Spike Lee, le combatif

Le réalisateur afro-américain revient en fanfare sur le devant de la scène avec son film "BlacKkKlansman". Avec un parcours atypique, une personnalité qui est loin de faire l’unanimité, Spike Lee retrouve aujourd’hui de sa superbe.

Les critiques sont dithyrambiques: Spike Lee a signé, avec son nouveau film "BlacKkKlansman", l’une des plus belles œuvres de sa carrière. Une carrière qui, ces dernières années, n’était plus aussi éclatante. Après douze ans de films décevants, le réalisateur de 61 ans raconte l’histoire vraie de Ron Stallworth, policier noir ayant réussi à infiltrer le Ku Klux Klan dans les années 1970. Un pamphlet efficace pour dénoncer le racisme américain et cibler Donald Trump.

CV Express
  • Né le 20 mars 1957 à Atlanta (Géorgie).
  • Il sort diplômé de la prestigieuse Tisch School of the Arts de l’université de New York (NYU) en 1982.
  • Il enchaîne les films à succès "Do the right thing" (1989), "Jungle fever" (1991), "Malcom X" (1992) et "Inside Man" (2006).
  • En 2016, il boycotte la cérémonie des Oscars.
  • En 2018, il reçoit le Grand Prix du Festival de Cannes pour "BlacKkKlansman".

Spike Lee, souvent attifé d’une casquette et de lunettes à montures épaisses, n’a jamais mâché ses mots pour dénoncer l’actuel président américain et la situation des Noirs aux Etats-Unis. Alors que son nouveau film se termine avec la dénonciation des événements de Charlottesville (Virginie), secouée par des violences de groupuscules d’extrême droite le 12 août 2017, le réalisateur rebelle s’en est pris violemment à Donald Trump – sans jamais citer son nom – devant la presse à Cannes. "Nous avons un type à la Maison-Blanche, je ne prononcerai même pas son putain de nom, qui, à ce moment décisif, aurait pu choisir l’amour contre la haine, s’écriait-il. Mais ce fils de pute n’a pas dénoncé le putain de Klan, l’alt-right (mouvement d’extrême droite) et ces fils de pute de nazis." Des mots crus, qui n’ont pas manqué de marquer les esprits, mais qui n’ont rien d’étonnant quand on se penche sur la personnalité de Spike Lee.

Il est unique car, avant lui, personne à Hollywood n’avait montré les Noirs en colère au cinéma. S’il n’est plus le seul réalisateur à critiquer ouvertement dans ses films le racisme, il est de loin le plus emblématique. On le dit parfois agressif, parfois en colère, mais le cinéaste – auteur de films percutants comme "Do the right thing" ou "Malcolm X" – n’a jamais cessé, depuis ses débuts, de rendre visible les minorités et la communauté afro-américaine.

Blackkklansman

Prendre position

En janvier 2016, dans un geste ultra-symbolique, prêt à tout pour faire bouger les lignes et le statu quo, il adresse une lettre cinglante à l’académie des Oscars. Le motif? Il a décidé de boycotter la cérémonie hollywoodienne, en raison de l’absence évidente de nominés noirs. "Quarante acteurs sélectionnés en deux ans, tous blancs, pas une nuance de couleur. Ne savons-nous pas jouer?", écrit-il, avant de rendre hommage à Martin Luther King. "Vient un temps où l’on doit prendre une position, qui n’est ni confortable, ni politique, ni populaire, mais simplement celle que nous dicte notre conscience." Des mots qui résonnent encore aujourd’hui.

Le réalisateur, qui a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes pour "BlacKkKlansman", continue d’arpenter les rues de Brooklyn, où il a maintenu les locaux de "40 Acres & a Mule Filmworks" ("40 acres et une mule", promesse d’indemnisation aux esclaves affranchis), la société de production qu’il a fondée juste après avoir réalisé son premier long-métrage, "Nola Darling n’en fait qu’à sa tête". C’était en 1986, il avait réussi à convaincre les festivaliers de Cannes de son talent, avant de revenir présenter, en 1991, son film "Jungle fever", puis de disparaître définitivement de la Croisette. 27 ans plus tard, il a fait son grand retour à Cannes pour (re)conquérir son public.

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