Une "indignée" pour diriger Barcelone

En novembre 2014, lors de son intronisation comme secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias présentait Ada Colau, venue le soutenir, comme la "future maire de Barcelone". Il avait vu juste.

Dimanche soir, Mme Colau, 41 ans, en larmes, n’en finissait pas de remercier ses sympathisants. Avec sa liste, "Barcelone en commun", alliance de plusieurs partis de gauche, dont Podemos, c’est "l’espoir qui a gagné" disait-elle tout émue.

Parcours insolite que le sien. Porte-parole des déshérités aux yeux de ses admirateurs, accusée d’être populiste, inexpérimentée et radicale par ses rivaux, Ada Colau a rallié les suffrages de plus de 176.000 électeurs (25,2%), faisant de la deuxième ville la plus peuplée d’Espagne, avec 1,6 million d’habitants, le premier bastion des "indignés". Elle devrait prendre ses fonctions le 13 juin prochain.

Sans passé politique ni militance dans aucun parti, Ada Colau veut en finir avec les "privilèges": elle abaissera son salaire jusqu’à 2.200 euros par mois, contre 143.000 euros par an pour le maire actuel, le nationaliste conservateur Xavier Trias, et limitera à deux le nombre de mandats.

"Le désir de changement a vaincu la campagne de la peur et de la résignation", a-t-elle assuré. C’est aux victimes de la crise qu’Ada Colau veut consacrer ses premières mesures une fois au pouvoir: paralyser les expulsions dans la ville, convertir les appartements vides en logements sociaux, forcer les entreprises à réduire le prix de l’eau, du gaz, de l’électricité ou encore lancer un revenu minimum de 600 euros pour les familles au bord de la misère. Elle demande aussi "un autre modèle de tourisme" pour une Barcelone envahie par les bateaux croisière.

Née en 1974, Ada Colau doit quitter ses études de philosophie pour aider financièrement sa famille. Elle se fait activiste au début des années 90 lors des manifestations contre la première Guerre du Golfe, puis participe au mouvement des squatters. A partir de 2003, elle participe également au mouvement antimondialisation. Elle enchaîne les petits boulots avant d’être finalement embauchée en 2007 dans un Centre d’études économiques et sociales.

Elle se présente souvent comme le "David" des défavorisés face au "Goliath" des grands intérêts immobiliers. "Il faut lutter contre l’imaginaire collectif", disait-elle récemment, "les gens culpabilisent quand ils se retrouvent à la rue car on leur dit que c’est de leur faute".

En 2009, elle fonde, avec son compagnon, Adrià Alemany, la PAH (Plataforma de Afectados de la Hipoteca) qui lutte contre les expulsions de familles surendettées. En 2013, elle présente aux parlementaires espagnols une initiative pour éviter les expulsions mais se heurte à la féroce opposition des conservateurs. C’est alors qu’elle envisage sérieusement de se présenter aux municipales au nom de la plateforme citoyenne Guanyem ("gagner").

Militante depuis toujours

Ada Colau est donc une militante de la première heure. Elle a participé à sa première manifestation à l’âge de cinq ans, avec sa mère. Depuis 2009, son travail à la tête de la PAH l’a transformée en héroïne des plus pauvres.

Ada Colau ne manque pas d’humour. Lors des municipales de 2007 elle n’hésite pas à s’habiller en héroïne "Supervivienda" ("Superlogement"), en masque noir et cape jaune (où s’affiche le numéro 47, l’article de la Constitution espagnole qui garantit un "logement digne") pour demander l’arrêt des expulsions.

Malgré sa victoire, Ada Colau ne va pas avoir la tâche facile. Elle devra gouverner avec la plus faible majorité de ces trente dernières années. Il lui faudra donc trouver des alliances. Sa liste a obtenu onze sièges, contre dix pour le maire sortant, Xavier Trias, nationaliste conservateur de CiU. L’ambiance s’annonce donc tendue. Lundi matin, à peine vingt-quatre heures après sa victoire, Mme Colau a déjà accusé son prédécesseur de signer des "contrats de dernière minute pour miner le futur de la ville".

L’élection de Mme Colau peut aussi se lire comme l’échec des séparatistes. Le président catalan, Artur Mas, misait sur une victoire à Barcelone pour lancer sa campagne en vue des élections régionales du 27 septembre prochain, avec comme objectif de déclarer l’indépendance dans un délai de dix-huit mois.

Déjà certains secteurs de son parti lui ont demandé de reporter le scrutin. Sans se prononcer sur la question qui divise tant les Catalans, Mme Colau s’est dite favorable à la tenue d’une consultation au lieu de "prendre une décision unilatérale au nom des citoyens".

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