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La France s'emmerde

Rédacteur en chef

Entre une croissance anémique, un chômage des jeunes à plus de 20 %, des finances publiques qui se débattent dans leur déficit structurel, des tensions raciales et religieuses croissantes, la France entrevoit la convulsion, sinon – qui sait ? – la ruine.

Le 10 janvier 1839, devant les députés, Alphonse de Lamartine prononce ces mots: "La France est une nation qui s’ennuie! Et prenez-y garde, l’ennui des peuples devient aisément convulsion et ruines. " Le poète et homme politique fustige l’inaction de cette ultime convulsion royale qu’est la monarchie de Juillet, le conservatisme gouvernemental et bourgeois, emportés neuf ans après par les barricades de la IIe République.

Moins de deux siècles plus tard, sans se répéter, l’Histoire hoquète. Et pour paraphraser Lamartine en termes plus crus, peut-être plus justes: "Aujourd’hui, la France s’emmerde et s’enlise dans son malheur." Si les symptômes et leurs causes diffèrent, l’avertissement du poète vaut toujours.

Entre une croissance anémique, un chômage des jeunes à plus de 20 %, des finances publiques qui se débattent dans leur déficit structurel, des tensions raciales et religieuses croissantes, la France entrevoit la convulsion, sinon – qui sait ? – la ruine.

Le 10 janvier 1839, devant les députés, Alphonse de Lamartine prononce ces mots: "La France est une nation qui s’ennuie!"

Parce qu’à Paris – comme à Washington ou Amsterdam d’ailleurs –, les candidats à l’élection présidentielle de ce dimanche, ceux des voies radicales, Jean-Luc Mélenchon et ses chimères aux relents soviétiques, Marine Le Pen et son ton plus policé qui dissimule (aux crédules et aux aveuglés) ses racines nazillonnes, ces deux-là saisissent aux tripes et malaxent la merde: rien ne va plus mon bon Monsieur! Des islamistes canardent ou se font sauter à tous les coins de rue, la Finance se bâfre et l’ "Europe" (dites "Bruxelles" à Paris) balance sur l’Hexagone ses cars de plombiers roumains et ses bateaux de réfugiés faméliques venus se goinfrer au paradis des illusions.

Parce que surtout, ces deux vendeurs de pacotille électorale, ces tribuns du vide, sont, selon les instituts de sondage, invités dans le dernier carré de prétendants au face-à-face final. Le naufrage du socialiste Benoît Hamon et, pour user d’une litote prudente, les écarts de conduite du "Républicain" Fillon – qui demeure toutefois en embuscade pour le duel de fin – ont dopé (un peu plus) les deux extrêmes du spectre politique que sont lesdits Le Pen et Mélenchon. A tel point que ni le social-démocrate Emmanuel Macron, ni l’austère et bon chrétien François Fillon ne pourraient se retrouver dans le sprint pour l’Elysée.

Si une joute Mélechon-Le Pen devait sortir des urnes dimanche soir, l’aube de lundi exhalerait les lendemains nauséeux et promettrait un voyage dans l’inconnu à la France mais aussi à l’Europe. Un inconnu que plus d’une Cassandre annonce destructeur – l’Histoire hoquète...

Dimanche, les citoyens de cette France qui a créé les Lumières, trancheront. Reste à espérer que, trois siècles après les avoir générées, ils ne les éteindront pas d’un vote rageur. Et choisiront de ne plus "s’emmerder"...

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