Sylvie Goulard, une dame de pique pour plus d'Europe

Macron envoie une grande avocate de l’Europe fédérale à la Commission. Sylvie Goulard, l’éphémère ministre de la Défense, s’est taillée une solide réputation européenne, avec une sensibilité prononcée pour les dossiers économiques.

Un bon bouquin pour comprendre la construction européenne? Le succès de "L’Europe pour les nuls" de Sylvie Goulard ne se dément pas, et rappelle que la candidate qu’Emmanuel Macron a annoncé envoyer à la Commission est aussi une vulgarisatrice de l’Union. "Aussi", pas d’abord. Car de l’Europe, elle est avant tout une actrice et une penseuse. Au fil de sa carrière, celle qui s’apprête à embarquer dans l’équipe d’Ursula von der Leyen a participé à plusieurs des grands événements qui ont façonné l’Union. Elle a travaillé sur la réunification allemande depuis le Quai d’Orsay. Elle était conseillère du président de la Commission européenne Romano Prodi en pleines discussions sur le projet de Constitution européenne. Elle a planché sur la manière de sortir de la crise de l’euro comme coordinatrice de son groupe politique (libéral) au Parlement européen. Et a milité parallèlement pour une Europe plus fédérale. Au travers du Groupe Spinelli, créé en 2010 avec Guy Verhofstadt, Isabelle Durant et Daniel Cohn-Bendit. Et au travers de ses essais sur l’Europe – pas pour les nuls, ceux-là.

Le profil
  • 1964 Naissance à Marseille. Puis, études de droit à Aix en Provence, Sciences Po Paris et l’ENA.
  • 1989 Travaille sur la réunification de l’Allemagne au Quai d’Orsay.
  • 2001 Entre à la Commission européenne comme conseillère du président Prodi.
  • 2009 Elue centriste au Parlement européen. Elle prestera deux mandats.
  • 2017 Ephémère ministre de la Défense.
  • 2018 Sous-gouverneur de la Banque de France.
  • 2019 Candidate commissaire européenne.

Dans "Goodbye Europe" (Flammarion, 2016), elle alertait à la veille du Brexit sur le risque de dislocation de l’Union et soulignait que le sursaut européen ne viendrait pas de Bruxelles"Les institutions sont trop affaiblies pour générer à elles seules un nouvel élan." Pourtant, ajoutait-elle, sans une réforme en profondeur de leurs institutions, "les Européens sortiront de l’Histoire". C’était avant qu’Emmanuel Macron ne relaye l’ambition de cette refondation européenne depuis l’Élysée. Élue au parti centriste MoDEM de François Bayrou (qu’elle a quitté depuis), elle a été parmi les premières à apporter son soutien à cet europhile providentiel. Forte d’un épais carnet d’adresses européen et d’un sérieux réseau en Allemagne, Sylvie Goulard en fera profiter le futur président – c’est par son entremise que Macron rencontrera Angela Merkel pour la première fois.

L’ombre d’un doute

Personne n’est surpris de voir Sylvie Goulard entrer au gouvernement d’Édouard Philippe en mai 2017. Mais elle ne tiendra qu’un mois comme ministre des Armées. Suite à l’ouverture d’une enquête sur des soupçons d’emplois fictifs par son parti au Parlement européen, elle se retire en expliquant vouloir avoir les mains libres pour démontrer sa bonne foi. Elle aurait eu tout le loisir de le faire depuis la Banque de France, où elle est nommée sous-gouverneur en 2018. Mais l’enquête est toujours en cours et à ce jour, Sylvie Goulard n’a pas été entendue par la Justice.

L’ombre qui a conduit à la démission de la ministre n’empêche donc pas sa candidature comme commissaire. Cette contradiction est peut-être ce qui explique le retard pris par Emmanuel Macron pour l’envoyer à Bruxelles. Et ses adversaires politiques ne manqueront pas de la souligner lorsqu’elle sera auditionnée au Parlement européen, comme le reste de l’équipe qu’Ursula von der Leyen présentera le mois prochain. Sylvie Goulard a "la capacité de jouer un rôle majeur au sein de la prochaine Commission", estime l’Élysée. Si Didier Reynders convoitait un grand poste économique ou financier, elle apparaîtrait désormais comme la première de ses concurrentes.

Germaniste

Parfaite bilingue dans la langue de Goethe, elle a commencé sa carrière en travaillant au Quai d’Orsay sur la réunification de l’Allemagne. Elle jouit d’ailleurs d’un excellent réseau dans ce pays, dont elle a fait profiter Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle. Elle parle aussi couramment l’italien et l’anglais.

Franchise et ambition

"Il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités", avait-elle tranché quand le chef de son groupe au Parlement, Guy Verhofstadt, avait voulu y intégrer le Mouvement 5 étoiles italien. Sylvie Goulard n’est pas du genre godillot. Le "Grand Bleu" avait déjà eu l’occasion de le constater lorsque, à la surprise générale, la Française s’était portée candidate contre lui pour la présidence du Parlement, en 2016.

L’atlantisme qui paie

La presse française s’était émue en 2017 d’apprendre qu’elle avait touché, alors qu’elle était eurodéputée, un salaire mensuel de plus de 10.000 euros comme conseillère spéciale pour un think tank californien, l’Institut Berggruen.

 


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