Un G.I. en chef qui dit ce qu'il pense

Le général Dempsey est le plus haut gradé de l’armée américaine. Il a un certain franc-parler, quitte à se mettre en porte-à-faux avec la Maison-Blanche.

Le général Martin Dempsey, chef des forces armées américaines, n’est pas du genre à se taire quand il a un message à faire passer. Même si le Commandant suprême n’est pas du même avis que lui. Barack Obama peut en témoigner.

Le dernier élan de franchise du général Dempsey remonte à dimanche, même si l’on ne peut pas parler de clash potentiel avec la Maison blanche, cette fois. Alors qu’il était en visite sur le porte-avions français Charles de Gaulle, croisant actuellement dans le Golfe pour appuyer les attaques de la coalition internationale contre l’Etat islamique, Dempsey a déclaré tout de go que Washington ne comptait pas intensifier les raids aériens antidjihadistes.

CV express

Né en mars 1954 dans le New Jersey.

Diplômé de la prestigieuse académie de West Point en 1974, trop tard pour être envoyé au Vietnam.

Diplômé de littérature à la Duke University en 1984.

Participe à la guerre du Golfe (1990-1991) et sert comme conseiller de la garde nationale saoudienne (2001). Retourne pendant un peu plus d’un an en Irak (2003-2004).

Nommé général en décembre 2008 et prend la tête des forces armées en octobre 2011.

Info ou intox visant à désinformer l’Etat islamique? Difficile à dire dans un contexte on ne peut plus tendu et alors que pas mal d’informations circulent sur une vaste opération prévue en avril ou mai pour reprendre la ville de Mossoul à l’EI. "Larguer un tapis de bombes sur l’Irak n’est pas la solution", a donc déclaré Dempsey dimanche. L’homme prône la prudence et des attaques bien ciblées au moment-même où les autorités irakiennes demandent davantage de soutien aérien pour empêcher les nouveaux pillages et destructions perpétrés par les djihadistes de l’EI sur les sites archéologiques du pays. Il appelle plutôt les Etats participant à la coalition menée par Washington à envoyer plus d’hommes, "en particulier les pays de la région (...) qui peuvent plus facilement nouer des relations avec les populations locales." Dempsey sait de quoi il parle. Il a servi en Irak pendant la guerre du Golfe au début des années 1990 et, plus récemment, pendant l’insurrection irakienne de 2003-2004.

En septembre 2014, c’est pourtant le même général Dempsey qui mettait la Maison blanche dans l’embarras en affirmant, lors d’une audition devant le Sénat, qu’il était prêt à recommander à Obama d’envoyer des soldats américains aider les troupes irakiennes sur le terrain si nécessaire. Quelques jours plus tôt, le président américain jurait encore ses grands dieux qu’il n’enverrait pas de troupes au sol. Or, voilà que le plus haut gradé américain suggérait qu’il faudrait peut-être passer par là. Une éventualité qui avait été prévue auparavant par le général Loyd Austin, responsable des opérations militaires au Moyen Orient. Ce dernier estimait qu’il faudrait envoyer des soldats US aider les Irakiens à reprendre le contrôle du barrage de Mossoul. Son idée avait été recalée par les conseillers d’Obama...

Armer l’Ukraine

Début mars, Dempsey remettait le couvert en suggérant cette fois que les Etats-Unis devraient envisager l’envoi d’armes aux forces ukrainiennes. "Il y a certains déséquilibres en termes de capacités qui sont défavorables aux forces ukrainiennes, et je pense que l’on doit chercher les moyens de leur fournir ces capacités", a-t-il déclaré. "Si la Russie veut prendre l’Ukraine, elle la prendra", a encore mis en garde le général.

Pendant ce temps-là, la Maison blanche tergiverse, cherche à gagner du temps, alors qu’armer l’Ukraine reviendrait à affronter la Russie. "Tout ce que l’on a fait pour aider l’Ukraine va probablement être égalé, puis doublé, triplé et quadruplé par la Russie", déclarait la semaine dernière le numéro deux du département d’Etat Antony Blinken en se faisant ainsi l’écho des craintes présidentielles. De son côté, le nouveau chef du Pentagone, Ashton Carter, avouait lui-même être "enclin à" armer les forces ukrainiennes. Plutôt bavard pour un militaire, Dempsey n’est donc pas isolé, ce qui donne d’autant plus de poids à ses avis. N’en déplaise à certains...

Général 2.0

Le général Dempsey est présent sur les réseaux sociaux. Enfin, ses collaborateurs ont compris toute l’utilité de communiquer via ces canaux. L’homme a 56.000 abonnés à son compte Twitter. Il avait notamment tweeté pour envoyer ses pensées aux Français après l’attaque de Charlie Hebdo. Dempsey totalise par ailleurs près de 60.000 mentions "J’aime" sur son compte Facebook. Le général y communique régulièrement avec le public lors de séances de questions-réponses. Il y poste aussi ses photos de visites officielles. On le voit ainsi poser fièrement à son arrivée, dimanche, sur le porte-avions Charles de Gaulle.

Champion de ces dames

En janvier 2013, le secrétaire à la Défense de l’époque, Leon Panetta, annonçait une levée de l’interdiction pour les femmes servant dans l’armée US de participer à des missions de combat. Il a agi sur recommandation du général Dempsey. Ce dernier lui avait envoyé une lettre dans laquelle il affirmait qu’il fallait "éliminer toutes les barrières sexistes". En étant théoriquement écartées des missions de combat, les femmes se voyaient refuser des postes leur permettant de grimper les échelons.

 

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