analyse

France: les trois duels à suivre ce soir

©EPA

Ce mardi soir, dès 20h40, les onze candidats à la présidentielle française vont s’affronter lors du deuxième débat présidentiel. Un débat inédit puisque les 6 "petits" candidats qui n’avaient pas été conviés la première fois seront également présents pour faire entendre leurs voix. A l’affiche, trois grands duels: Fillon-Le Pen, Fillon-Macron et Hamon-Mélenchon.

Fillon-Le Pen

François Fillon est sans aucun doute le plus grand danger pour Marine Le Pen. Le candidat de la droite n’hésite pas ces derniers temps à empiéter sur les plates-bandes de la leader d’extrême droite en ayant par exemple évoqué le fameux "cabinet noir". Pointer ainsi une sorte de complotisme dans les plus hautes sphères de l’Etat a très bien fonctionné auprès des électeurs.

Vous êtes de droite et vous votez Marine Le Pen au premier tour? Et bien vous aurez Emmanuel Macron comme président!
François Fillon

Un coup d’éclat qui pourrait également ramener les anciens sarkozystes acquis à la cause de Marine Le Pen. François Fillon va certainement continuer sur cette voie en axant son discours sur l’identitaire. Son argument choc: "Vous êtes de droite et vous votez Marine Le Pen au premier tour? Et bien vous aurez Emmanuel Macron comme président!" Prônant une politique de droite dure, identitaire et libérale, Fillon se place en redoutable adversaire pour Le Pen dans les derniers jours avant le premier tour.

Fillon-Macron

Je ne veux pas réformer la France, je veux la transformer.
Emmanuel Macron

En plus d’attaquer Marine Le Pen, François Fillon se doit également de se mesurer au grand favori et homme à abattre de cette campagne, Emmanuel Macron. Cela risque d’être chaud entre les deux hommes ce soir puisque Fillon va certainement continuer d’attaquer Macron sur le fait qu’il ne sera que la continuité de la politique de François Hollande, alors qu’à l’inverse, Macron comparera plus que probablement le Sarthois à Nicolas Sarkozy. Il faut bien admettre que François Fillon a repris beaucoup de ses thèmes de campagne et, après la désertion des siens suite au Penelopegate, ne s’est entouré pratiquement que de proches de l’ancien président français. Macron va devoir toutefois ajouter des propositions de réformes parce que s’il ne montre pas qu’il est aussi réformateur que Fillon, cela risque de lui coûter très cher. "Je ne veux pas réformer la France, je veux la transformer", avait déclaré Macron il y a quelques jours. A lui de poser des propositions concrètes sur la table!

Hamon-Mélenchon

Peut-être qu’il n’y a plus d’espoir pour Hamon et plus d’espoir pour le socialisme.
Christophe Barbier

Lors du premier débat, Benoît Hamon s’était montré plutôt clément avec Jean-Luc Mélenchon. Les sondages largement défavorables passant par là, le candidat socialiste va devoir attaquer le leader de la France insoumise s’il veut récupérer les socialistes déçus du quinquennat de François Hollande. Mais Hamon devra également passer à l’attaque contre Le Pen parce que s’il ne récupère pas une partie du prolétariat contestataire, il va pouvoir dire adieu à ses chances d’accéder au second tour. Pour l’éditorialiste français Christophe Barbier, une défaite de Benoît Hamon équivaudrait à "la fin du socialisme, comme parti ou comme idéologie", ajoutant "peut-être qu’il n’y a plus d’espoir pour Hamon et plus d’espoir pour le socialisme".

 

Mode d’emploi du débat de ce mardi 4 avril


  • Le débat, animé par les journalistes Ruth Elkrief et Laurence Ferrari, commencera à 20h40 et va durer 3h30. Il sera diffusé simultanément sur BFMTV et CNews (Nouveau nom d'itélé).
  • Outre la minute d’introduction (Les candidats devront répondre à la question «qui êtes-vous?») et de conclusion (Ils devront répondre à la question «comment rassembler les Français?»), les 11 candidats parleront au total un gros quart d’heure chacun.
  • Devant un public de 220 personnes, composé essentiellement de leurs proches (Dans le public, les candidats pourront inviter 12 personnes. A cela, ils peuvent aussi ajouter cinq personnes dans les loges), les candidats débattront sur trois thèmes principaux.

                                   1. Comment créer des emplois?
                                   2. Comment protéger les Français?
                                   3. Comment mettre en œuvre votre modèle social?

  • À chaque question, les prétendants à l’Elysée auront 1 minute 30 pour répondre et pourront s’interpeller. Une coupure de 6 minutes sera prévue après le premier thème pour permettre aux candidats de consulter leurs proches.
  • Les téléphones portables seront interdits. Cela fait suite à la polémique née lors du premier débat où François Fillon avait répondu à des SMS de son entourage au cours de l’affrontement.
  • Une première confrontation avait eu lieu avec cinq candidats seulement. Diffusée sur TF1, elle avait rassemblé plus de 10 millions de téléspectateurs le 20 mars dernier.
  • Le premier tour de la présidentielle se jouera le 23 avril. Deux semaines plus tard, au soir du second tour, le nom du nouveau président de la république sera connu.

 

Les petits candidats: De l’ovni au showman, qui sont-ils ?

 

Jean Lassalle

Les petits, les minuscules qui vont venir troubler le jeu des immenses... Moi, je me mets à genoux tous les matins en les regardant, les immenses.
Jean Lassalle

Faire le show, c'est sa spécialité. Jean Lassalle, ancien compagnon de route de François Bayrou (ministre centriste rallié à Emmanuel Macron), a adopté un style inimitable: un fort accent du sud-ouest, un béret et des tirades lunaires. Très médiatisé pour sa grève de la faim en 2006 puis pour la marche de plus de 5000km qui l'a emmené à la rencontre de nombreux Français, l'homme de 61 ans s'est fixé le plus grand défi de sa carrière: entrer à l'Élysée. Depuis l'été 2016, il mène une campagne de l'ombre, sans grands moyens. Ce qui ne l'empêche pas de profiter de chacune de ses sorties médiatiques pour faire parler de lui, à grands renforts de plaisanteries graveleuses, de comparaisons douteuses ou de saillies lyriques déconcertantes. Sceptique à l'idée d'un débat à onze, le candidat centriste a ironisé ce mardi matin à propos de la confrontation annoncée entre "petits" et "grands" candidats: "Les petits, les minuscules qui vont venir troubler le jeu des immenses... Moi, je me mets à genoux tous les matins en les regardant, les immenses". Vivement ce soir!

Nathalie Arthaud

N’attendez pas de moi un coup médiatique, pas le style. Je n’envisage pas un strip-tease.
Nathalie Arthaud

Faire le show? Ce n’est justement pas la tasse de thé de Nathalie Arthaud, la représentante du parti "Lutte ouvrière". "N’attendez pas de moi un coup médiatique, pas le style. Je n’envisage pas un strip-tease", a-t-elle déclaré récemment au Parisien. Elle a tout de même fait part de son intention de s’attaquer à Jean-Luc Mélenchon et de "parler aux travailleurs", mais avec sobriété. Cette professeur d'économie et de gestion âgée de 46 ans était candidate lors de la précédente présidentielle en 2012 et avait réuni 0,56% des voix au premier tour.

Jacques Cheminade

Facebook et MySpace, un camp de concentration mental sans larmes.
Jacques Cheminade

Traité d’hurluberlu par les uns et de loufoque par les autres, Jacques Cheminade, 74 ans, se présente pour la troisième fois à une élection présidentielle. Outre son projet de colonisation de Mars, qui l'avait fait connaître en 2012, Jacques Cheminade a adopté comme cheval de bataille "l'oligarchie financière". "Un monde sans la City ni Wall Street" était son slogan en 2012. Il n'a pas beaucoup évolué en 2017: "Libérons-nous de l'occupation financière". Souvent proche de thèses complotistes, Jacques Cheminade propose la généralisation de la pratique du chant en chorale ou l'interdiction du jeu "Pokémon Go" et des "jeux vidéos violents". En 2007, il estimait que Facebook et MySpace étaient "un camp de concentration mental sans larmes". Depuis sa première participation à un scrutin national en 1978, l’homme n'a jamais recueilli plus de 0,27% des suffrages exprimés. Le candidat de Solidarité et Progrès a déclaré ce mardi matin sur RTL qu’il avait préparé le débat "en lisant de la poésie et en pensant à mes idées".

Philippe Poutou

1,15%
A la présidentielle de 2012, Philippe Poutou avait récolté 1,15% des voix au premier tour.

Philippe Poutou, ouvrier âgé de 49 ans, est candidat du nouveau parti anticapitaliste (NPA). Il s'est fait connaître par son combat à la CGT pour la sauvegarde des emplois au sein de son usine Ford en Gironde. Philippe Poutou était déjà candidat lors de la précédente présidentielle, en 2012 et avait récolté 1,15% des voix au premier tour. Proposant l’interdiction des licenciements, le smic à 1700 euros ou encore la gratuité des services publics, le candidat, jugé colérique et antipathique par certains, n’est guère pris au sérieux vu ses mesures totalement irréalistes.

Nicolas Dupont-Aignan

1,7%
A la présidentielle de 2012, Nicolas Dupont-Aignan avait récolté 1,7% des voix au premier tour.

Nicolas Dupont-Aignan dit préférer le débat aux harangues. Souvent moqué pour les nombreuses fois où il a prédit qu’il allait bouleverser la présidentielle et se retrouver au second tour, le candidat de 56 ans propose d’amaigrir l’Etat-providence, rejeter le déclin national, abandonner l’euro. Lors de la présidentielle de 2012, il avait plafonné à 1,7% des voix au premier tour. Son problème et son atout, aujourd’hui, se nomment François Fillon. Plus le candidat de la droite s’enfonce dans les affaires et patine dans les sondages, plus le maire d’Yerres peut espérer accueillir par défaut ses partisans, et atteindre le nirvana des 5% qui lui permettrait d’être remboursé de ses dépenses électorales. Plus le vote Fillon se consolide, en revanche, plus son espace s’amoindrit.

François Asselineau

Il va y avoir une grosse surprise le soir du premier tour.
François Asselineau

Inconnu du grand public, mais avec une base militante très fidèle, François Asselineau cultive la notion du "vrai et l'invérifiable", et se revendique ni à droite ni à gauche. L'une des mesures phares du candidat est la sortie de la France de l'Union européenne. "En se libérant du carcan de l’Union européenne qui l’étouffe, la France retrouvera sa vraie personnalité, celle qui lui vaut depuis toujours une sympathie mondiale". Certain de la force de sa candidature, il affirme: "Il va y avoir une grosse surprise le soir du premier tour".

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