Yoshihide Suga, de maire de l’ombre à Premier ministre

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L'ancien chef de cabinet de Shinzo Abe remplace son mentor à la tête du Japon. Austère et peu diplomate, Yoshihide Suga a un an pour convaincre son parti et son pays.

Le Japon a un nouveau Premier ministre. Au pouvoir depuis 2012, le Parti libéral démocrate (PLD) a désigné lundi 14 septembre le terne Yoshihide Suga pour succéder à Shinzo Abe, démissionnaire le 28 août pour raison de santé. Le choix du chef du secrétariat du cabinet Abe, au sourire rare et à la mèche grisonnante, obéit à une volonté de continuité dans un Japon inquiet.

La troisième économie du monde souffre de la pandémie de Covid-19 et de ses dramatiques conséquences sur l’activité. L’archipel est aussi confronté à un environnement géopolitique dégradé, marqué par les incursions de la Chine dans les eaux japonaises autour des îlots Senkaku (ou îles Diaoyu en chinois) et par les incertitudes liées à l’élection présidentielle aux États-Unis, garants de la sécurité du Japon.   

"Je ne pense pas pouvoir l’égaler."
Yoshihide Suga
Successeur de Shinzo Abe au poste de Premier ministre du Japon.

Technocrate

M. Suga a travaillé dans l’ombre de M. Abe tout au long de ses mandats. Il a assuré ses arrières en mettant au pas la haute administration, formulant des politiques et centralisant au Kantei (la résidence du Premier ministre) l’essentiel des processus de décisions. Il a également géré le scandale des affaires de favoritisme voire de corruption ayant ciblé Shinzo Abe.

Désireux de poursuivre les politiques suivies, notamment en matière économique, le chef de gouvernement, qui entrera en fonction le 16, avoue manquer d’expérience en matière de diplomatie. Il consultera Shinzo Abe sur ces questions, estimant sa politique "vraiment incroyable". "Je ne pense pas pouvoir l’égaler."

Son arrivée au sommet du pouvoir nippon peut surprendre de la part de ce mauvais communiquant qui n’avait ni réseaux ni relais au sein d’un PLD dominé par les dynasties politiques.

Un an pour convaincre

Fils d’une famille de cultivateurs de fraises d’Akita, département du nord du Japon connu pour ses hivers enneigés et rigoureux, il file à Tokyo dès la sortie du lycée. Là, il travaille deux ans dans une petite entreprise fabriquant de la tôle ondulée. Il se finance ensuite des études de droit et entre en politique dès son diplôme en poche. En 1985, ce gros travailleur levé tous les jours à 5 heures, marié et père de trois fils, est élu au conseil municipal de Yokohama (Sud de Tokyo) où il devient un véritable maire de l’ombre, avant d’entrer au Parlement en 1996.

Proche de Shinzo Abe, alors étoile montante de la politique nippone, il obtient le portefeuille des affaires intérieures dans son premier gouvernement en 2006-2007, et le secrétariat du cabinet à son retour au pouvoir en 2012.

Nouveau Premier ministre, Yoshihide Suga a un an pour convaincre, car le PLD doit organiser une nouvelle élection en septembre 2021. Il va devoir soigner une popularité qui reste à établir, en humanisant une image austère, limite antipathique.

La courte campagne ayant conduit à sa désignation lui a permis de se dévoiler un peu, révélant son goût pour les pancakes et les nouilles au sarrasin, mais cela ne devrait pas suffire et le Landerneau politique nippon bruisse déjà de rumeurs de législatives anticipées en octobre, pour consolider sa légitimité limitée en profitant de la dynamique de sa nomination et de la désorganisation de l’opposition.

Le profil

6 décembre 1948 : naissance à Yuzawa, département d’Akita

1973: diplômé de droit à l’université Hosei (Tokyo)

1985: élu au conseil municipal de Yokohama

1996: élu député

14 septembre 2020: désigné Premier ministre

Déterminé

«Je suis doué pour fixer des objectifs et adopter de nouvelles habitudes", aime à dire Yoshihide Suga. Alerté sur son excès de poids, il a perdu 14 kg en quatre mois en faisant 200 flexions par jour. L’habitude est restée.

Fierté locale

La ville natale de M. Suga, Yuzawa, voit dans son élection une chance de se faire connaître. Elle a réalisé des t-shirts, mugs et autres produits dérivés à son effigie. En vente dans tous ses magasins de souvenirs.

La ville de Yuzawa, fief de M. Suga, s'est mise à vendre des produits dérivés en l'honneur du futur Premier ministre. ©REUTERS

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