Un financier chez les Red Lions

Pilier de l’équipe nationale de hockey, Jérôme Truyens mène de front sa carrière sportive et son métier de gestionnaire de fonds chez Puilaetco Dewaay.

Il n’en est ni le capitaine (le brassard est porté par John-John Dohmen), ni la star (c’est plutôt Tom Boon) mais bien le métronome.

À 29 ans, Jérôme Truyens est le plus âgé des Red Lions, l’équipe nationale belge de hockey, favorite de la finale du tournoi olympique ce soir face à l’Argentine. Deuxième joueur le plus capé encore en activité, le milieu de terrain affilié depuis toujours au Racing à Uccle, est un peu le symbole de cette génération exceptionnelle qui, par son esprit d’équipe, son abnégation et sa remarquable condition physique pourrait en remontrer à d’autres "Red" belges…

C’est encore lui qui a ouvert la marche mardi face aux Pays-Bas en demi-finale, montrant la voie de la finale à ses équipiers. À défaut de titre national en club, ce jeune homme bien sous tous rapports accompagne depuis 12 ans l’irrésistible ascension de l’équipe nationale. Une ascension entamée en 2007 lorsqu’il marque le but de la victoire face à l’Allemagne envoyant les Red Lions aux JO de Pékin de 2008 après 32 ans d’absence. 9e dans la capitale chinoise, 5e à Londres en 2012, les Red Lions sont à deux doigts d’entrer au panthéon du sport belge.

Le profil
  • Né le 4 août 1987
  • Débute le hockey à 5 ans au Racing, à Uccle
  • Plus de 300 sélections en équipe nationale
  • Lauréat du "Stick d’Or" en 2010 récompensant le meilleur joueur du championnat de Belgique
  • Ingénieur commercial Solvay en 2010
  • Travaille depuis 2010, chez Puilaetco Dewaay où il est gestionnaire de fonds (actuellement en congé sans solde)
  • Crée en 2016 Rising Track, plateforme de crowdfunding pour sportifs

Pour Jérôme Truyens, il sera alors temps de prendre sa retraite internationale, de se consacrer à son club et, surtout, à ses activités dans le business. Car celui que l’on surnomme "Tchouk" est l’un des seuls à combiner sport de haut niveau et activité professionnelle. Illustration parfaite de l’adage "mens sana in corpore sano", Jérôme Truyens n’est pas qu’habile stick en main, c’est aussi une grosse tête.

Ses études d’ingénieur commercial, il les a menées de front avec sa carrière sportive. Et dans les deux langues nationales s’il vous plaît. Après un bachelier à la VUB il a enchaîné avec un master en business & technology à la Solvay Brussels School, achevé avec grande distinction. Un profil qui avait de quoi attirer l’attention de dizaines de recruteurs. Sauf que rares sont ceux qui sont prêts à accorder des facilités à leurs employés pour mener une double carrière.

Par chance, Thierry Smets, CEO de Puilaetco Dewaay, est un de ces patrons fondus de sport, persuadé des bienfaits de la pratique sportive sur la gestion du stress et de l’esprit d’équipe: "Nous sommes rentrés en contact avec Jérôme via notre sponsoring de son club, le Racing, raconte ce passionné de vélo et de jogging: c’est un gars simple et sympa qui ne se prend pas la tête. Il est aujourd’hui gestionnaire de fonds avec comme seule restriction de ne pas être en contact avec la clientèle. Comme il est souvent absent, cela nous semblait peu opportun", ajoute-t-il."J’ai toujours été attiré par la finance, confiait l’intéressé à L’Echo il y a trois ans. M’épanouir dans mon travail au quotidien m’a permis, sportivement, d’être encore plus fort… La banque me donne la flexibilité de pouvoir m’entraîner au quotidien."

©Dries Luyten

Alors que bon nombre de ses coéquipiers sont encore aux études ou coachent des jeunes, lui a choisi une autre voie. "J’ai besoin d’autre chose, de m’aérer l’esprit, de faire fonctionner mon cerveau…", dit-il même s’il sait que sa double vie le bloque un peu dans son ascension professionnelle. Son agenda de ministre a d’ailleurs poussé ce jeune père de famille à prendre l’automne dernier un congé sans solde d’un an pour se préparer à fond pour les JO. Avec quatre entraînements par semaine avec l’équipe nationale, les tournois de préparation et les matchs en club, poursuivre ce rythme de fou était devenu impossible. D’autant qu’au même moment, "Tchouk" a encore trouvé le temps de cofonder une plateforme de crowdfunding destinée aux sportifs. "Normalement il reprendra chez nous cet automne", souligne son boss qui observe que ce traitement privilégié ne suscite aucune jalousie dans la banque: "Au contraire, il envoie régulièrement de Rio des messages sympas sur le blog de l’entreprise et pour nos employés, je crois que c’est une grande fierté de compter pareil collègue parmi eux."

En bref

Une famille de sportifs

Jérôme Truyens a le virus du sport dans ses gènes. Son père a été classé 26e joueur belge en tennis. Sa mère a fait partie des meilleures joueuses et sa marraine a participé à Wimbledon. Il a tâté de la raquette mais s’est vite tourné, via un copain, vers le hockey dont il aime les valeurs de solidarité et de fair-play.

Crowdfunding

Jérôme Truyens a cofondé avec Morgane Vouche (ex internationale de hockey) Rising Track, première plateforme de financement participatif permettant à des sportifs issus de disciplines peu médiatisées ou peu aidées par les sponsors et les pouvoirs publics de financer leur projet (voyage, matériel…). En échange de quoi ils offrent des contreparties à leurs contributeurs (entraînement personnalisé, invitation à des événements….).


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