chronique

Jour de vote

Nicolas Vadot raconte comment c'est de voter quand on est un Français de Belgique.

Dimanche électoral en Belgique. Bon, ça commence mal, il faut se taper le plateau du Heysel. Imaginez la transhumance sur le ring, pour un Français, entre Uccle et cette contrée lointaine, en direction du pôle Nord!

Il est 9h45, je m’y suis pris tôt, et j’ai bien fait: la sortie du ring est déjà bien embouteillée. C’est fou ce qu’il y a de Français en Belgique, on aurait presque tendance à l’oublier. J’ai pris mon carnet d’autographes avec moi, des fois que je croise Bernard Tapie, l’animateur Arthur, voire Gégé himself! Les exilés fiscaux viendront-ils se montrer au vu et au su de toutes et tous? A mon avis, s’ils se pointent, ce sera incognito: ils troqueront leur Porsche Cayenne immatriculée "75", estampillée d’un autocollant "Manif pour tous" pour un plus discret – et tellement exotique – voyage en métro. "Pierre-Alain, quelle aventure! Nous sommes passés par les stations Beekkant et Etangs Noirs! Molennèbeque, Pierre-Alain!"

A Brussels Expo, il y a une grande banderole qui proclame, en anglais: "Welcome to the heart of Europe." Pour la majorité des candidats, c’est déjà une provocation.

Devant moi, à l’entrée, il y en a un qui hésite entre le couloir de gauche et celui de droite. A tous les coups, c’est un Macronien.

Mon bureau à moi, lettre V, est à côté de celui que vous voyez en photo et qui attend ses électeurs. Star Trek ne fait pas recette. Pourtant, cette campagne a souvent frôlé le vide intersidéral.

Des électeurs lepénistes, à Bruxelles, c’est difficile à trouver, c’est comme un type sans permis au Salon de l’auto.

Dans la file - oups, belgicisme! Ce matin, je n’entends que des "soixante-dix" et "quatre-vingt-dix", il faut faire attention à ne pas trop parler comme les autochtones, ça ferait mauvais genre - il y a du monde, et un monsieur BCBG devant moi qui s’exclame "Si ça continue comme ça, je vais rater la messe." Véridique. Un Filloniste, très certainement.

C’est toujours pareil, en regardant autour de moi, je ne peux m’empêcher d’essayer de deviner pour qui les gens vont voter. J’aperçois une sorte de Pamela Anderson un tantinet chicos. Mélenchon? Pamela Anderson a appelé à voter Mélenchon, car il défend la cause animale. Tiens, en France, celle qui défend la cause animale, elle vote ailleurs, mais c’est un autre débat.

J’ai du mal à visualiser l’électeur type de Jacques Cheminade ou François Asselineau. Enfin si, les partisans de François Asselineau sont forcément près de la sortie, qu’ils ont rebaptisée "Frexit".

Ceux de Jean Lassalle descendent de leurs alpages. En Belgique, ça ne va pas être facile, ou alors ils ont fait un long voyage depuis le signal de Botrange.

Le champagne est au frais, quoi qu’il arrive: pour célébrer ou pour oublier.

Il y a la fille branchouille avec des cheveux rouges et son mec bobo qui porte une veste en velours, très chic, chemise jaune pâle et cravate rose à rayures bleues, avec un jean troué et des Weston, pas trop bien rasé, la mèche en bataille. Lui, c’est clair: Macron ; elle, j’hésite entre Hamon et Mélenchon. En ont-ils parlé hier soir sous la couette? Lequel ou laquelle a influencé l’autre?

Des électeurs lepénistes, à Bruxelles, c’est difficile à trouver, c’est comme un type sans permis au Salon de l’auto. Mais j’ai certainement dû en croiser. En 2012, Marine a fait 7%, Poutou 0,8 et Arthaud 0,4 (dont 10 voix dans le bureau de vote de… Lasne! Si, si…). Celui ou celle qui croise un électeur de la candidate communiste aura droit à un abonnement à "Juliette & Victor".

Rien à faire, à chaque fois que je vais voter, malgré tous les mensonges et les quolibets entendus, lus et/ou partagés sur Facebook, je ne peux m’empêcher de penser que l’on a beaucoup de chance de vivre dans cette Europe. Les rideaux des isoloirs sont bleus, c’est un signe. On plonge dans un océan de démocratie. Mais attention, dans tous les océans, il y a des requins très féroces.

Dernière chose: j’ai revérifié plusieurs fois mon bulletin de vote. Et si mon inconscient autodestructeur m’avait joué des tours? Et si j’avais mal voté… Ben non, je ne vous le dirai pas. Mais par acquis de conscience, j’ai quand même revérifié le nom qu’il y avait dans mon enveloppe. On n’est jamais trop prudent.

Le champagne est au frais, quoi qu’il arrive: pour célébrer ou pour oublier. C’est ça, la France, ma bonne dame.

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