Stefan Descheemaeker, un manager nomade va présider Verlinvest

Stefan Descheemaeker s’est fait les dents dans les petits holdings et les méga entreprises, avant de partager son temps entre la construction d’un géant du surgelé et les conseils d’administration.

Stefan Descheemaeker vient d’ajouter une nouvelle ligne à son CV, pourtant déjà très fourni: depuis la mi-juin, il préside le conseil d’administration de Verlinvest, le holding de diversification fondé et contrôlé par plusieurs des grandes familles actionnaires du brasseur AB InBev. Il hérite donc de la place laissée libre depuis le début de l’année par Frédéric de Mevius, qui avait quitté Verlinvest et revendu ses parts en raison de divergences de vue avec les majoritaires, en l’occurrence la famille de Spoelberch.

Pour Stefan Descheemaeker, c’est une sorte de retour aux sources. Le quinquagénaire avait en effet consacré douze ans de sa carrière à l’entreprise AB InBev comme directeur, de 1996 à 2008, puis autant d’années comme administrateur, avant de quitter son conseil en avril dernier. Il avait aussi présidé le conseil d’EPS, le holding regroupant les participations des Belges dans le brasseur. Son arrivée au conseil de Verlinvest salue donc son retour dans la galaxie des "Inbéviens", après un bref intermède en dehors.

Cobepa, Défi, InBev

Le profil
  • Né le 8 mai 1960, ingénieur commercial (Solvay), marié, trois enfants
  • 1986-89: il fait ses débuts au service du holding Cobepa
  • 1989-96: opère chez Défi et Définance avec Daniel Weekers
  • 1996-2008: assume plusieurs hautes fonctions de direction chez Interbrew, puis AB InBev
  • 2009-2013: CFO puis directeur Europe chez Delhaize
  • 2015…: CEO de Nomad Foods (Findus, Iglo…)

La trajectoire suivie par Stefan Descheemaeker évoque un large pan de l’histoire des grandes entreprises belges des trente dernières années. Cet ingénieur commercial à la sauce Solvay a fait ses premières armes au service de Pierre Scohier, le patron du holding Cobepa, où il a plongé dans le bain des fusions et acquisitions à l’époque où le raid de Carlo De Benedetti sur la Générale de Belgique avait secoué le Landerneau financier. Il a ensuite participé aux glorieux débuts de Défi et Définance, les holdings d’une bande de jeunes impertinents au rang desquels Daniel Weekers et Philippe Lhomme.

Puis, après avoir collaboré au lancement de Deminor, le premier bureau belge de défense des petits actionnaires, il a changé de cap en entrant chez Interbrew. Il y a tâté de la stratégie et y a renoué avec son dada des acquisitions, tout en se familiarisant avec les règles et habitudes d’un grand groupe bien établi. Il y a activement participé à plusieurs grandes offensives, notamment en Europe de l’Est, avant d’apporter sa pierre à l’édifice qui transformera le brasseur en géant mondial: la fusion avec les Brésiliens d’AmBev en 2004.

339e Belge le plus riche

Selon le site spécialisé De Rijkste Belgen, la fortune de Stefan Descheemaeker peut être évaluée à 54 millions d’euros, ce qui en fait le 339e Belge le plus riche. C’est certes loin derrière les grands actionnaires d’AB InBev, mais tout de même impressionnant pour un self-made-man.

Un bosseur

"Il est profondément humain tout en étant un manager très professionnel, avec une grande capacité de vision, de recul et un beau dynamisme", dit de lui Eric Coppieters, avec qui il a collaboré à la création du bureau Deminor. "Il est droit, intègre, fiable et bosseur", selon Pierre Nothomb, qui l’a croisé également au lancement de Deminor.

Administrateur fidèle

Stefan Descheemaeker a siégé douze ans durant au conseil d’administration d’AB InBev, de 2008 à 2019. Il a également siégé au holding EPS, qui regroupe les grandes familles actionnaires belges qu’il représentait au board du brasseur. C’est Alexandre Van Damme qui l’avait choisi à ces deux postes, après l’avoir apprécié comme directeur.

Il continue d’assurer diverses responsabilités opérationnelles au sein d’InBev, puis d’AB InBev, jusqu’en 2008. Cette année-là, il passe du comité de direction au conseil d’administration du groupe de Louvain. Mais ce grand travailleur ne peut se contenter d’un poste non-exécutif, fût-il aussi ronflant que celui-là: en 2009, il se met au service de Pierre-Olivier Beckers en devant le CFO du groupe de grande distribution Delhaize. Quatre ans plus tard, il brigue la succession de Beckers comme CEO, mais se voit barré par Frans Muller. Déçu, il quitte le groupe.

On se demande alors comment il va rebondir. Il surprend tout le monde deux ans plus tard en endossant le rôle de CEO de Nomad Foods, un fonds d’investissement coté à l’accent britannique: à ses commandes, il orchestre le rachat de Findus pour 700 millions d’euros, puis celui d’Iglo pour 2,6 milliards. En quatre mois de temps, Nomad devient le leader du marché européen du surgelé.

Aujourd’hui, le patron de Nomad s’est mis lui-même au… nomadisme, en partageant son temps et ses lieux de résidence entre Bruxelles et Londres.

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