Thierry Frémaux, le dernier rempart de Cannes

©Photo News

Le délégué général du festival de Cannes se pose en ardent défenseur de "son" festival contre les plateformes de vidéos à la demande, les tweets à l’emporte-pièce ou les selfies sur tapis rouge. Un peu de la classe que diable!

Thierry Frémaux, délégué général depuis 2007, n’a pas envie que le festival de Cannes se transforme en foire aux boudins. D’où ses récentes mesures, à l’encontre de Netflix, des séries, des tweets, et des selfies. Et on le comprend: la modernité, c’est bien, mais la qualité — et une certaine classe — c’est mieux.

Quels sont ses arguments?

1. Netflix ne sort pas ses films en salle, il ne s’agit pas de cinéma, mais de "téléfilms" ou de "films de plateforme". Frémaux propose de les montrer éventuellement hors compétition. Netflix refuse. Mais laisse la porte ouverte en espérant des solutions à l’avenir.

2. Les séries, non plus, ce n’est pas du cinéma. Le festival a montré quelques épisodes ces dernières années, mais il s’agissait de Jane Campion ou de David Lynch. Là, c’est de l’art. "Game of Thrones", personne ne sait qui réalise, dixit Frémaux dans une récente interview. D’où la colère des fans, outrés.

3. Les tweets: trop de journalistes descendaient les films juste après la projection du matin, dans des tweets laconiques. Résultat: cette année Frémaux décide que tout le monde découvrira le film en même temps, le soir.

4. Finis les selfies, qui officiellement ralentissent la montée des marches. Mais on sait que Frémaux trouvait ça déplacé. "Cannes, c’est pour voir, pas pour se faire voir", a-t-il déclaré. Seules les stars sont exemptées. Là, ce ne serait plus du nombrilisme, mais de la promo?

Résultat des courses, Thierry Frémaux est traité ces derniers jours de "passéiste psychorigide" par des réseaux sociaux toujours prompts à la critique, mais rarement à un argumentaire constructif… Mais qui est réellement cet homme de 57 ans?

CV Express
  • 1960 Naissance à Tullins dans l’Isère
  • 1982 Mémoire en Histoire Sociale sur les débuts de "Positif"
  • 1983 Entre à l’Institut Lumière
  • 1995 Directeur artistique de l’Institut Lumière
  • 1999 Refuse la direction de la Cinémathèque Française
  • 2003 Responsable de la programmation à Cannes
  • 2007 Délégué Général à Cannes
  • 2009 Premier Festival Lumière (Lyon)
  • 2017 Publication de son journal intime (un an, entre deux festivals): " Sélection Officielle" (Grasset)

En tant que délégué général, Frémaux est responsable de la programmation, mais aussi de l’intendance. Un rôle qu’il prend très au sérieux. Il faut l’avoir vu, au dernier rang et muni de son talkie, à diriger comme un chef d’orchestre particulièrement investi le bon déroulement d’une soirée (installation du public, arrivée des stars, lumières, musique, etc.).

Le reste de l’année, il regarde des films (1.850 longs-métrages par an, mais il n’est pas seul à les visionner), et s’occupe de l’Institut Lumière (Lyon), où il est entré en 1983, et qu’il dirige depuis 1995 avec deux missions: patrimoine et diffusion.

Ses goûts personnels sont hétéroclites: "Je préfère un bon film commercial à un mauvais film d’auteur." Il est connu pour avoir amplifié la présence du cinéma américain (intelligent) à Cannes, et celle des grands classiques restaurés (Cannes Classics, 2004). On lui doit aussi une place plus importante pour l’animation et le documentaire. Sans oublier le film de genre (horreur, suspense, humour noir…) souvent proposé Hors Compétition (Séances de Minuit et autres Séances Spéciales).

Difficile, donc, de voir en Frémaux quelqun de porté uniquement vers un cinéma d’auteur pur et dur, et fermé à la nouveauté. On lui reproche parfois un manque de ligne directrice dans ses choix, mais sa dévotion corps et âme à son festival ne fait aucun doute. Jusqu’à poser des actes forts, voire impopulaires, mais toujours justifiés par le rôle qu’on lui a donné: essayer de garder Cannes au sommet. 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content