reportage

Duel de meetings entre Le Pen et Macron

Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan étaient hier à Villepinte pour l’un des derniers grands discours de la candidate FN avant le second tour de l’élection présidentielle française dimanche. ©REUTERS

Reportage | Les deux finalistes à la présidentielle ont ferraillé hier, chacun devant leurs sympathisants, pour les remobiliser avant un débat télévisé décisif demain soir.

Drapeaux bleu-blanc-rouge à la main, des pin’s qui clignotent aux couleurs de la France à la bandoulière… Ils sont moins de 5.000 selon nos estimations à avoir bravé hier midi la zone industrielle de Villepinte pour écouter leur candidate à l’un de ses derniers grands meetings de campagne. Aux cris de "On est chez nous" ponctués de "Marine présidente", beaucoup viennent de province par groupes, acheminés par cars. Mais rares sont ceux qui acceptent de parler à la presse. "C’est important d’être là pour se faire une idée, entendre ce que dit Nicolas Dupont-Aignan", souffle fièrement Anna. Cette fidèle du Front national est ravie d’entendre le président de Debout la France faire l’ouverture du meeting de Marine Le Pen. "C’est le signe que notre parti n’est plus pestiféré, qu’il est capable de s’ouvrir à des personnalités. Il n’est pas le seul, Marie-France Garaud et Christine Boutin nous ont aussi rejoints." La décision de nommer Nicolas Dupont-Aignan Premier ministre en cas de victoire ne gène pas ces militants. Bien au contraire. "C’est plutôt rassurant", précise Soizic, 52 ans. Cette Française qui a longtemps vécu au Maroc apprécie particulièrement "le discours identitaire de Marine Le Pen, sa vision d’une France respectueuse de ses racines, patriote et non pas nationaliste comme le dit Emmanuel Macron".

L’ancien ministre de l’Économie doit sentir ses oreilles siffler face au flux de critiques dont il fait l’objet tout au long du discours de la candidate d’extrême droite. "L’adversaire du peuple, c’est Macron… Le candidat de la finance, c’est Macron", lance à plusieurs reprises la candidate, sous les applaudissements d’une salle pourtant à moitié remplie seulement. S’ils sont conquis, les sympathisants ne mettent pourtant guère l’ambiance dans ce vaste hall du parc d’exposition de Paris Nord. Rien à voir avec les meetings enflammés d’avant le premier tour. Marine Le Pen se veut rassurante, rassembleuse désormais, et une thématique comme l’immigration n’a plus sa place. Pour son premier meeting, Rajiv, 32 ans, est justement réconforté. Le jeune mauricien a voté au premier tour en faveur de Jean-Luc Mélenchon et hésitait encore un peu à rallier la fille Le Pen. "La France est à la croisée des chemins et doit faire un choix de société… Nous ne voulons pas de la société capitaliste, mondialiste que nous propose Emmanuel Macron", confie-t-il sans être pour autant un farouche partisan d’une sortie de l’Union ou de la zone euro. "Il faut être raisonnable et le pays a d’autres priorités, celle de redevenir une grande puissance plutôt que de quitter l’Union européenne."

Le père soutient la fille

Quelques minutes plus tôt en plein cœur de Paris, Emmanuel Macron était déjà la cible d’attaques mais d’un autre membre de la famille, le fondateur du FN. Venu comme chaque 1er mai déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue de Jeanne d’Arc, Jean-Marie Le Pen s’y est donné à cœur joie, traitant le rival de sa fille d’"énarque pantouflard fabriqué et propulsé par les médias", de "candidat socialiste masqué, bobo de gauche" avant d’apporter son soutien à sa fille, "une fille de France" qui a réussi là où il a échoué. "C’est le fait des enfants qui font mieux que leurs parents", a-t-il lancé devant trois cents partisans.

"C’est le fait des enfants qui font mieux que leurs parents."
Jean-Marie Le Pen
Fondateur du Front national

Attaques et contreattaques cinglantes

Quelques heures plus tard, à La Villette, Emmanuel Macron leur a répondu coup pour coup, qualifiant le FN d’"anti-France". Un discours ultra-offensif qui a séduit les militants d’En Marche!, venus en nombre. Selon les organisateurs, plus de 12.000 personnes ont fait le déplacement hier. "ça nous aide et nous remonte le moral, racontent deux militantes membres d’un comité de soutien du VIe arrondissement de Paris. Les retours sur le terrain sont difficiles car beaucoup de militants pro-Fillon et pro-Mélenchon sont déçus de voir leurs candidats éjectés et nous le reprochent." Galvanisée par une sono tonitruante, la salle apprécie le discours musclé d’Emmanuel Macron. Entre les helpers (soutiens), les militants et les organisateurs, chacun à son code couleur, son badge approprié et son t-shirt coloré… C’est la fête, les deux salles annexées pour l’occasion sont pleines à craquer et tous se trémoussent. Sans comparaison avec le meeting du FN de Villepinte.

Selon les organisateurs, 12.000 militants d’En Marche! avaient fait le déplacement pour assister au discours d’Emmanuel Macron hier à La Villette. ©REUTERS

Ce qui plaît chez Macron? "Son élan, son optimisme, son dynamisme, son pragmatisme, énumère Yves, 52 ans, plutôt de centre gauche. On le sent investi, prêt à innover pour réduire la fracture sociale." Même son de cloche chez des sympathisants plus jeunes et classés à droite. "C’est le seul candidat qui accepte la complexité de la situation française et qui est prêt à rassembler les bonnes volontés pour avancer… En cela, il se montre apaisant dans une société très clivée", note Paul, 23 ans, conquis par "le renouvellement qu’il incarne".

À cinq jours du second tour, l’ancien ministre de l’Économie comme ses militants semblent sur un nuage. Grand favori du scrutin, Macron est crédité de 59% d’intentions de vote contre 41% pour Marine Le Pen selon le dernier sondage Kantar Sofres-OnePoint publié hier.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés