Un pharmacien voyageur à Osaka

Parti avec armes et bagages de Wavre l’an dernier, l’ancien patron de GSK Vaccines Christophe Weber prendra le 1er avril les rênes de Takeda, le plus gros laboratoire japonais.

Les successions de patrons emblématiques n’auront bientôt plus de secret pour lui. En avril 2012, Christophe Weber succédait à Jean Stéphenne à la présidence de la division vaccins de GSK. Il n’y aura finalement passé que deux ans.

En avril de l’an dernier, l’homme d’affaires français se retrouvait numéro deux du laboratoire nippon Takeda, premier groupe pharmaceutique d’Asie. Le voilà aujourd’hui prêt à succéder, le 1er avril, à Yasuchika Hasegawa, qui cède son siège de CEO mais garde la présidence du groupe.

À 48 ans, Christophe Weber se voit assigner une mission claire: faire de Takeda, actuel n°15 mondial, un véritable acteur mondial de la pharmacie. Depuis le rachat du Suisse Nycomed en 2011, pour 14 milliards de dollars, Takeda a multiplié les acquisitions afin d’accroître sa dimension internationale.

14 novembre 1966: naissance à Strasbourg

1991: débute sa carrière chez Rhône-Poulenc Australie

1993: rejoint SmithKline Beecham France

2002: vice-président de GSK Corporate

Avril 2012: président de GSK Vaccines

Avril 2014: COO de Takeda

1er avril 2015: CEO de Takeda

La première tâche du nouveau patron sera de redresser la rentabilité de la société créée en… 1781 par Chobei Takeda, qui ouvrit à l’époque une boutique de remèdes traditionnels dans un quartier d’Osaka. En mai dernier, Takeda avait rapporté un niveau de bénéfices le plus modeste depuis 15 ans. En cause, notamment, la recherche de nouvelles molécules aptes à prendre la relève de son "blockbuster" Actos, un traitement du diabète de type 2, qui doit faire face à la concurrence des génériques et à des milliers de plaintes judiciaires aux Etats-Unis.

Neuf pays différents

Pas de quoi inquiéter outre mesure ce vieux de la vieille de la pharmacie qui en est à son neuvième point d’attache professionnel. Après avoir fait ses premières armes au sein du groupe chimique français Rhône-Poulenc en Australie, Christophe Weber a passé jusqu’ici la plus grande partie (20 ans) de sa carrière chez GlaxoSmithKline (GSK).

D’origine savoyarde, fils de deux médecins, cet industriel accompli, passionné de sport, s’était destiné dans un premier temps à devenir… guide en montagne. Mais il choisit une autre voie. Il décide de poursuivre une double formation, décrochant un doctorat en pharmacie et un master en comptabilité.

Au moment de prendre les rênes de GSK Vaccines en avril 2012, Christophe Weber avait fait part, dans ces colonnes, de son souhait de s’installer durablement en Belgique après avoir bourlingué à travers le monde. "Mes enfants commencent à avoir besoin de stabilité, de même que mon épouse", disait-il alors. La stabilité, il l’a finalement trouvée. Mais à 9.500 km d’ici.

La France a la cote

Depuis sa création il y a… 233 ans, Takeda n’avait jamais été dirigé par un patron non-japonais. Christophe Weber entrera donc dans l’histoire. La désignation d’un "gaijin" (un étranger en japonais) à la tête d’une entreprise nippone est un événement rarissime. Apparemment, les Français ont la cote au pays du Soleil Levant. Parmi les rares patrons étrangers, on retrouve Carlos Ghosn, le PDG du groupe automobile Renault-Nissan.

Engagé chez Rhône-Poulenc au sortir de ses études, Christophe Weber passe en 1993 chez SmithKline Beecham France, où il travaille dans le marketing.

Il connaît ensuite une ascension fulgurante: directeur de marketing en 1998, directeur de filiale en 1999. En 2002, le voilà vice-président de GSK France en 2002, après la fusion avec Glaxo. Six ans plus tard, il est vice-président de la division Asie-Pacifique.

Séjour éphémère à Wavre

Cette expérience internationale vient compléter un cursus brillant de scientifique et d’homme de chiffres. En janvier 2011, c’est sur lui que se porte le choix du conseil d’administration pour devenir président désigné de GSK Vaccines (ex-GSK Biologicals), avant sa désignation comme président de GSK Vaccines en avril 2012.

Malgré un séjour éphémère à Wavre, Christophe Weber y aura rallié tous les suffrages. L’annonce, dès la fin 2013, de son départ pour Takeda, a semé un vent de consternation au sein du personnel qui appréciait son caractère accessible.

Gageons que le nouveau CEO du groupe japonais trouvera à Osaka de quoi satisfaire son goût de la mobilité et du changement, une des raisons pour lesquelles il a d’ailleurs choisi une carrière industrielle plutôt que la voie d’une officine pharmaceutique.

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