de théâtre

C’est pour "mieux se connaître" que Sophie Bellon prend ses distances avec Sodexo et débute sa carrière à New York. Elle y prend des cours de théâtre et devient fan de yoga. Elle prête même sa voix à une publicité pour des produits de beauté.

 

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