Tom Enders, parachute doré pour parachutiste

©Bloomberg

Le patron du groupe Airbus fait ses valises pour un départ le 10 avril. Avec un (très) beau chèque. Qui fait polémique, évidemment.

Thomas Enders, le patron du groupe Airbus est sur le départ. Le 10 avril, il va quitter la tête du consortium européen. Avec un chèque évalué à 36,8 millions d’euros, selon Proxinvest, une agence française d’analyse de gouvernance. C’est une information qui a été reprise mardi par toute la presse française et qui n’a pas été démentie par Airbus, qui estime que les calculs établis sur base des rapports du "board of directors" paraissent pertinents.

Si Enders ne touchera pas sa prime d’indemnités de départ de 4,5 millions d’euros, d’après Le Monde, il dispose tout de même d’un beau pécule en actions évalué à 7,3 millions, payables d’ici à 2022; d’une retraite de 1,3 million par an jusqu’à ses 80 ans; d’une clause de non-concurrence de 3,2 millions, etc. Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie et des Finances, a rappelé être "opposé à toute rémunération excessive", mais surtout en raison de la réputation de l’avionneur qui pourrait être mise à mal. Ça ou rien…

Quels mérites?

La question qu’on peut se poser est de savoir si Enders, depuis son entrée chez Airbus en 2000, a bien aidé à faire prospérer l’entreprise. A priori, le bilan est positif, voire flatteur. Airbus fait jeu égal avec Boeing en aviation commerciale, les carnets de commandes sont pleins pour dix ans, bien qu’il soit évident qu’un John Leahy, directeur des ventes désormais retraité, a largement contribué à ce succès et que les prédécesseurs d’Enders ont bien positionné Airbus sur les rails du succès.

Autoritaire?

Après avoir vu défiler des Lathière, Pierson, Forgeard ou Brégier, les Français n’ont pas trop apprécié la venue d’un Allemand jugé trop "autoritaire". Les Anglais non plus n’ont pas trop apprécié ses propos sur les conséquences d’un Brexit dur. C’est vrai que construire l’Europe industrielle au jour le jour n’est pas toujours facile.

Mais il est vrai que l’Allemand, marié et père de quatre fils, a fait plus: il a diminué l’influence des États – et oui, même de l’Allemagne –; il a favorisé l’implantation d’unités en Chine (Tianjin) et aux Etats-Unis (Mobile, Alabama), ce qui s’est traduit par des commandes d’avions, dont une récente de 300 appareils par la Chine; il a intégré les avions de cent places de Bombardier (désormais les A220) et a favorisé l’essor des avions de la génération "Neo", malgré des difficultés avec les nouveaux moteurs.

Dernier point – mais ça lui a été reproché –, il a regroupé les activités de la division commerciale (70% du chiffre d’affaires, à côté de l’Eurofighter, de la division spatiale, des hélicoptères, des missiles, etc.) autour de la présidence, ne laissant que peu de marge au directeur de la division.

Un vrai parachutiste

Officier de réserve de la Bundeswehr, Tom Enders est aussi parachutiste. Il a sauté le 13 novembre 2010 d’un Airbus A400M encore en vols d’essais, avec neuf autres collègues sportifs. Inutile de dire qu’il a eu son petit succès dans les cocktails mondains.

Et pour rester dans les critiques, ses adversaires n’en manquent pas. Bien qu’il n’en soit pas directement responsable, l’aventure de l’Airbus A380 se termine mal. Idem pour les maladies de jeunesse du quadrimoteur militaire A400M qui ne peuvent pas lui être directement imputées, mais qui lui ont empoisonné la vie. Renégocier avec les États des contrats plus réalistes ne devait pas être simple.

En revanche, le succès d’Airbus a entraîné la montée en cadence de la production, avec de très gros problèmes de suivi des équipementiers, en plus étranglés (comme en Belgique) par l’obligation de diminuer leurs prix.

Enders va donc laisser à son successeur une entreprise solide, mais fragilisée par des sous-traitants qui vont être obligés de se regrouper. Et dans ce schéma de compression des coûts, ceux de la Grande-Bretagne, où 14.000 personnes travaillent pour Airbus, vont peser lourd en cas de Brexit dur. Pour Guillaume Faury qui succédera à Thomas Enders, l’aventure va démarrer.

Le profil
  • 1958: naissance le 21 décembre à Brucherseifen (Allemagne)
  • 1978-1983: études de sciences économiques à l’université de Bonn et à l’UCLA (Californie)
  • 1991: il rejoint Deutsche Aerospace, après avoir été assistant parlementaire et chercheur dans divers instituts
  • 2000: il devient responsable de la division Défense d’EADS puis est nommé coprésident d’EADS avec Noël Forgeard
  • 1er juin 2012: Enders est nommé président du groupe Airbus, après avoir dirigé la division des avions commerciaux depuis 2007

Lire également

Publicité
Publicité