Tony Hall, prêt pour le grand saut

Le directeur général de la BBC, Tony Hall, vient de confirmer que des discussions préliminaires ont été menées avec la Belgique et les Pays-Bas pour l’installation d’une antenne dans l’UE, en cas de Brexit sans accord.

Beaucoup de grands groupes privés ont déjà entamé des discussions ou annoncé leur départ vers des pays de l’Union européenne. Lorsqu’un groupe public audiovisuel financé directement par la redevance annuelle des citoyens annonce son intention d’en faire de même en cas de Brexit sans accord, cela fait forcément des vagues.

Quelques jours après la révélation de discussions préliminaires avec Charles Michel à Davos, le directeur général de la BBC Tony Hall a ainsi dû venir expliquer à la Commission des comptes publics du Parlement la position de son groupe. Ces démarches n’ont surpris personne, mais elles ont tout de même marqué une nouvelle étape dans le processus du Brexit. La question est sensible pour le secteur audiovisuel, puisque plus de 500 chaînes ou groupes audiovisuels, donc la BBC, 21st Century Fox , Discovery , Disney , NBC Universal , risquent de perdre leur licence pour émettre vers l’Union européenne. Les enjeux principaux concernent la possibilité de vendre des vidéos à la demande dans l’UE.

Hall a confirmé ces discussions préliminaires avec la Belgique et les Pays-Bas, des pays où la BBC a déjà des bureaux. "Aucune décision n’a été prise, nous attendons de voir ce qui va se passer dans les prochains mois. Nous n’aurons peut-être pas besoin de faire cela, et je l’espère, car il est beaucoup plus simple de diriger les choses depuis ici (Londres) (…). Il s’agit simplement d’être prudent. Nous avons des chaînes et des marchés dans le reste de l’Europe, et nous souhaitons continuer ainsi."

En Irlande?

Curieusement, il n’a pas évoqué les discussions avec l’Irlande, un aveu qui serait sensible politiquement, en plein psychodrame sur la question du filet de sécurité à la frontière.

Le Brexit n’est pas le premier défi de taille que Tony Hall doit relever depuis sa prise de fonctions en 2012.

Cet ancien directeur de l’information de la chaîne (1993 – 2001), et qui a travaillé dans le groupe audiovisuel comme journaliste pendant plus de trois décennies, a pris ses fonctions en pleine affaire Savile, cet ancien animateur de l’émission musicale à succès Top of the Pops, contre lequel plus de trois cents plaintes formelles pour agression sexuelle ont été déposées par des enfants et adolescents qui assistaient à ce programme dans les années 60, 70 et 80. Tony Hall a dû assumer l’existence passée d’une culture du silence autour de cette star de l’époque, et a même dû s’excuser au nom de la BBC pour les actes complices de nombreux autres membres du personnel.

Plus récemment, il a aussi dû excuser la BBC pour son suivi obsessionnel de l’enquête sur le chanteur des Sixties Cliff Richard, faussement accusé d’agressions sexuelles plusieurs décennies après les prétendus faits, et qui n’a guère bénéficié de la présomption d’innocence.

Des excuses encore, ces jours-ci, cette fois pour avoir demandé à une centaine de présentateurs du groupe de créer leur propre société de production afin de permettre d’économiser des millions d’euros sur les cotisations sociales. Certains ont même été mis sous pression pour changer de statut. Les services fiscaux britanniques ont finalement décidé de demander aux présentateurs de payer les taxes normalement dues, ce qui a amené ces derniers à renvoyer la patate chaude à la BBC.

Autant de scandales qui ont émaillé le mandat de Tony Hall, qui doit par ailleurs gérer le bouleversement profond du modèle économique de la BBC: depuis l’an dernier, les 16-24 ans regardent davantage Netflix que la BBC, y compris sur smartphone.

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