Macron, l'oeil rivé sur l'Europe dans un contexte international tendu

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Dans un contexte de crises internationales, Emmanuel Macron, dont la priorité va au renforcement de l'Union européenne à travers la consolidation du couple franco-allemand, devra impérativement clarifier les positions diplomatiques françaises dans bon nombre de conflits internationaux. Et peut-être plus vite que prévu !

Emmanuel Macron, qui entend faire de la relance de l'Union européenne grâce à la consolidation du couple franco-allemand une priorité de son quinquennat, pourrait être contraint de prendre position plus rapidement que prévu sur les crises et conflits internationaux dans un contexte de tensions accrues. Le nouveau président français qui, à 39 ans, prend la tête d'un pays amené à être, après le Brexit, le seul Etat membre de l'Union européenne siégeant en permanence au Conseil de sécurité de l'ONU et doté de l'arme nucléaire, se rend à Berlin ce lundi pour son premier déplacement à l'international. Tout un symbole pour celui qui a fait résonner l'hymne européen le soir de sa victoire.

"L'Europe sera au centre de sa politique étrangère, c'est probablement là-dessus qu'il voudra non seulement être jugé mais également faire porter l'effort."
François Heisbourg
Conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique

"L'Europe sera au centre de sa politique étrangère, c'est probablement là-dessus qu'il voudra non seulement être jugé mais également faire porter l'effort", dit François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique. "Mais on sait que dans le monde dans lequel on vit, ce n'est pas le président de la République qui impose la politique étrangère mais c'est la politique étrangère qui s'impose au président de la République", ajoute-t-il.

François Hollande, qui avait annoncé avant son élection qu'il procéderait durant son mandat au retrait des troupes en Afghanistan, a lancé en l'espace de cinq ans trois opérations militaires, au Mali, en Centrafrique et en Irak-Syrie, endossant l'habit du président le plus guerrier de la Ve République. "En termes de crises, le plus grand test pour Macron pourrait être la situation en Algérie, où l'état de santé du président Abdelaziz Bouteflika nous préoccupe depuis des années", dit un haut diplomate français. "C'est potentiellement le plus gros chapitre de la politique étrangère de ces cinq prochaines années et qui peut faire sombrer le quinquennat."

Baptême du feu fin mai

Corée du Nord, Syrie, Ukraine, lutte contre l'Etat islamique: le sommet de l'Otan du 25 mai à Bruxelles, où il rencontrera pour la première fois le président américain Donald Trump et le président turc Recep Tayyip Erdogan, suivi du G7 en Sicile constitueront le baptême du feu d'Emmanuel Macron. Le conflit en Syrie, où la France soutient l'opposition modérée et réclame le départ de Bachar al Assad, et l'avenir de l'accord sur le climat, dont Washington menace de se retirer, devraient être évoqués à cette occasion.

"Emmanuel Macron n'a pas beaucoup d'expérience en matière de politique étrangère mais il écoute et apprend vite."
Diplomate français

Emmanuel Macron "n'a pas beaucoup d'expérience en matière de politique étrangère mais il écoute et apprend vite", souligne un diplomate français. "Si on regarde ceux qui l'ont aidé à mettre sur pied son programme en matière de politique étrangère, ils sont extrêmement solides et expérimentés". "Il a réussi à bouleverser la politique française comme jamais. Il a un instinct politique qui sera important au niveau international."

Tout au long de sa campagne, l'ancien banquier d'affaires, qui entend renouer avec une ligne "gaullo-mitterrandienne" à l'international, a affirmé vouloir placer la France, et l'Europe, "à équidistance de la Russie et des Etats Unis". Son entourage confirme. "On ne prendra pas nos consignes ni à Washington ni à Moscou ni ailleurs", souligne un des ses proches. "L'indépendance il faut s'en donner les moyens et donc faire des réformes pour obtenir les marges de manœuvres nécessaires, sur le plan diplomatique et militaire".

"Mon désaccord avec les dix dernières années est que je crois qu'on a un peu cédé à la tendance néoconservatrice avec des interventions parfois malheureuses."
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, qui devrait se rendre cette semaine auprès des troupes françaises dans le Sahel, assume une proximité avec l'ex-ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, figure de proue de l'opposition à la guerre en Irak en 2013. "Mon désaccord avec les dix dernières années est que je crois qu'on a un peu cédé à la tendance néoconservatrice avec des interventions parfois malheureuses", a-t-il souligné dans un entretien à Mediapart début mai. "Je pense à la Libye, mais pas que... L'intervention armée a du sens quand elle s'inscrit dans une feuille de route diplomatique."

Clarifier les positions diplomatiques françaises

L'arrivée d'Emmanuel Macron, saluée par de nombreux dirigeants étrangers soulagés de le voir vaincre le Front national, pourrait donc rebattre les cartes et clarifier certaines positions diplomatiques françaises. "On entre dans une nouvelle période (...) donc ça nous laisse une certaine liberté d'action", souligne une source diplomatique. Sur la Libye notamment, la priorité du nouveau président sera "de mettre en harmonie ce que fait le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères." "On a vu la main droite ignorer la main gauche pendant des années et on s'aperçoit que ce n'est pas satisfaisant", souligne le diplomate. La Syrie devrait s'imposer en haut de l'agenda diplomatique et pousser le nouveau chef des armées à prendre des décisions sur la stratégie à suivre.

"Moscou a réussi à donner à Emmanuel Macron un cours accéléré de formation aux relations franco-russes. Poutine a fait tout le nécessaire pour qu'il ait une opinion très ferme dans la manière de gérer la Russie, entre la réception de Mme Le Pen, le financement du FN ou les cyberattaques, on a eu la totale."
François Heisbourg
Conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique

A l'égard de la Russie, Emmanuel Macron, cible de cyberattaques pendant la campagne imputées à la Russie, devrait poursuivre la politique actuelle de la France à l'égard de Moscou, voire la durcir. "Moscou a réussi à donner à Emmanuel Macron un cours accéléré de formation aux relations franco-russes", estime François Heisbourg. "Poutine a fait tout le nécessaire pour qu'il ait une opinion très ferme dans la manière de gérer la Russie, entre la réception de Mme Le Pen, le financement du FN ou les cyberattaques, on a eu la totale." Tout l'enjeu pour le chef de l'Etat sera de réussir à bâtir des positions communes au sein de l'Union européenne sur la Russie, souligne un diplomate.

Philippe Etienne, nommé dimanche conseiller diplomatique d'Emmanuel Macron, pourrait jouer un rôle essentiel dans cette optique. Russophone, l'ancien ambassadeur de France en Allemagne et auprès de l'Union européenne devait rejoindre Moscou avant d'être rappelé à l'Elysée. "L'avantage c'est qu'il a une connaissance parfaite des dossiers européens", souligne une source diplomatique. "Il a une personnalité qui n'est pas antagoniste. Ce n'est pas un excité, c'est un grand négociateur".

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