Un patron pour redresser la Finlande

Après avoir réussi dans les affaires, Juha Sipilä, doit faire ses preuves en politique. Première étape: la formation d’un nouveau gouvernement en Finlande. Ensuite, redresser l’économie.

Les Finlandais ont décidé de mettre leur sort dans les mains d’un patron. C’est en effet le chef du parti du centre, Juha Sipilä, qui est appelé à former le nouveau gouvernement finlandais après que sa formation est arrivée en tête des élections de dimanche. Les négociations risquent d’être longues alors que les trois premiers partis (les centristes, le Parti des Finlandais et les sociaux-démocrates) ont obtenu des résultats relativement proches. Une chose est certaine: c’est un virage à droite que s’apprête à prendre la Finlande sous l’impulsion du très pragmatique Sipilä. Hier, il confirmait ainsi être ouvert à la participation des eurosceptiques et anti-immigrés du Parti des Finlandais à son futur gouvernement.

À 53 ans, Sipilä a survolé la campagne électorale. Néophyte en politique – il n’a été élu député qu’en 2011 avant de prendre les rênes de son parti fortement affaibli un an plus tard – il s’est engagé à dépoussiérer l’exécutif finlandais et à redresser l’économie de son pays. Et on peut s’attendre à ce que ce luthérien pratiquant né dans le Nord agricole de la Finlande s’en tienne à ses promesses.

Les Finlandais espèrent maintenant qu’il rencontrera le même succès en politique que dans les affaires, lui qui était devenu millionnaire à 35 ans. Ingénieur de formation, il a débuté sa carrière en tant que responsable produit chez Lauri Kuokkanen, une société rachetée par Nokia en 1985.

"Ce sera un projet d’environ 10 ans de remettre la Finlande sur pied."
Juha Sipilä
Futur Premier ministre finlandais

Mais c’est grâce au fabricant de composants pour GSM, Solitra Oy, qu’il fera fortune. Directeur de la société au début des années 90, il en devient propriétaire avant de la revendre à American ADC Telecommunications en 1996. Sa fortune est faite. Il se lance alors dans la finance et dans les énergies vertes. C’est d’ailleurs dans une Chevrolet utilisant un carburant à base de déchets de bois qu’il fait campagne en 2011.

Tout n’a pas été rose pour Sipilä. Il est atteint d’une embolie pulmonaire en 2013. Il s’en remet. Mais en février dernier, il perd le cadet de ses cinq enfants, Tuomo, qui décède à 22 ans de complications lors d’une opération chirurgicale. Dévasté, Sipilä suspend sa campagne. Mais il revient dans la course bien déterminé à redresser l’économie de la Finlande engluée dans la récession.

Le programme

Sipilä s’est engagé à créer 200.000 emplois au cours des dix prochaines années alors que le pays en a perdu 100.000 depuis le début de la crise, en 2008. La moitié de ces nouveaux emplois devraient provenir du secteur des énergies vertes et de la lutte contre le réchauffement climatique, estime le futur Premier ministre. Il faudra néanmoins faire des économies, a-t-il prévenu. Il poursuivra ainsi la politique de restrictions budgétaires de son prédécesseur. Les programmes sociaux seront revus à la baisse et les lois sur le travail assouplies. En matière de politique étrangère, il prône une approche moins atlantiste et le maintien de "relations de bon voisinage" avec la Russie. Pas question, par ailleurs, de changer de cap par rapport à l’Union européenne et à la zone euro. Sipilä ne partage pas l’euroscepticisme du Parti des Finlandais…

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