Vincent Bolloré, l'industriel que presque rien n'arrêtait

Placé en garde à vue depuis mardi matin, l’homme d’affaires Vincent Bolloré a été auditionné dans le cadre d’une enquête sur des soupçons de corruption sur l’obtention de concessions en Afrique par le groupe Bolloré dont il est le PDG.

Cet homme tient à la fois du boa et du fauve. D’abord parce que toute sa carrière est reptilienne. Vincent Bolloré n’a pas son pareil pour coincer son pied entre la porte et le chambranle des entreprises qu’il veut conquérir. Mais l’industriel breton, quoique né à Boulogne-Billancourt en avril 1952, se double aussi d’un fauve dans la mesure où presque tous ceux qui lui résistent finissent par prendre la porte. Des quelques images disponibles où on le voit encore jeune, il a ce physique propre aux patrons dynamiques, ces money-makers des années 80 qui voyaient l’avenir avec appétit.

Le profil
  • 1975: entre à la Compagnie financière Edmond de Rothschild
  • 1981: reprend la papeterie familiale OCB
  • 1986: rachète la SCAC, puis plus tard, l’armateur Delmas-Vieljeux
  • 2004: s’invite chez Havas en prenant 20% du capital
  • 2005: débuts dans la télévision avec Direct 8
  • 2012: premier actionnaire de Vivendi
  • 2018: place son fils à la présidence du conseil de surveillance de Vivendi

Quelles que soient les cartes dans les mains de ses adversaires, il sait tirer son épingle du jeu. Ainsi, après avoir fait le siège du capital d’Ubisoft, l’éditeur de jeux dont il détenait 27% du capital, il finit au mois de mars de cette année, face à la résistance de la famille d’actionnaires, par renoncer à sa proie. Une défaite et en même temps une victoire puisqu’au passage, celui qui est réputé figurer la dixième fortune française, empoche une plus-value de 1,2 milliard d’euros.

Entrée minoritaire, pressions, c’est cette technique qui lui a permis ces dernières années de mettre la main sur Havas, puis sur Vivendi, avec Canal Plus en prime. Beau parcours pour celui qui ne peut se prévaloir que d’un DESS de gestion en banque, finances et assurances.

Le "B" de OCB

La partie sera plus difficile avec sa garde à vue débutée mardi et qui était prolongée mercredi. Une telle audition, dont l’ambiance fonctionnelle n’a rien à voir avec celle de sa résidence dans la prestigieuse Villa Montmorency à Paris, est tout sauf un conseil d’administration au cours duquel on évince le patron en place. Vincent Bolloré est désormais sur la défensive. Ce n’est pas sa place habituelle. Après des débuts dans la banque, il a enchaîné dans les affaires en rachetant l’entreprise familiale OCB (le "B" pour Bolloré) qui fabriquait du papier à cigarettes. Et plus rien ne l’arrêtera.

Dans un premier temps les médias ne l’intéressent pas. Avec son groupe Bolloré Technologies il se lance dans le commerce maritime et se déploie progressivement dans les ports africains, y entretenant les amitiés politiques. C’est à partir des années 2000 qu’il se lance dans les médias tout en cultivant nombre de connexions politiques à gauche comme à droite. En 2007, Vincent Bolloré prête son yacht au nouveau président Nicolas Sarkozy afin qu’il se repose de sa campagne électorale. Les médias en feront des gorges chaudes.

Son entrée dans les médias l’avantage mais le dépayse. Lorsqu’en 2015, Vincent Bolloré met sous l’étouffoir l’insolence des Guignols sur Canal, il déclenche un tapage médiatique auquel il n’est pas familier. De même lorsque France Télévisions le met en cause avec son magazine "Complément d’enquête", notamment sur ses activités africaines: il réclame 50 millions d’euros au groupe public.

Dans la presse, toute nouvelle prend une ampleur particulière. Y compris lorsqu’il place son fils Yannick à la tête de Vivendi. On ne peut pas avoir le contrôle sur tout. Car devant les juges, c’est bien lui le sujet et non l’arbitre.

Vieille famille bretonne

Sur la chaîne Public Sénat, Vincent Bolloré s’explique en 2016 sur sa "popularité pas très élevée chez Canal", un groupe qui selon lui vivait au-dessus de ses moyens. Et de souligner un peu plus tard avec une modestie à peine feinte: "Je viens d’une vieille famille bretonne qui a repris un petit groupe, aujourd’hui parmi les 200 premiers groupes dans le monde".

 

Bolloré l’intrusif

En mars 2018, le journal Libération narre par le menu la sortie lucrative de Vincent Bolloré du groupe Ubisoft, contrôlé par la famille Guillemot. Et d’ironiser sur le fait que la partie n’est peut-être pas terminée. Car le journal conclut en faisant allusion à la tactique intrusive et récurrente de Bolloré: "Troll un jour, troll toujours".

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