interview

Elle a vendu des macarons. Aujourd'hui, elle vend Macron

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Cofondatrice du groupe Holder qui contrôle notamment les boulangeries Paul et les magasins Ladurée, Françoise Holder est devenue ambassadrice d'Emmanuel Macron.

Françoise Holder est la cofondatrice du groupe Holder, propriétaire des boulangeries Paul et des magasins de macarons Ladurée. Elle est aussi déléguée nationale d'En Marche, le parti d'Emmanuel Macron, ancien ministre français de l'Economie.

→ Qui est-elle? Si elle a arrêté toute activité opérationnelle dans son groupe, Françoise Holder en est restée administratrice.

©Dieter Telemans

Entrée au Medef (patronat français) en 2007, elle y a présidé le comité parité et a coprésidé le conseil de simplification des entreprises pendant trois ans et demi. Engagée dans la société civile, elle préside aujourd’hui l’association Force femme. A la demande d’Emmanuel Macron, elle a rejoint En Marche! dès la création du mouvement pour devenir l’un de ses neufs délégués nationaux. Elle est venue lundi à Bruxelles présenter le programme de son candidat aux Français de Belgique. Nous l'avons rencontrée.


Pourquoi vous engager dans cette campagne, et pourquoi pour Emmanuel Macron?
Je me suis engagée parce nous vivons dans un pays bloqué. J’ai rencontré Emmanuel Macron quand il était ministre de l’Economie, en tant que présidente de l’association Force femme, à l’occasion d’une journée de la femme. Et j’ai été sidérée de son écoute, j’étais venue entourée de femmes qui avaient des parcours de vie difficiles.

Je ne me suis pas posé de questions quand il m’a demandé de le rejoindre il y a un an. Il met sa démarche d’écoute au service du pays. La société civile se sentait découragée par une espèce d’autisme parisien politique.

Comment analysez-vous le succès de Macron?
Le pays avait besoin de retrouver un espoir. Emmanuel Macron l’incarne parfaitement. En même temps il a la solidité de quelqu’un d’intelligent, qui a été ministre, connaît l’économie, et n’est pas un apparatchik de parti depuis 20 ans. Tous ces éléments donnent un espoir et une grande envie de revenir s’intéresser à la vie publique du pays.

Je me suis engagée parce nous vivons dans un pays bloqué.

Qu’est-ce que vous défendez en tant que femme d’affaires dans sa campagne?
Ca fait plusieurs années que je n’ai plus de poste à responsabilité chez moi, je suis partie dans la vie associative, j’ai coprésidé le conseil de simplification, c’est comme ça que je me suis rendu compte du blocage de la France. Mais d’une manière générale, sur le rôle des femmes, dans les affaires, la politique ou n’importe où, je me reconnais dans le programme d’Emmanuel Macron.

L’égalité femmes-hommes n’est pas l’un de ses chantiers, mais il en a fait une cause transversale et nationale. Ça, c’est excessivement important pour moi, on représente quand même 50% de la société civile. Les jeunes femmes aujourd’hui sont plus à l’aise pour jongler entre leurs vies de famille, de femme et professionnelle, mais ça reste un problème.

Francis Holder a déclaré qu’il allait voter pour François Fillon pour libérer le travail. Emmanuel Macron défend aussi cette libéralisation, quelle différence entre les deux?
Je ne rentrerais pas dans ce débat. Francis Holder est mon ex-mari, je suis séparée de lui depuis 12 ans. Vous regarderez les programmes. Fillon, ce n'est pas mon problème.

On n’entre plus dans une entreprise pour 30 ans.

Parlez-nous de la libéralisation du travail selon Macron alors.
C’est plus qu’une libéralisation du travail, c’est une libéralisation de la société complète. On s’occupe beaucoup des insiders, les salariés, et pas des outsiders, les indépendants qui montent leurs micro entreprises. Or on n’entre plus dans une entreprise pour 30 ans. La plupart des gens aujourd’hui y rentrent pour une mission et ensuite veulent changer, évoluer.

Il y a eu de grands changements sociaux et économiques depuis 10 ans, surtout depuis la crise de 2008. Donc quand on parle de libéralisation du travail, c’est donner la possibilité aux salariés de pouvoir se former tout au long de leur vie.

Et quand Emmanuel Macron dit qu’il veut créer du chômage pour tous, c’est que quelqu’un d’indépendant peut avoir droit au chômage, qu’un salarié peut décider de partir en ayant droit au chômage et à une formation.

Quid du syndicalisme?
Quand on compare avec l’Allemagne, c’est le jour et la nuit. En Allemagne, il y a des syndicats économiques. En France, la plupart des syndicats sont restés politiques. On est le seul pays européen à présenter aux présidentielles deux candidats trotskistes. Une évolution est impérative.

En France, la plupart des syndicats sont restés politiques.

Il faut que les syndicats représentent mieux. Dans le privé ils ne représentent que 8% à peu près de l’ensemble des salariés, c’est beaucoup trop peu. Il faut que les salariés soient représentés, mais pour une bonne entente avec les actionnaires et la direction, pour que tout le monde y gagne. Et pas pour une lutte des classes qui arrive à la disparition de l’outil industriel ou de l’outil économique.

Et quand nous disons qu’il faut qu’il y ait plus d’accords de branche et d’entreprise, ce que nous voulons c’est qu’il y ait plus d’accords inter entreprenariat-syndicats. Parce que depuis 20 ans le Code du travail français est inutilisable, sauf comme presse-papier.

Quand on est à la tête d’une grosse entreprise, on a un service ou les moyens de se payer un cabinet d’avocat. Mais quand on dirige une PME ou une TPE, comment voulez-vous oser embaucher un salarié en sachant que ça va être un parcours du combattant infini dès qu’on aura un souci ou dès que le carnet de commandes sera moins important et qu’on devra s’en séparer? 

Sur l’Europe, Macron est le seul candidat à vouloir respecter la règle des 3% du PIB de déficit. Il veut coopérer avec l’Allemagne. Est-ce que le futur de l’Europe passe encore par le moteur franco-allemand?
Il est le seul candidat qui fasse applaudir l’Europe dans ses meetings, le seul qui veut jouer à plusieurs et pas tout seul pour amener la France vers un retard épouvantable. Il faut impérativement défendre la zone euro, mieux que jusqu’à présent. Il faut arriver à une harmonisation fiscale, sociale, et à une zone euro beaucoup mieux définie. Alors bien sûr ça passe d’abord par une rencontre très importante avec l’Allemagne, mais pas seulement, il faut aussi associer d’autres pays.

Aujourd’hui vous êtes à Bruxelles pour parler aux Français de l’étranger. Qu’est-ce qu’Emmanuel Macron leur propose?
On propose de développer leur participation à la dynamique nationale, il se sentent un peu abandonnés. Il y a une grande quantité de Français à l’étranger qui n’est pas renseignée sur ses droits, possibilités... Donc on va développer via l’administration un site qui leur donnera tous les renseignements concrets sur la sécurité sociale, la fiscalité, la culture... On veut établir plus de dialogue et plus de participation.

©Dieter Telemans


Jacques Attali, qui soutient Emmanuel Macron, regrette l’absence de débats culturels dans cette campagne. Quelle serait la politique culturelle d’Emmanuel Macron?
Je suis plus une spécialiste de l’économie, mais ce que nous voulons c’est une culture " multiculturelle " de la France, et une décentralisation accentuée des moyens et des lieux de culture, de manière à ce que tout ne se passe pas qu’à Paris, mais que dans les grandes villes françaises on continue à pousser les évènements, les expositions… tout ce qui peut faire briller la culture française.


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