Thierry Bolloré, héritier désigné à la tête de Renault

Thierry Bolloré, le cousin éloigné de Vincent, prend le siège de numéro deux au sein de Renault. Une volonté de l’État français qui veut garantir la continuité de l’Alliance Renault-Nissan après Carlos Ghosn.

Il fait les titres de la presse économique française depuis plusieurs jours. Thierry Bolloré, cousin éloigné du capitaine d’industrie Vincent Bolloré, a été nommé directeur général délégué (COO) de Renault ce jeudi. L’État français et l’emblématique patron de Renault, Carlos Ghosn, lui avaient donné leur soutien.

La fonction est de premier ordre, car il est accepté de tous que l’homme qui aurait reçu le poste deviendrait de facto le futur patron de la marque au losange lors du départ de Carlos Ghosn. Ce dernier a réussi à adosser Renault à Nissan puis Mitsubishi dans une Alliance considérée comme la clé de voûte de la réussite récente de la société. L’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est devenue le plus gros producteur mondial de véhicules. Un succès que les actionnaires de Renault, l’État français en premier, veulent voir se poursuivre après le départ de Carlos Ghosn.

L’État français, qui détient 15,01% du capital de Renault et 21,93% des droits de vote, insiste de longue date pour créer ce poste de numéro deux. Le gouvernement n’a pas caché sa volonté de voir nommer un Français.

Le profil
  • Débute sa carrière chez Michelin en 1990 en tant que chef d’atelier dans une usine de pneus pour poids lourds. Il gravit les échelons. En 1998, il est nommé directeur de la division camion et avion. En 2002, il est nommé vice-président.
  • En 2005, il rejoint l’équipementier Faurecia où il occupe plusieurs fonctions à haute responsabilité.
  • Il arrive chez Renault en 2012. En 2013, il devient directeur délégué à la compétitivité du groupe.

Le ministère des Finances a signalé son soutien à un nouveau mandat de quatre ans pour Carlos Ghosn, dont le mandat actuel s’achève au printemps. Il s’agira vraisemblablement du dernier mandat de l’homme de 64 ans.

Bercy s’inquiète donc de l’après- Carlos Ghosn et souhaite protéger l’ancrage français du groupe. L’Alliance franco-japonaise, aux équilibres complexes, repose aujourd’hui en grande partie sur la personnalité du dirigeant franco-libano-brésilien.

Alliance hybride

Renault possède 43,4% de Nissan, qui détient lui-même 15% de Renault et 34% de Mitsubishi, dont il est premier actionnaire. L’Alliance aux dix marques partage une large base industrielle commune qui, comparable à celle d’un groupe intégré, conserve pour chaque entreprise une gouvernance propre. L’Alliance a fait économiser des sommes colossales à Renault et Nissan, environ 5,5 milliards rien qu’en 2017. Carlos Ghosn cumule les fonctions de président du conseil d’administration de Mitsubishi et de Nissan, tout en étant PDG de Renault et de l’Alliance.

Selon des sources de l’AFP, on estime, chez Renault, que Thierry Bolloré présenterait plusieurs atouts: "Il connaît l’automobile, il sait travailler avec les Japonais et il connaît le fonctionnement de l’Alliance." Cet ancien de Michelin et de Faurecia, titulaire d’un MBA de Paris Dauphine, a rejoint le groupe en septembre 2012. Il a cumulé des expériences variées au cours de sa carrière que ce soit dans le volet production, mais aussi marketing, dans la R&D, dans la stratégie et le développement du business. Chez Renault, il est plutôt actif "en amont" comme on dit dans la maison, à savoir dans l’ingénierie, le design, la fabrication, etc. S’il n’a pas l’expérience commerciale de Renault, il connaît néanmoins également ce volet des activités par ses expériences passées.

Reste à voir s’il pourra résister à une position de numéro deux qui n’a pas été des plus stables par le passé tout en maniant suffisamment bien le volet politique que nécessite un poste de cette importance. Ce vendredi, Renault publie ses résultats annuels. Ils devraient être de très bonne facture, alors que les ventes de véhicules de l’Alliance ont progressé de 6,5% en 2017 et de 8,5% rien que pour Renault.

Siège éjectable

Le poste de numéro deux chez Renault n’a pas bonne réputation. Les deux prédécesseurs ont tous sauté. Carlos Tavares parce qu’il avait laissé entendre qu’il dirigerait volontiers un autre groupe et avant lui, Patrick Pélata qui avait payé l’affaire des "vrais-faux espions".

Remue-ménage

Le choix de Thierry Bolloré s’inscrit dans une dynamique de grands mouvements à la tête de Renault. Le directeur à la performance, l’Allemand Stefan Mueller, considéré comme un concurrent sérieux pour le poste, a annoncé mercredi son départ pour "raisons de santé". L’ancien patron de Total, Thierry Desmarest, a annoncé qu’il quittait ses fonctions d’administrateur pour des raisons "exclusivement d’ordre personnel et d’âge".

Réaliste

Tenant un discours plus réaliste que d’autres dans le monde automobile, Thierry Bolloré a expliqué en octobre dernier que "l’offre diesel de Renault sera réduite de 50% d’ici à 2022".

Lire également

Publicité
Publicité