Un héritier de Platini à la tête de l'UEFA

Comme son illustre prédécesseur, le nouveau président de l’UEFA défend les petits pays face aux tentations hégémoniques des cadors du football européen.

Il n’y a pas eu de surprise hier à Athènes lors du congrès de l’UEFA. Le slovène Aleksander Ceferin a été élu à une très large majorité (42 voix sur les 55 fédérations membres de l’UEFA) à la tête de l’institution suprême du football européen. Donné largement favori face au Néerlandais Hans Van Praag, de 20 ans son aîné, Aleksander Ceferin (48 ans) devient ainsi le 7e président de l’UEFA.

Le défenseur des petits

Il est aussi le premier président issu des pays de l’Est dont les représentants ont massivement voté en sa faveur, de même que ceux des pays nordiques (lire l’encadré) mais aussi de quelques nations phares comme l’Italie, l’Allemagne et la France. La France, dont est issu son prédécesseur, Michel Platini, et dans la lignée duquel il semble vouloir s’inscrire. Comme le célèbre "Platoche", déchu de son trône par la justice interne de la fédération internationale de football, il se veut le porte-voix des petites et moyennes nations du football, à l’instar de son pays natal, la Slovénie, qui ne possède pas de tradition footballistique.

Le profil
  • Né en 1967 à Ljubljana en Slovénie, marié, 3 enfants
  • Diplômé en droit de l’Université de Ljubljana
  • Dirige l’un des plus importants cabinets d’avocats de Slovénie
  • Différentes fonctions dirigeantes dans le football slovène, dont il fut le président de la fédération
  • Vice-président de la commission juridique de l’UEFA
  • Élu président de l’UEFA le 14 septembre 2016

Michel Platini avait donné davantage de place aux représentants des petits championnats en Ligue des Champions et Aleksander Ceferin entendait poursuivre en ce sens. Mais peu avant son élection, l’UEFA, sous la pression des grands clubs, a voté une réforme renforçant au contraire leur présence en phase de poules (lire l’encadré).

Le football d’abord

Sa présidence démarre donc dans un contexte compliqué et il lui faudra tenir ses nombreuses promesses. Inconnu du grand public, Aleksander Ceferin se déclare en effet comme l’homme du renouveau. Il veut en finir, dit-il, avec la politique, les complots, les intrigues, le manque de transparence et les intérêts personnels, tout en promettant d’ouvrir le débat sur une durée limite des mandats au sein de l’UEFA, alors que lui-même est élu pour deux ans et demi, c’est-à-dire la durée restant à expirer du mandat de Platini: "Ce doit être le football d’abord", martèle-t-il. "Je ne suis pas un rêveur: construire des ponts entre les différentes composantes du football mondial c’est bien, mais construire des terrains là où il en manque, c’est mieux", ajoute-t-il dans une habile formule.

Né dans la capitale slovène, Ljubljana, ce juriste, diplômé de la faculté de droit de l’Université de Ljubljana, a travaillé pour le cabinet d’avocats familial, un des plus importants du pays. Il s’y est spécialisé en droit commercial, avec un focus sur la défense des intérêts des athlètes professionnels et des clubs sportifs.

Administrateur du KMN Svea Lesna Litija, l’un des plus grands clubs slovènes de football en salle, il a aussi été membre du comité exécutif du club amateur du FC Avocats Ljubljana à partir de 2005, puis du NK Olimpija Ljubljana de 2006 à 2011. Il a ensuite été élu président de l’Association de football de la Slovénie en 2011. Réélu pour quatre ans en février 2015, il a été deuxième et troisième vice-président de la Commission juridique de l’UEFA depuis 2011.

Fair-play financier

Outre le délicat dossier de la réforme de la Ligue des Champions, Aleksander Ceferin entend également s’attaquer aux cancers qui minent le foot professionnel comme les matches truqués, le racisme, l’influence grandissante de certains agents et l’insécurité. Il veut aussi renforcer le fair-play financier – initié là aussi par son prédécesseur – car, dit-il en bon avocat, "le gouffre s’accroît entre les gros clubs et les autres". On ne saurait mieux dire.

En bref

Un sportif accompli

Aleksander Ceferin n’aime pas que le football; on le dit aussi amateur de karaté, de basket et d’aventure. Il a ainsi traversé cinq fois le désert du Sahara, en voiture et à moto.

Soupçons de collusion

Aleksander Ceferin se dit indépendant. Ce n’est pas l’avis du magazine norvégien "Josimar". Selon lui, Ceferin est la girouette du président de la Fifa Gianni Infantino. Ce dernier aurait chargé son directeur de la stratégie, le Norvégien Kjetil Siem, de faire pression sur les pays nordiques pour qu’ils votent en faveur de Ceferin contre la promesse de pouvoir organiser l’Euro 2024 ou 2028.

Le dossier brûlant dela Ligue des Champions

Peu avant son élection, l’UEFA, alors en pleine vacance de pouvoir, a adopté une réforme de la Ligue des Champions qui favorise les quatre grands pays (Angleterre, Allemagne, Espagne et Italie). Aleksander Ceferin dit ne pas avoir été correctement informé de la teneur de cette réforme. "Je dois m’asseoir avec les 55 fédérations qui composent l’UEFA et je dois voir ce qui peut être fait", a-t-il déclaré tout en sachant que sa marge de manœuvre est très étroite.

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