Thierry Coste, le lobbyiste qui chuchotait à l'oreille des présidents

Conseiller de la Fédération des chasseurs en France, sa présence lors d’une réunion sur la chasse à l’Elysée aurait été la goutte de trop dans le vase déjà plein de Nicolas Hulot. Cet habile défenseur de la cause cynégétique affiche une longévité inoxydable

Il a vite été désigné comme l’affreux de service. Celui qui aurait été la dernière goutte d’eau amenant Nicolas Hulot, le ministre français de la transition écologique et solidaire, à démissionner. En tant que lobbyiste des chasseurs, Thierry Coste était à l’Elysée lundi soir.

Le jour où a été annoncée la division par deux du coût du permis de chasse. Il a raconté avoir salué Nicolas Hulot - qu’il tutoie - avant d’entrer en réunion. Et démenti le fait que le ministre lui ait dit qu’il n’avait rien à faire là. Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Une proximité qui exclut pourtant toute convergence de vues. Dans une interview au journal Var Matin en 2014, il disait déjà du démissionnaire: "Nicolas Hulot (…) que je combats, est lobbyiste". On ne saurait être plus clair.

C’est un homme de l’ombre mais qui pèse lourd. Il représente environ 1,2 million de chasseurs et par extension 5 millions de foyers représentant autant d’électeurs. Alors que le vote purement vert est réduit en France, à peau de chagrin. En bon activiste, Thierry Coste sait qu’Emmanuel Macron dispose d’une haute conscience du comptage électoral. Et qu’il a de son côté une population à défendre. Celle des chasseurs modestes qui peinent à financer le coût de leur hobby. Bien qu’il ne soit pas chasseur, le président français qui comptait sur Hulot pour rassembler l’électorat vert, ne pouvait que lui prêter une oreille favorable. Tout comme Jacques Chirac en son temps, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, car Thierry Coste n’est pas – c’est le cas de le dire – un perdreau de l’année.

Cela fait bien longtemps que ce "séducteur, marrant, avec l’esprit de répartie", ce "mercenaire, mais mercenaire honnête" comme le qualifie pour l’Echo un proche du secteur, entretient avec soin ses réseaux depuis la base jusqu’aux sommets de l’Etat.

Le don d’infiltrer l’ennemi

Il est né en 1955 à Paris mais c’est vers l’agriculture qu’il se tourne après le lycée en achetant une vingtaine d’hectares de terres en Haute-Saône. Très vite il s’implique… dans la protection de la nature (Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature), mais insatisfait et sûrement mû par un sens précoce des affaires, il ouvre par la suite une société de conseil sur l’environnement. Quelques années plus tard, il dirige son cabinet à l’intitulé limpide (Lobbying et Stratégies) dans le chic septième arrondissement de Paris. Fait notable, Thierry Coste a un passé de militant de gauche ce qui lui a fait dire à l’Obs: "J’ai conservé depuis l’habitude trotskiste d’infiltrer l’ennemi pour mieux le comprendre".

Désormais l’homme se revendique de droite mais sait travailler avec tout le monde en fonction des intérêts qu’il défend. Celui qui se présente comme "sans foi ni loi", est aussi secrétaire général du Comité Guillaume Tell, l’équivalent français du lobby des armes aux Etats-Unis. Toujours au journal Var Matin, il confiait aussi qu’il respectait "les individus, pas les institutions et les règles". Avec Emmanuel Macron, originaire d’une région de chasse, il a sans conteste trouvé le bon interlocuteur. Ce président qui disait aux jeunes américains au printemps 2018 que "toujours suivre les règles, c’est du bullshit". Du miel pour Thierry Coste qui a vu défiler tant de ministres de l’écologie avec un sourire de prédateur gourmet.

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