Yvon Englert, la rectitude du rectorat

©BELGA

Yvon Englert, recteur de l’ULB, a tenu contre vents et marées la position de son université qui a conduit à la mise à l’honneur du cinéaste controversé Ken Loach.

On le dit tenace voire têtu. Il a en tout cas tenu bon. Malgré les lettres ouvertes, les réseaux sociaux, l’indignation d’une partie de la communauté juive et un coup de crosse aussi surprenant qu’inhabituel venu du 16 rue de la Loi, Yvon Englert n’a cessé de défendre le choix de l’ULB, par ailleurs basé sur des recherches et des vérifications poussées: élever au rang de docteur honoris causa le réalisateur britannique Ken Loach. L’Université Libre de Bruxelles l’assume donc, elle ne perçoit ni révisionnisme ni antisémitisme dans le parcours de ce cinéaste engagé et farouchement opposé à la politique de l’État d’Israël à l’égard du peuple palestinien.

CV Express
  • 1955: naissance le 13 décembre à Watermael-Boitsfort.
  • 1995: devient le premier président du Comité Consultatif de Bioéthique de Belgique
  • 2001: prend la tête du service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Érasme et du Laboratoire de recherches en reproduction humaine.
  • 2011-2015: doyen de la Faculté de médecine de l’ULB.
  • 2016: est élu recteur de l’ULB. Son mandat de quatre ans débute à la rentrée académique de septembre.

Et son recteur n’a eu de cesse de tenir la position contre vents et marées.

Si on lui colle parfois l’étiquette PS, Yvon Englert est avant tout progressiste. On l’a perçu dès 1995, année où démarrait la carrière publique du médecin qui a obtenu son diplôme de gynécologue obstétricien avec grande distinction à l’ULB. Il était alors propulsé à la tête du premier Comité consultatif de bioéthique du pays. Un signe d’avant-gardisme chez ce médecin issu d’une famille de scientifiques.

Ses mentors en médecine furent Willy Peers et Pierre-Olivier Hubinont, fers de lance du combat pour la dépénalisation de l’avortement. Dans les années 80, Yvon Englert s’était déjà fait connaître en fondant le Centre de procréation médicalement assistée de l’ULB, ainsi que le Laboratoire de recherches en reproduction humaine. Ce dernier fut pionnier dans les recherches relatives à la procréation des malades porteurs du virus du sida ou au maintien de la fertilité chez les individus atteints d’un cancer.

Une première tension avec Charles Michel

Durant les années 2000, Yvon Englert fonde le Fonds pour la formation médicale de l’ULB qui soutient l’accueil à Érasme de jeunes médecins venant de l’hémisphère sud. On lui doit également le Centre d’épidémiologie périnatale ou encore le Cocon, un centre pour les accouchements à bas risque à l’intérieur entièrement coordonnés par des sages-femmes. Les convictions d’Yvon Englert l’ont également conduit à participer à la rédaction de quelques législations sensibles sur la recherche sur les embryons, l’euthanasie, la procréation médicalement assistée.

On ne l’a pas vu militer de façon partisane et c’est surtout à titre d’expert qu’il lui est arrivé de conseiller Rudy Demotte ou Laurette Onkelinx lorsque ceux-ci étaient ministres de la Santé. "C’est incontestablement un homme de gauche qui s’entend très bien avec les socialistes bruxellois", témoigne quelqu’un qui le côtoie depuis longtemps.

Sa position n’empêche nullement le recteur de l’ULB de planter ses convictions au milieu du ramdam médiatique lorsque celles-ci sont piquées au vif. Il l’a fait une fois durant cette législature. C’est Charles Michel Premier ministre qui en fut la cible, lorsque, début 2017, le gouvernement décidait de lever le secret professionnel des assistants sociaux pour contrer le terrorisme islamique. Yvon Englert s’était alors fendu d’une lettre ouverte pointant une contradiction entre la mesure gouvernementale et la volonté, affichée par le Premier après les attentats de Bruxelles, de ne pas céder à la terreur. Cet épisode a pu en partie nourrir la mise en cause de l’ULB exprimée par Charles Michel dans le dossier "Loach".

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content