L'été risque d'être meurtrier pour le FN

Marion Marechal Le Pen ©Photo News

La défaite de Marine Le Pen, le lissage de l'idéologie, le départ de Marion Maréchal-Le Pen ... le parti du Front National est en pleine déroute. Si a cela s'ajoute un échec aux législatives, le FN pourrait imploser.

Le choix de Marion Maréchal-Le Pen de quitter au moins provisoirement la vie politique sème davantage le trouble sur le Front national, déjà saisi par le doute après l'échec de Marine Le Pen d'accéder à la présidence de la France.

A 27 ans, la députée du Vaucluse a décidé, "après plusieurs mois d'hésitations", de mettre en suspens sa carrière politique. Elle évoque des raisons "personnelles" - elle dit vouloir consacrer plus de temps à sa fille - et "politiques". "Je pense que l'époque des politiciens déconnectés du réel avec des décennies de mandat électif derrière eux est révolue. (...) Il faut prouver aux Français qu'il existe aussi des élus libres et désintéressés qui refusent de s'accrocher coûte que coûte", justifie-t-elle dans un courrier.

Elle renonce donc aux législatives et à son mandat de conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Je pense que je referai de la politique", affirme-t-elle néanmoins. "Déception, mais compréhension" dans le chef de la tante, Marine Le Pen. "Désertion", avancée par le grand-père, Jean-Marie Le Pen.

©REUTERS

Les défis du FN?

-> Son départ laisse donc le FN sans tête d'affiche dans le sud-est pour l'échéance capitale des législatives. Un vide dans l'appareil frontiste. Et pour cause, depuis son élection, la benjamine de l'Assemblée nationale s'est affirmée comme l'une des favorites des militants, acclamée dès qu'elle apparaît dans un meeting et plébiscitée au détriment du vice-président Florian Philippot dans une enquête publiée en janvier. 52% des sympathisants se déclarent plus proches de ses idées que de celles de son rival (29%). Et, en 2014, les adhérents l'ont classée en tête lors de l'élection au comité central, la jauge qui permet de mesurer la popularité des cadres dirigeants.

-> Son départ risque de priver le FN d'une partie de ses électeurs. Marion Maréchal Le Pen en catholique fervente incarne la ligne droitière du FN; celle qui se veut réticente à une inflexion trop à gauche du discours économique. "Son exil annoncé dans le privé risque de laisser un certain nombre d'orphelins et de créer une lutte entre ceux qui voudraient la remplacer à la tête du courant droitier du FN", juge Joël Gombin, de l'université de Picardie. "Par ricochet, le départ de Marion Maréchal-Le Pen pourrait aussi renforcer les partisans de la sensibilité concurrente, celle de Florian Philippot, qui défend avant tout un souverainisme anti-Union européenne et se préoccupe moins des questions sociétales".

On peut se demander dans quelle mesure la dédiabolisation du FN, sa banalisation, n'a pas mené à une perte d'identité.
Pierre Vercauteren
Politologue à l'UCL Mons

-> La perte d'identité du parti: "On peut se demander dans quelle mesure la dédiabolisation du FN, sa banalisation, n'a pas mené à une perte d'identité," explique Pierre Vercauteren, politologue à l'UCL Mons. Il souligne les divergences régionales dans l'électorat. "Marine Le Pen a attiré des votes dans le nord avec le thème de l'exclusion sociale. Par contre, les électeurs du sud sont plus sensibles à la question de l'immigration". Ce grand écart crée deux courants idéologiques internes et les conflits subséquents. Des conflits qui ne sont pas aidés par le départ de Marion Maréchal-Le Pen. "Dans les jours qui viennent, on va se compter au FN. On va regarder qui est avec qui."

-> Les élections législatives: Marine Le Pen a fait le pari de devenir le leader de l'opposition. Le FN étant un parti où la discipline est loi, le pragmatisme pourrait l'emporter et mener le parti à transformer l'essai. Par contre, si les rancoeurs et les tensions persistent, le FN pourrait perdre les élections législatives de juin. Et là, l'été risque d'être meurtrier. "Si le FN enregistre un ressac aux législatives, il y a gros à parier sur l'éclatement de divisions", dit Pierre Vercauteren.
La défaite n'est pas exclue. Le jeu sera plus ouvert lors des législatives avec une attention focalisée sur deux candidats: François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Les électeurs de ces deux candidats aux présidentielles qui s'étaient hasardés à cocher la case de la candidate d'extrême droite, devraient retourner dans leur parti d'origine; de quoi saper du même coup les chances du FN de peser dans l'Assemblée nationale.

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