Yann LeCun, l'intelligence en proue

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Son domaine de prédilection c’est l’intelligence artificielle. Facebook l’a embarqué à son bord. Aujourd’hui, il remporte le prix Turing.

Lorsqu'on l'écoute parler d'intelligence artificielle, son domaine de prédilection, Yann LeCun renvoie la rafraîchissante impression d'un homme dont la tête passe les portes. Nulle arrogance, ni agressivité dogmatique apparente chez ce Français qui s'est vu attribuer mercredi, avec deux de ses confrères le prix Turing. Cette récompense comparable à un prix Nobel dans le domaine de l'informatique doit son nom au Britannique Alan Turing (1912-1954), dont les travaux devaient préfigurer la programmation essentielle au fonctionnement des ordinateurs. En ce sens, Yann LeCun en est le digne héritier. Sa capacité naturelle à imaginer l'intelligence artificielle, sujet usuellement réduit à l'acronyme IA, son profil d'explorateur sur le sujet dit deep learning sont tels, que Facebook ne s'y était pas trompé.

Le profil
  • 1960: naissance à Paris
  • 1983: diplômé de l'ESIEE
  • 1987: rejoint les laboratoires d'ATT afin d'y développer des méthodes d'apprentissage
  • 2013: recruté en direct par Mark Zuckerberg
  • 2018: dirige à Paris le laboratoire d'intelligence artificielle de Facebook
  • 2019: reçoit le prix Turing

En 2013, alors que le Français planche à New York sur le devenir des voitures autonomes, Mark Zuckerberg lui fait signe et l'embauche pour diriger le Facebook Artificial Intelligence Research, dont la finalité on s'en doute, est d'engranger à terme toujours plus de cash au service d'une entreprise où le client est le produit-phare. Depuis 2018, Yann LeCun dirige le laboratoire d'intelligence artificielle créé à Paris par le géant des réseaux sociaux. Son intelligence se situe de fait, autant en poupe qu'en proue.

Atteindre le niveau du rat

Il est né en 1960, à Paris, ce qui fait qu'il est très largement l'aîné de Mark Zuckerberg, apparu de son côté en 1984. Le patron de Facebook a un an lorsque Yann LeCun sort avec un diplôme d'ingénieur de l'ESIEE. Il est permis de rester bouche bée devant sa thèse qui portait sur la rétropropagation du gradient soit une méthode visant à déterminer l'erreur pour chaque neurone d'un réseau de neurones. Force est de s'incliner devant un tel sujet, substrat fondamental des évolutions de l'intelligence artificielle. Même si, comme il le dit lui-même, l'IA n'atteint pas encore, le niveau d'un rat.

Conscient de travailler au sein d'une entreprise sous le feu de la critique pour ce qui est de l'utilisation des données privées, du non blocage pendant un temps très long de la tuerie de Christchurch ou encore la censure de la moindre œuvre d'art au prétexte de la nudité, Yann LeCun assure pourtant qu'il n'y a, chez Facebook, rien de "maléfique". Pour lui qui compte ce faisant sur ses doigts face caméra, les dangers de l'IA sont les "biais, les mauvaises utilisations qui sont dommageables à la société, les problèmes de protection des données privées". Et préconise, dans une interview de 2018 visible sur sa page Facebook (où ses amis ne sont pas révélés) "que le terrain politique et légal réfléchisse à ces questions et gère ça de manière correcte" avant qu'il ne soit trop tard. Des arguments bien rodés, tels des éléments de langage qui reviennent au mot près dans d'autres entretiens comme celui en date d'hier donné au journal Le Monde.

Il est le second Français à avoir remporté le prix Turing. A ce titre il partagera avec ses deux co-lauréats Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton, la récompense d'un million de dollars. Une somme presque symbolique puisque selon la SEC (l'autorité de régulation financière) le salaire médian chez Facebook pointait à 240.000 dollars en 2018.

L’Arabie saoudite? Non, merci
Il a été dit qu'en 2017, celui qui n'était pas encore primé, avait décliné une proposition professionnelle de l'Université des sciences et technologies du roi Abdallah en Arabie saoudite. Profondément athée, il ne pouvait concevoir de travailler pour un pays où un ministre de l'intérieur assimilait à des terroristes les athées osant remettre en question les fondements de la religion islamique.

"Ce n’est pas les gens intelligents qui vont devenir chef"
En 2018, Yann Le Cun confie dans une vidéo du magazine Brut, que la "volonté de dominer est plus liée à la testostérone qu'à l'intelligence". Et d'enfoncer le clou: "donc ce n'est pas les gens intelligents en général qui vont devenir les chefs, on voit ça dans la politique tous les jours". D'aucuns apprécieront.

 

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