Un ingénieur chasse l'autre

Son arrivée sous les feux de la rampe aurait pu se faire dans de meilleures conditions.

Pour sa toute première conférence trimestrielle, le nouveau patron de BMW, Harald Krüger, a dû annoncer, hier, un recul de 1% du bénéfice net du groupe d’avril à juin, à 1,75 milliard d’euros. Ce repli est notamment dû à une hausse des coûts de personnel et à des dépenses liées au lancement de nouveaux produits comme les Série 2 et 4.

Le ralentissement du marché chinois et la chute brutale des ventes de véhicules neufs en Russie et au Brésil expliquent également la légère décélération du constructeur bavarois qui continue toutefois d’afficher une santé insolente avec un bond de 20,2% de ses revenus en un an, à 23,9 milliards d’euros. Harald Krüger prend donc les commandes d’une berline rutilante qu’il pourrait assembler les yeux fermés…

Ce père de trois enfants est en effet presque une copie conforme de son prédécesseur. Comme Norbert Reithofer, cet homme discret de 49 ans a décroché un diplôme d’ingénieur. Leur carrière respective les a ensuite amenés à diriger des usines avant de devenir directeur de la production du groupe. Les deux hommes ont aussi fait presque toute leur carrière chez BMW.

Au poste de directeur de la production, Harald Krüger avait pris l’habitude de visiter fréquemment les usines du groupe. En fin de journée, il rassemblait une partie du personnel pour leur expliquer, sans notes, ce qu’il avait aimé ou moins apprécié durant son inspection.

Le plus âgé a été recruté en 1987 après avoir été enseignant pendant trois ans, et son successeur a été embauché en 1992 alors qu’il avait passé tout juste un an au Centre allemand pour l’aéronautique et l’aérospatial (DLR). Mais si son ancien boss était issu d’un milieu ouvrier de l’ancienne cité minière de Penzberg en Bavière, Harald Krüger a, lui, été élevé dans la ville de Brunswick en Basse-Saxe par une mère enseignante et un père physicien. Son éducation lui a permis d’apprendre la pédagogie, selon la plupart de ses collaborateurs.

Son arrivée à la direction des ressources humaines en 2008 a coïncidé avec l’éclatement de la bulle financière qui a provoqué un effondrement des ventes de voitures en Europe. Contraint de licencier 4,6% du personnel et de réduire le temps de travail des salariés, il fera tout pour limiter l’impact social de ses mesures. Le tout puissant syndicat IG Metall est depuis devenu son meilleur allié. Soutenu par la secrète famille Quandt qui contrôle le capital du constructeur, ce père de famille s’est ainsi mis dans la poche les représentants du personnel qui ont préféré sa candidature à celle d’Herbert Diess qui a, depuis, pris les commandes de la marque Volkswagen.

©BELGAIMAGE

Un pari dangereux et coûteux…

BMW a vendu au premier semestre 12.500 i3 et i8, ces voitures électriques tout en carbone. Le constructeur, qui a englouti plus de 600 millions d’euros dans ce projet, doit réussir son pari. "Notre industrie doit réduire ses émissions de (dioxyde de) carbone pour respecter les nouvelles réglementations", résume Harald Krüger.

Ce cadre sans histoire que les analystes financiers connaissent très mal s’était déjà fait remarquer quelques années plus tôt à la direction de l’usine de Hams Hall en Grande-Bretagne. Ce site énorme repris à Rover paraissait promis à une fin certaine avant qu’Harald Krüger ne parvienne à le transformer en un important centre de production de moteurs de BMW.

Cette performance lui a permis de devenir le "maître de l’ascension silencieuse", aux dires de l’hebdomadaire économique "Manager Magazin". Mais si son arrivée au volant du géant bavarois s’est faite dans la discrétion, ses moindres faits et gestes vont désormais être scrutés par les experts et ses rivaux. Une nouvelle vie débute pour le secret patron de la firme à l’hélice…

  • Octobre 1965: Naissance à Freiburg en Allemagne
  • 1991: Il décroche son diplôme d’ingénieur en ingénierie mécanique à l’Université d’Aachen
  • 1992: Il entre chez BMW comme stagiaire à la division en charge du planning technique et de la production
  • 2003-2006: Directeur de l’usine de production de moteurs de Hams Hall en Grande-Bretagne
  • 2008-2012: Directeur des ressources humaines du groupe
  • 2013-2015: Directeur de la production de BMW
  • Depuis le 13 mai 2015: Président de BMW

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