Stéphane Courbit, de stagiaire de Dechavanne à nabab de la télé

©BELGAIMAGE

Parti de rien, l’entrepreneur drômois Stéphane Courbit est devenu, avec le rachat d’Endemol Shine, le premier producteur de télé au monde.

Nouveau mouvement de consolidation dans l’audiovisuel. En acquérant pour 2 milliards d’euros Endemol Shine, le Français Banijay devient le n°1 mondial de la production de contenus télévisés.

L’opération est peu banale puisque c’est le petit qui avale le gros. Détenu jusqu’alors par Disney et le fonds américain Apollo, Endemol Shine pèse en effet, avec 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, deux fois plus lourd que Banijay. Mais il est très endetté avec une ardoise de 1,6 milliard d’euros.

Des grandes marques

Le profil
  • Né en 1965 à Crest (Drôme).
  • 1990: stagiaire chez Coyote Production, de Christophe Dechavanne.
  • 1994: Crée Case Production avec Arthur.
  • 1998: Case Production devient Endemol France.
  • 2006: revend ses parts dans Endemol et crée en 2007 Lov Group.
  • 2008: crée la société de production Banijay, qui grandira à coups d’acquisitions.
  • 2019: Banijay reprend Endemol Shine et devient n°1 mondial de la production télévisée.

Ce mariage donne donc naissance à un géant pesant plus de 2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Banijay apporte dans la corbeille des marques comme Koh-Lanta, Fort Boyard, Touche pas à mon poste, L’Île de la tentation et une série comme Versailles. Endemol Shine vient de son côté avec des émissions comme The Voice, Big Brother, Master Chef et des séries telles que Peaky Blinders ou Black Mirror. Du lourd certes, mais dans l’ensemble davantage axé vers les émissions de flux (jeux, divertissement…) que vers la fiction, pourtant plébiscitée par les téléspectateurs comme en témoigne le boom des Netflix, HBO, Amazon Prime et bientôt Apple TV+ et Disney+. Ce qui rend l’opération risquée aux yeux de certains experts.

Pas de quoi refroidir Stéphane Courbit, fondateur et principal actionnaire de Banijay via son holding Lov Group. Il peut en effet s’appuyer sur des actionnaires de poids. Depuis trois ans, le groupe de médias et de divertissement Vivendi de Vincent Bolloré détient un petit tiers de Banijay, tandis que Courbit a récemment fait rentrer dans le capital de Lov Group le fonds Fimalac détenu par l’homme d’affaire Marc Ladreit de Lacharrière. Tous deux souscriront à l’augmentation de capital de 275 millions prévue pour monter l’opération Endemol.

Self-made man

Le parcours de Stéphane Courbit (54 ans) contraste en tout cas avec ceux de ces deux représentants de l’establishment français. Originaire de la Drôme, l’homme est issu d’un milieu modeste. Fils d’un employé de banque et d’une employée des PTT, il a suivi une école de commerce avant de "monter à Paris". Il débute en 1990 comme simple stagiaire au sein de Coyote, la société de production de Christophe Dechavanne, alors animateur vedette de TF1 avec le talk-show Ciel mon mardi. Chargé de développer les services Minitel, il se fait vite remarquer pour sa force de travail et sa créativité lorsqu’il suggère de lancer une émission qui allait faire un tabac: Combien ça coûte.

Devenu un peu encombrant aux yeux de son mentor, Stéphane Courbit se brouille avec celui-ci et s’allie avec une autre star, Arthur. Il crée avec lui Case Production, à la base d’un autre programme culte: Les enfants de la télé. En 1998, ils en revendent 50% à Endemol, créent dans la foulée la filiale française de ce dernier et lancent Loft Story et Star Academy: audience assurée.

Mais l’homme a soif d’indépendance. En 2006, il revend ses parts dans Endemol France et empoche 240 millions d’euros. Ce qui lui permet de créer Lov Group, qui va placer ses billes dans l’hôtellerie de luxe, l’énergie, les paris en ligne et – on ne se refait pas – la production audiovisuelle avec Banijay. Lancée en 2008, Banijay se présente comme une "confédération d’entrepreneurs". En dix ans, le groupe s’est construit par acquisitions successives, pour un montant d’environ 500 millions d’euros selon Les Echos. Parmi elles, les sociétés d’animateurs stars comme Nagui et Cyril Hanouna, ainsi que des boîtes de prod aux USA, en Allemagne, en Espagne et, surtout, en Italie avec Zodiak (Versailles, Fort Boyard, Koh-Lanta), racheté en 2016: son plus grand coup. Mais cela, c’était avant l’opération Endemol Shine, le rêve de toute une vie pour l’entrepreneur drômois.

Un patron très discret

Selon les médias français, Stéphane Courbit aime la discrétion. Il fuit les mondanités et les interviews. Il préfère aux strass et paillettes de ses émissions la vie de famille en compagnie de ses trois enfants, loin des regards indiscrets. Ceci même s’il affiche tous les signes extérieurs de richesse: résidence à Neuilly, chalet à Courchevel, villa à Saint-Tropez et, naguère, un yacht de 60 mètres qui coula en mer Égée en 2012.

Fortune de France

Avec une cassette évaluée à 820 millions, Stéphane Courbit figure depuis plus de dix ans dans le top 500 des plus grandes fortunes professionnelles françaises. Lors de la dernière édition de ce palmarès, établi en juillet par Challenges, il figurait à la 116e place.

L’affaire qui a failli le noyer

Début 2015, Stéphane Courbit rembourse 143,7 millions d’euros à la milliardaire Liliane Bettencourt, alors première actionnaire de L’Oréal. Une manière d’échapper à des poursuites judiciaires de la famille Bettencourt qui l’avait accusé d’avoir abusé de la faiblesse de l’aïeule pour la pousser à investir cette somme dans sa holding Lov Group en échange de 20% du capital.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité