Thierry Breton, un industriel français au Berlaymont

Emmanuel Macron a opté pour un grand patron et ancien ministre de Chirac pour remplacer Sylvie Goulard, candidate-commissaire évincée.

Il fallait de larges épaules pour porter la candidature française à la commission européenne, après l’échec de Sylvie Goulard, Emmanuel Macron est donc allé puiser hors de la besace de son personnel politique. Le patron du groupe de services informatiques Atos Thierry Breton semble sur le papier taillé pour assumer le très volumineux portefeuille dévolu à la France. Il a été "pédégé" de trois grands groupes, reconnu comme l’un des patrons les plus efficaces au monde par la Harvard Business Review, et ministre de l’Économie et des Finances sous Jacques Chirac.

Il fallait bien cela pour que Paris puisse continuer de prétendre à la fonction qui était destinée à sa candidate initiale. Outre les critiques sur sa situation judiciaire et sur un salaire américain perçu alors qu’elle était eurodéputée, Sylvie Goulard avait été attaquée sur l’ampleur du champ décisionnel de sa future fonction: politique industrielle, marché intérieur, numérique, défense et espace.

Le profil
  • 1955: Naissance à Paris
  • 1986: Conseiller régional de Poitou-Charentes
  • 1997: PDG de Thomson
  • 2002: PDG de France Télécom
  • 2005: Ministre de l’Économie et des Finances
  • 2007: Enseigne à la Harvard Business School
  • 2009: PDG du groupe Atos
  • 2010: Entre au classement des 100 patrons les plus performants au monde de la Harvard Busines Review
  • 2019: Candidat-commissaire de la France

Pour Paris, l’éviction de la candidate pouvait mettre en péril le pouvoir du poste. Mais selon la presse française, Emmanuel Macron a obtenu l’assurance que le portefeuille ne serait pas modifié. Et alors que la présidente-élue de la Commission Ursula von der Leyen attend toujours une nouvelle candidature roumaine pour présenter officiellement "ses" trois candidats de remplacement, l’Élysée a indiqué avoir obtenu son feu vert pour le profil de Thierry Breton.

À 64 ans, il présente un parcours serpentant entre politique et secteur privé. Après avoir travaillé sur le Futuroscope de Poitiers, il a été élu "de terrain", conseiller régional de Poitou-Charentes. Il a ensuite dirigé le groupe Thomson, puis France Télécom, assainissant sa situation financière avant sa privatisation. L’Élysée le présente comme un grand européen convaincu, alors que le groupe qu’il dirige, Atos, a un siège en Allemagne et l’autre en France.

C’est aussi, bien sûr, un macroniste. Il s’était rallié à la candidature d’Emmanuel Macron quand Alain Juppé s’était retiré de la course présidentielle, avant le premier tour. Comme le Président français, il est d’ailleurs passé par la banque d’affaires Rotschild, où il a été conseiller senior.

Sa candidature pourrait-elle poser problème? Alors que le groupe Atos est un fournisseur de services informatiques de l’administration européenne, le grand patron aura en tout cas à répondre aux inquiétudes d’eurodéputés sur d’éventuels conflits d’intérêt. Thierry Breton aura-t-il coupé tous ses liens avec son entreprise? C’est "la question qui va être posée et sur [laquelle] il apportera toutes les réponses", a assuré Emmanuel Macron.

Selon l’écologiste belge Philippe Lamberts, qui est l’un des leaders de l’opposition au Parlement européen, le passé professionnel de Breton ne posera pas de problème en soi "à condition que tous les éventuels soupçons de conflit d’intérêts soient écartés", a-t-il fait savoir.

Comme Sylvie Goulard, il doit à présent passer sous les fourches caudines du Parlement — son audition devrait avoir lieu d’ici la fin novembre.

Ministre prudent

Face aux craintes de conflits d’intérêts, l’intéressé pourrait faire valoir la rigueur qu’il a affichée par le passé. Comme ministre de l’Économie, il avait placé les dossiers concernant les entreprises qu’il avait dirigées entre les mains du Premier ministre.

Autoroutes privées

Thierry Breton a été l’un des acteurs de la privatisation des autoroutes françaises, a rappelé le vert Yannick Jadot, pour qui c’est un marqueur de sa vision de l’économie: "On sait à quel point c’est un scandale, c’est une rente extraordinaire pour les sociétés autoroutières."

Futuroscope

Thierry Breton a participé dans les années 1980 à la conception du Futuroscope, le parc à thème technologique de Poitiers.


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